Verhandl. des üsl. Reichst
résultat de cette étude fut le mémoire communiqué au palatin le 31 août. Après avoir rappelé les longues relations politiques et économiques des deux États, les services rendus par l'Autriche à la Hongrie, l'histoire des concessions de mars et d'avril, et l’attitude hostile de la Hongrie depuis ce moment, il posait trois questions : les changements survenus depuis mars 1848 sont-ils conciliables avec la Pragmatique Sanction ? sont-ils favorables à la monarchie ou à ses parties ? le monarque était-il en droit de les concéder à une partie de la monarchie ? — Sur la première, l'institution du palatin, la création des ministères spéciaux du commerce, des finances, de la guerre, les tentatives faites pour donner à la Hongrie un ministère indépendant des affaires étrangères portent sans conteste atteinte à l'indivisibilité et à l’inséparabilité garanties dans la Pragmatique Sanction. Sur la seconde, les faits répondent d'eux-mêmes. Sur la troisième, l'empereur n’était pas en droit de modifier à lui seul les rapports créés par la Pragmatique Sanction; il était lié, avant le 15 mars, au consentement des États des provinces autrichiennes, après le 15 mars au consentement du peuple autrichien, puisque la Constitution autrichienne est antérieure en date aux nouvelles institutions de la Hongrie. L'intérêt de l'Europe exige que l'Autriche et la Hongrie restent réunies. Il est donc nécessaire de procéder à la revision des mesures prises depuis mars par le ministère hongrois, et de conclure une entente entre les gouvernements pour assurer l'unité de la monarchie et rétablir «une direction supérieure commune des affaires publiques " ».
Sur les arguments juridiques du mémoire, il n'y a pas un mot à perdre : c'est de la mauvaise chicane. Au point de vue strictement légal, la Pragmatique Sanction ne donnait au ministère autrichien aucun droit d'intervenir dans les affaires de la Hongrie. Mais derrière cette chicane se masque une vérité politique incontestable. Après les changements survenus depuis 18/8 dans le régime politique des deux groupes de pays unis inséparablement et indivisiblement par la Pragmatique Sanction, il était nécessaire, en effet, de reviser, ou plutôt de déterminer exactement leurs rapports réciproques. L'absolutisme ayant disparu du gouvernement supérieur de la monarchie, il fallait régler, d'accord entre les deux États, les principes et les détails du système constitutionnel qui l'y remplacerait. C'était une question à résoudre ; mais elle ne pouvait pas être soulevée plus mal à propos, si l'on voulait sincèrement
4. Le texte complet du mémoire se trouve dans Helfert, Revision des ung. Ausgleichs, 1, 157-70.
une entente. Le gouvernement hongrois ne pouvait, sans s’enlever son titre même, accepter une ingérence quelconque du ministère de Vienne dans les affaires hongroiïses ; il ne pouvait pas suspendre ses préparatifs contre Jelaëié qui, lui, n’arrêterait pas les siens, car il n'avait pas obéi davantage en mai et en juin. Le rescrit royal n'était ni assez constitutionnel pour que le ministère püt l'accepter, ni assez franchement hostile pour que la responsabilité de la rupture retombât évidemment sur la cour. \
Pour épuiser les ressources de la légalité, Batthyäny fit appel à la représentation de la nation, au Parlement. Kossuth, le 4 septembre, proposa, au nom du gouvernement, d'adresser à l'Europe un manifeste pour lui exposer le droit de la Hongrie, d'élire une commission chargée de s'entendre avec les Croates, et d'envoyer au roi une députation pour lui porter les demandes du pays. Le jour même où cette députation, dans son audience à Schünbrunn, ne recueillait de l'empereur que des paroles vagues, les journaux d'Agram apportèrent à Vienne le texte d’un rescrit du 4 septembre, qui rétablissait Jelaëié dans toutes ses dignités. Le ban avait exigé ce signe de faveur, pour raffermir son autorité qu'on commençait à discuter en Croatie, et la cour avait cédé, tout en désirant que la publication fût retardée de quelques jours, pour ne pas exaspérer la Hongrie. Le rescrit était d’apparence légaliste : l'empereur assurait Jelaëié qu'il était assez convaincu de son patriotisme pour ne pas le croire capable de vouloir séparer de la couronne de Hongrie les parties annexes. Mais l’acte mème était significatif: Batthyäny donna sur le champ sa démission, et plusieurs membres de la députation se livrèrent à des manifestations révolutionnaires. Esterhäzy, le ministre @ latere, avait déjà démissionné, de sorte que le gouvernement se trouvait sans contact avec la cour. Ses délégués n'avaient pas été reçus par le roi; ils n'avaient pas été consultés sur la réponse à faire à la députation du Parlement. € La députation », dit son président, Çn'a pas pu découvrir quels sont désormais les conseillers du roi dans les affaires hongroises » ".
Batthyäny etses amis n'avaient cependant pas perdu tout espoir. Ils croyaient pouvoir cette fois se débarrasser de Kossuth, constituer un ministère homogène, offrir ainsi des garanties à la cour et s'entendre avec elle. Mais elle ne distinguait plus, si même elle avait jamais distingué, entre leur loyalisme et les visées révolutionnaires de Kossuth. Pourtant, elle ne voulait pas encore
4, Konyi, Detik, Il. 117.
pousser les choses à l'extrême. Sa politique était d'obtenir de la Hongrié, sans violences, les concessions indiquées dans le mémoire autrichien. Mais la défiance qu'elle inspirait était si profonde, sa maladresse si grande, que toutes les mesures qu’elle prenait tournaient contre elle. Le palatin essaya de profiter de la démission du ministère pour prendre à lui seul l'exercice du pouvoir exécutif, sans doute au profit de la cour. Mais toute la Chambre protesia contre cette violation des principes parlementaires : Kossuth reprit sa démission et s'arrogea aussitôt une sorte de dictature. Il fit décider immédiatement une émission de papiermonnaie hongrois, l’organisation d’une armée nationale, l’autorisation pour les soldats de ligne d'entrer dans eette armée ; de plus, la promulgation immédiate de ces lois, sans attendre la sanction du roi. C'était la première mesure véritablement anticonstitutionnelle, le premier acte révolutionnaire.
Le palatin s'excusa, et la Chambre lui vota sa confiance. Il proposa à Vienne Batthyäny comme chef du nouveau ministère. C'était le seul nom acceptable à la fois pour la cour et pour la Hongrie. Mais Batthyäny exigeait, avant tout, qu'il fût fait défense à Jelaëié d'attaquer la Hongrie, et Jelaëié à ce moment même envahissait le territoire hongrois. La cour, gènée, incertaine. adopta la politique de tergiversation. Batthyäny, ne pouvant obtenir de réponse à ses demandes, démissionna de nouveau, reprit encore sa démission, resta, en droit, seul ministre hongrois pendant quinze jours, jusqu'au 27 septembre. Mais la sollicitude suspecte de Kossuth l'avait déjà, malgré ses protestations et celles de Deäk, flanqué d'une commission parlementaire de six membres qui devait l’assister jusqu'à la constitution définitive d'un ministère. Cette commission est l’origine du comité de défense, qui fut le gouvernement révolutionnaire de la Hongrie.
La situation du pays à ce moment était à désespérer les plus courageux. Kossuth n'exagérait pas en s’écriant : €« Nous sommes attaqués de huit côtés à la fois. » Dans la Haute-Hongrie les Slovaques, en Transylvanie les Roumains, se soulevaient à la voix de chefs nationaux ou d'ofliciers impériaux ; dans le Banat, les hostilités se poursuivaient de plus en plus atroces entre Serbes et Hongrois. Jelaëüié, avec quarante mille hommes, marchait sur Pest, et les officiers impériaux de l’armée qui devait l'arrêter déclaraient que, liés envers le roi par le même serment que lui, ils ne voulaient pas le combattre. La nation était abandonnée par son chef légal: le palatin avait en vain essayé d'amener le ban à
une entrevue sur un vapeur au milieu du lac Balaton ; les ofliciers croates avaient craint que «la force de la vapeur ne l'emportât sur le sauf-conduit de l’archiduc » ‘. Le palatin, ne pouvant pas traiter et ne voulant pas combattre, s'enfuit à la dérobée à Vienne, y remit sa démission au roi, et se retira dans ses terres d’Allemagne, flétri par la Chambre hongroise, victime en réalité à plaindre d'une situation fausse. Széchenyi était devenu fou, en voyant sombrer l'œuvre de toute sa vie : il avait voulu la renaissance de la Hongrie par le développement des forces du pays, mais dans l'union séculaire avec l'Autriche, par l'entente avec la dynastie ; maintenant, il s'accusait d'avoir déchaîné la révolution, attiré le malheur sur sa patrie. Eôtvôs, prévoyant une catastrophe, passait en Allemagne. Deäk, plus calme et plus ferme, ne voyait pas moins en noir l'avenir de son pays. La cour exige, disait-il *, le sacrifice de ce qui est essentiel à notre indépendance nationale et à notre liberté constitutionnelle. Prétendre résister par la révolution, entrer en hostilité déclarée contre le roi, c’est folie chez nous. Depuis longtemps, je voyais le parti qui travaille à détruire notre liberté et notre nationalité appuyé involontairement par un autre parti qui poussait à des actes révolutionnaires ; celui-ci n'aperçoit-il pas aujourd’hui combien faux étaient ses calculs”? L'avenir est impossible à prévoir ; mais il est sûrement gros de grands dangers.
Cependant Kossuth, que Deäk désignait ainsi sans le nommer, prenait toutes ses mesures en vue de cette révolution qu'il avait provoquée. À sa demande l'assemblée votait l'organisation effective de l’armée nationale ; elle accordait aux anciens propriétaires de corvées des avances sur l'indemnité qui leur avait été promise, et, en même temps, abolissait les derniers restes de charges féodales, rattachait ainsi à la cause de la Révolution les nobles comme les paysans ; elle décidait, le 15 septembre, l'envoi d'une députation au Parlement autrichien. C’est un des moyens d'action de la camarilla, dit Kossuth *, que de semer la discorde entre les peuples de l'Autriche et ceux de la Hongrie. Pour combattre cette manœuvre, il convient d'envoyer au Parlement autrichien une délégation du Parlement hongrois : elle lui aflirmera que ces manœuvres n'ont pas réussi à détruire en Hongrie la sympathie pour les peuples autrichiens ; elle exposera que le