‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 51 sur 369 · Szôgyény-Marich, Emlékiratai · texte numérisé non relu

Szôgyény-Marich, Emlékiratai

2. Thalléezy, Graf Anton Szécsen, 72. Szôgyény-Marich, 0. c., 32, appelle Met- : le dernier vrai ami de la Hongrie parmi les D d’État ae V. pourtant Metternich, Mémoires, VI, 712-4; Horvâth, 25 Jahre. II, 2

révolution. Par là ils se séparaient des conservateurs strictis, purs réactionnaires, qui occupaient alors la plupart des emplois du gouvernement en Hongrie, poussaient à une politique de provocation, et firent la plus vive opposition au nouveau groupe. Aurèle Dessewffy mourut avant d’avoir eu l’occasion d'appliquer son programme ; d’autres jeunes magnats, son frère le comte Émile Dessewtly, le comte Georges Apponyi, les barons Samuel Jsika et Nicolas Vay, tous inférieurs à Aurèle Dessewify, mais tous hommes d'idées, de talent et de caractère, continuèrent à le défendre. Ils étaient également dévoués à la dynastie et à la Hongrie : il leur paraissait nécessaire de fortifier l'autorité du roi, mais aussi de ne pas la mettre en opposition avec les droits légiumes et l'intérêt véritable de la nation, et d'éviter tout conflit entre la Hongrie et la monarchie, tout relâchement du lien qui les unissait. C'était surtout un parti de magnats, dont l'horizon, grâce à leur genre de vie, leurs alliances de famille, leurs voyages, leurs

relations avec l'aristocratie des autres pays, leurs attaches avec. Vienne, était plus étendu, plus européen, plus diplomatique que celui des {éblabirak même les plus instruits et les plus libéraux. Déjà leur influence s'était exercée, à la Diète de 1840, dans le sens d'un rapprochement entre la cour et la nation, et ils regrettaient seulement de n'avoir pas été mieux écoutés et mieux soutenus par le gouvernement ‘. La Diète suivante, en 1844, laissa le pays sous une impression d’inachevé, dans un sentiment de malaise. Metternich était inquiet de ces dispositions : dans une lettre à l'archiduc palatin Joseph, il reconnaissait la nécessité d'un complet changement d'attitude du gouvernement *. En face des progrès de la Prusse en Allemagne, il jugeait indispensable de consolider la monarchie ; en face des succès du Zollverein, de fonder une unité économique entre l'Autriche et la Hongrie. Apponyi lui exposa ses projets, conquit sa confiance et, quelques mois après la clôture de la Diète, entra à la chancellerie hongroise pour y appliquer son programme. Le gouvernement devait désormais devenir un agent d'initiative et de progrès, proposer des réformes, et les faire adopter par une Diète où il aurait la majorité. D'un coup, un grand pas venait d'être fait vers le régime parlementaire : un chef de parti devenait ministre, la chancellerie hongroise donnait l'impulsion dans les affaires hongroises au lieu de se borner à la recevoir, le gouvernement aspirait à agir désormais avec la majorité. Mais,

1. Szogyény-Marich, Emlékiratai, 41. 2. Metternich, Mém., XII, 52-64. Horvath. 25 Jahre, Il, 249-56.

cette majorité, il Lui fallait d'abord la conquérir : et, pour cela, il recourait à un moyen dangereux. Centralistes, dans une certaine mesure, au profit de l'autorité royale, et non de la nation, ce qui les séparait de l'école d'Eôtvës, partisans d'une administration plus sûre, d’une justice plus prompte, d'un ordre plus assuré, Apponyi el ses amis voulaient conserver les comitats, mais y établir plus solidement l'influence du gouvernement. Le comte suprème, qui n'avait été jusque-là qu'un dignitaire, devait devenir un fonctionnaire, qui résiderait dans le comitat et y servirait de sa personne et de son influence la politique ministérielle. Ceux qui, par esprit d'opposition ou par commodité personnelle, s'y refuseraient, seraient remplacés par des administrateurs, c’est-à-dire des commissaires extraordinaires du roi. C'était violer non la lettre, mais l'esprit de la Constitution et préparer sous une forme détournée l'introduction en Hongrie du gouvernement bureaucratique. Bientôt plus de la moitié des comitats eurent des administrateurs. Par la corruption, parfois par la violence, le nouveau système cherchait à s'assurer la majorité dans le pays : Széchenyi recommandait à Apponyi de ne pas écraser complètement l'opposition, dont on pourrait encore avoir besoin contre Vienne‘. Les administrateurs, n'ayant pas, comme les vrais comtes suprèmes, de siège à la Diète, devaient rester dans les comitats même pendant les sessions : en l'absence des deux ablégats, c'est-à-dire des deux membres de la congrégation les plus actifs et les plus influents, ils auraient beau jeu, dans les comitats opposants, pour faire modifier en cours de session les instructions dans un sens favorable au gouvernement *. Leurs attributions judiciaires aussi leur donnaient un pouvoir considérable, dont l'opposition craignait les effets. Elle voyait le pays revenu au temps de Joseph II, et déjà, dans les assemblées des comitats, les orateurs de l'opposition flétrissaient les administrateurs, comme sous Joseph, du nom haï des fonctionnaires autrichien : & capitaine de cerele »°. Contre l'offensive du gouvernement, l'opposition réunit ses forces : libéraux modérés et radicaux, centralistes et démocrates protestaient à l'envi contre cette violence ; Kossuth et Eütvôs dans le comitat de Pest, Deäk surtout, dans le comitat de Zala, avec sa haute autorité morale, faisaient le procès du nouveau régime, dénonçaient comme mauvais, Sinon les intentions, du moins les procédés du gouvernement. Cependant

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