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l'échec de sa politique ‘, se retirait dans ses terres, la Chambre hongroise, sur la proposition de Kossuth, déclara que le manifeste n'était pas l'expression de la volonté du roi, mit Jelaëié hors la loi, décréta d'accusation Recsey, confia, en l'absence d’un ministère, le pouvoir exécutif au comité de défense, et en nomma Kossuth le président. C'était le début de la dernière phase de la Révolution hongroise.
Le gouvernement autrichien n'avait plus d'égards à conserver. Latour délia toutes les troupes impériales stationnées en Hongrie du serment qu'elles avaient prêté au gouvernement hongrois, et envoya à Jelaëié toutes les forces dont il disposait. Le peuple de Vienne, revenu depuis les incidents de septembre à ses sympathies pour la Hongrie. s’opposa par la force au départ d’un régiment de grenadiers : l'insurrection, victorieuse dans les faubourgs, reflua sur la ville, se porta sur le ministère de la guerre, réclamant à grands cris la tête du ministre agent de la camarilla. Latour, découvert par elle, fut maltraité, malgré la courageuse intervention de quelques députés, puis pendu à un réverbère, et son cadavre encore affreusement mutilé. La foule acheva son triomphe en forçant et en pillant l'arsenal impérial. Pendant ce temps, le Parlement, réuni en hâte, mais réduit par la désertion de presque toute la droite à la gauche radicale allemande et aux démocrates polonais, réclamait dans une adresse à l’empereur une amnistie générale, un ministère populaire, et surtout le retrait des manifestes « absolutistes » du ‘30 octobre, c’est-à-dire la reconnaissance à nouveau de la souveraineté du Parlement hongrois. Tard dans la soirée, l’adresse fut portée à Schünbrunn : l'empereur promit de l’examiner attentivement. Pendant que le Parlement croyait ainsi tout sauvé, la fuite s'organisait : le lendemain matin, à la première heure, la famille impériale et la cour quittèrent Schônbrunn (7 octobre) ; le 14, elles s'installaient à Olmütz, qui allait devenir pour quelques mois la capitale politique de l’Autriche.
Cette fuite, ou plutôt cet enlèvement et le choix de cette résidence, e’était le commencement de l'exécution du plan de Windischgrätz. Il voyait enfin le moment venu d'accomplir sa mission
1. Szôgyény, qui le rencontra le 29 septembre, sur la route de Vienne, a noté une conversation qui éclaire d’un jour intéressant ses sentiments à ce moment, Emlékiratai, 93-5. « Tant qu’on n’aura pas mis à une douzaine de ces gens (les députés) la tête devant les pieds, il n’y aura dans ce pays ni ordre ni repos. »
providentielle !. Dès qu'il connut le départ de la cour, il prit ses mesures pour marcher sur Vienne ;: en même temps, il envoyait à l’empereur l'avis de n’entrer en aucune espèce de négociations avec le Parlement, et d'appeler de Vienne, pour s’entourer de ses conseils, le prince Félix Schwarzenberg, son beau-frère. Il fallait rompre entièrement avec la Révolution et, pour bien souligner la rupture, dissoudre le Parlement. Depuis longtemps cette assemblée s'était attiré la haine de l’armée : ne venait-elle pas de se souiller encore du sang de Latour, comme sur celle de Pest retombait le sang de Lamberg ? On ne discutait pas les avis de Windischgrätz et le manifeste de dissolution était déja imprimé *. Mais Stadion, qui avait rejoint la cour dans sa fuite, prêchait au contraire l'entente avec le Parlement. Les députés de la droite et du centre, réunis à Prague, délibéraient sur les moyens d'assurer la durée de la Constituante *. Stadion et les ministres les approuvaient. La réunion délégua à Olmütz deux de ses membres : ils y lurent, le 16 octobre, un manifeste impérial qui donnait à Windischgrätz. promu en même temps maréchal et investi du commandement de toutes les armées impériales excepté celle d'Italie, pleins pouvoirs pour marcher sur Vienne, mettre un terme à l'anarchie qui s'y étalait, € à ce régime de terreur dont il n'y a qu'un exemple dans l'histoire », et rétablir la paix dans la monarchie ; après quoi les ministres procéderaient, d'accord avec le Parlement, à l'élabo- ‘ation des lois nécessaires à la conciliation de la liberté et de l'ordre. Mais les députés voulaient des assurances plus précises, la promesse que le Parlement « indissoluble » serait réuni dans le plus bref délai possible : c'était, disaient-ils, le seul moyen de sauver l'Etat dans les diflicultés présentes *. Les pouvoirs extraordinaires confiés à Windischgrätz irritaient mème les plus modérés. La cour céda; un nouveau manifeste, beaucoup plus conciliant, parut le 19 octobre *. Restait à trouver un siège pour
1. Il est important, pour l'intelligence exacte de la Révolution, de comprendre au juste comment la contre-révelution militaire a été préparée. Les renseignements essentiels se trouvent: pour l'influence de Windischgrätz et ses pouvoirs, dans Helfert, Gesch. Oest.T, 75, 79; III, 349-52, et note n° 331 ; pour l’idée qu’il se fait de sa mission, dans Helfert, Gesch. Oest., IV, 117-8, et Beer, Kübeck uw. Mellernich, 39.
2. Helfert, dans Osvèta, 1890, IL, 722; cf. Springer, Gesch. Oest. II, 388. Hübner, Ein Jahr meines Lebens, 236, 238, 244.