‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 56 sur 369 · Szogyény, Emlékiratai · texte numérisé non relu

Szogyény, Emlékiratai

demanda si l’on avait des soldats et de l'argent disponibles : on lui répondit non. Il ne restait donc qu'à essayer de s'entendre avec Batthyäny et Deäk, que le palatin avait désignés comme les plus capables parmi les futurs ministres d'apprécier équitablement les scrupules politiques de la cour. Par un rescrit du 29 mars, le roi demanda des garanties pour l'unité militaire, financière et économique, le respect de ses droits de majesté, surtout dans l’armée, et le maintien de la chancellerie hongroise à côté du ministère. Celui-ci, dépouillé des attributions Les plus importantes, placé dans une espèce de tutelle, ne serait plus, dit Kossuth, que ce qu'avait été la Lieutenance : un bureau de poste.

La lecture du rescrit souleva dans la Diète une véritable tempête. Batthyäny déclara renoncer à former un ministère ; le palatin promit de retourner à Vienne, d'enlever les concessions demandées ou de se retirer ; la Chambre appuya d’un ordre du jour énergique son intervention. A Pest, la jeunesse radicale manifesta, une garde nationale s'organisa. La cour voyait déjà en imagination une armée révolutionnaire hongroise en marche sur Vienne. Les futurs ministres promirent à François-Charles, qui remplaçait l'archiduc Louis, de mettre toute leur bonne volonté au service d'une entente. Pillersdorf conseilla de céder ; l’histoire de la dynastie offre des exemples de concessions faites sous la pression des circonstances, et qu'on a pu diminuer ou retirer en des temps meilleurs ‘. Le nouveau rescrit du 31 mars marqua la capitulation de la cour: le règlement de toutes les questions d'intérêt commun était renvoyé à la prochaine législature. Kossuth se déclara satisfait. Plus d'un de ses collègues l'était moins. Eôtvôs trouvait que les choses avaient été bien loin ; mais comment résister ? Deäk n'était guère d’un autre avis; ce qui venait de se passer ne répondait ni à ses idées ni à ses désirs, «mais à un homme ivre on ne peut pas parler raison, et la Diète en ce moment est ivre *». En quelques jours de hâte fiévreuse, la dernière Diète de Hongrie vota une série de lois, qui, sanctionnées avec les précédentes par le roi dans la séance solennelle du 11 avril, complètent l'ensemble des lois de 1848.

Les lois de 1848 ont créé la Hongrie moderne. Du royaume composite, de gouvernement semi-absolutiste et de Constitution féodale, elles ont fait un État unitaire, parlementaire et démocratique. Entre les divers pays de la couronne de Saint-Étienne, les

Page 1