‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 44 sur 369 · Luschin, Reichsgesch · texte numérisé non relu

Luschin, Reichsgesch

2, François-Joseph, l’empereur actuel. né en 1830.

c'était se condamner à instituer une régence; on n'osait pas Sy risquer sans l’aveu de la Diète de Hongrie, et on ne voulait pas la consulter. Ferdinand devint donc empereur. Son père lui avait assuré à l'entrevue de Münchengrätz ‘ l'inébranlable amitié du tsar Nicolas, qui, s’il ne devenait pas le protecteur le plus puissant du débile monarque, pouvait être son plus redoutable adversaire. Ille mit par testament sous la tutelle d'une « conférence d’État » composée de ses deux principaux ministres, Metternich et Kolovrât, et de son plus jeune frère, l'archiduc Louis. Kolovrât, qui avait exercé sous François une influence prépondérante dans les affaires intérieures, devait aux ennemis de Metternich son renom de libéralisme, à ses propres adversaires sa réputation de protecteur des Slaves dans toute la monarchie. Il ne méritait sans doute ni l’un ni l’autre, vieillard sceptique, paresseux, intrigant plus qu'ambitieux, aussi curieux que son maître de basse police et de scandales privés, dominé surtout par sa haine contre Metternich, qu'il voulait à tout prix empêcher de devenir le ministre dirigeant de toute la monarchie. Si l’idée d'associer ces deux ennemis dans la régence était déjà singulière. celle de leur donner pour président et pour arbitre l'archiduc Louis était vraiment comique. De tous les fils de Léopold Ii le plus dénué de décision, d'esprit et de talent, et par là le plus semblable à François — ce qui explique le choix de l'empereur — Louis, comme lui, travaillait avec un zèle inintelligent, se perdait dans le détail des affaires, fuyait l'action virile, les décisions etles respon-. sabilités. Vieillard à cinquante ans, il complétait à merveille le trio sénile qui, pendanttreize ans, allait faire peser sur la monarchie sa gérontocratie. C'est à ce règne de la paresse, de la faiblesse. de la somnolence qu'aboutissait, par une ironie suprême, l’absolutisme qui prétendait suflire à gouverner seul la plus compliquée des monarchies européennes.

En réalité, cette monarchie n'était plus gouvernée, elle était tout au plus administrée. L’aveu en est fait par un des hommes qui ont joué à cette époque le rôle le plus considérable, et, d’après ce même témoin, qui n'est pas suspect de parti pris et de dénigrement, Metternich lui-même apercevait clairement les vices du système auquel il prêtait cependant l'autorité de son nom *. C'était tout le système de François, que l'on continuait d'appliquer religieusement : la mécanique fonctionnait à vide, faute d'idée direc-

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