‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 52 sur 369 · Horvâth, 25 Jahre · texte numérisé non relu

Horvâth, 25 Jahre

70 L'ANCIEN RÉGIME les chances paraissaient favorables à l’entreprise d’Apponyi au moment où les élections pour la Diète de 1847 mirent les partis en présence.

Tout le mouvement de réforme aboutissait, en dernière analyse, à poser la question des rapports de la Hongrie avec la monarchie. La Hongrie constitutionnelle était une partie d’une monarchie absolutiste : ces deux principes opposés de gouvernement étaient en lutte constante, et c'était leur conflit même, ou le conflit des hommes qui les représentaient, qui, comme Metternich l’écrivait au palatin, avait, depuis 1825, empêché ou retardé les progrès du pays. Mais ce conflit était insoluble tant que la Hongrie resterait constitutionnelle et l’Autriche absolutiste : il fallait ou que la Hongrie dictât sa loi à toute la monarchie, ou qu'elle se pliât, dans toutes les questions les plus importantes pour elle, à la volonté d'un gouvernement étranger. Le dualisme historique était devenu intenable depuis que le mouvement des réformes avait commencé à ébranler l’antique Constitution. l'opposition, unie en vue des élections de 1847, le sentait comme le gouvernement. Son programme, rédigé par Deäk, c’est-à-dire un légiste avant tout, après avoir établi le caractère juste et constitutionnel de ses demandes, proclame qu’elle n’oubliera jamais ni les devoirs que lui impose la Pragmatique Sanction, ni les droits que confère à la Hongrie l’article X: 1790, solennellement confirmé par la parole royale. La Hongrie ne veut pas se mettre en opposition avec l’unité et la sûreté de la monarchie, mais elle ne veut pas non plus laisser subordonner ses intérêts à ceux d'autres pays. Elle est prête à une entente loyale sur le fondement de la justice et de l'équité ; «mais nous ne consentirons jamais à laisser sacrifier à l’unité du système de gouvernement, que beaucoup aiment à invoquer et à considérer comme principe suprême, tous nos intérêts et même notre constitutionnalisme ». Si les autres États de la monarchie possédaient encore leurs droits constitutionnels, ou s’ils devenaient maintenant, comme l’exigent le temps et la justice, des États constitutionnels, si le gouvernement de la monarchie, dans l’ensemble et dans les détails, se pénétrait de l'esprit constitutionnel, l'entente serait facile, les diverses parties de la monarchie, rapprochées par l'unité d'intérêt et une confiance mutuelle, seraient plus fortes pour affronter les tourmentes possibles de l'avenir. Le programme du parti gouvernemental, œuvre de Szécsen, était plus formel encore, Constitutionnalisme, nationalité, unité de la monarchie commune, sont ses trois mots d'ordre, « Notre existence

politique tourne sur deux pôles : l’un est notre nationalité, notre indépendance constitutionnelle et administrative ; l’autre est cette union avec la monarchie commune, que des siècles ont préparée et des siècles fortifiée. C’est notre conviction que.... aussi bien que le gouvernement ne pourrait pas compter sur la confiance du pays s’il ne considérait la première de ces bases que comme un mal nécessaire, le pays de son côté ne pourrait pas compter sur une collaboration loyale du gouvernement, s’il négligeait l’autre *. » Mais ce programme, comme celui de Deäk, s’en tient à ces affirmations vagues : il ne formule pas de propositions concrètes et précises, et pour cause. L'opinion autrichienne n’était pas plus avancée. Lorsque Andrian, dans son premier volume, réclamait pour l'Autriche une représentation nationale, des États généraux, il n'était pas question d'y faire participer la Hongrie. Le second volume, écrit en partie sous l'impression du mouvement de réforme hongrois *, contient des éloges dithyrambiques de la Hongrie, l'invitation de s’unir étroitement à elle contre l’absolutisme : on n'y trouve nulle indication positive et pratique sur la forme de cette union. — Cet embarras général de l'opinion autrichienne et hongroise devant le problème fondamental de la monarchie est frappant et significatif. Plus que les plus violents réquisitoires, il accuse le système politique qui, depuis la fondation de la puissance autrichienne, avait été suivi par les Habsbourg. Il fait comprendre pourquoi, lorsque la Révolution fit tomber les chaînes qui jusque-là maintenaient adossées l'une à l’autre, l'Autriche et la Hongrie, elles se séparèrent presque entièrement, de sorte que, pour rétablir leur union, il fallut recourir aux armes.

1 Horvath, 25 Jahre, 11, 390-4, 432-3.

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