‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 76 sur 369 · Denis, 0. c. II · texte numérisé non relu

Denis, 0. c. II

3. Hübner, Ein Jahr meines Lebens, 319, d’après un récit de Metternich. 4. Cf. Helfert, dans Osvèta, 1891, IT, 1061.

trop mêlé à son règne pour convenir à ce rôle ; François-Joseph. majeur de dix-huit ans depuis quelques mois à peine ", sans passé, sans attaches gènantes, était l’empereur du nouveau système. Le ministère proclamait ce principe faux et dangereux, que la parole d'un souverain ne lie que lui et non ses sucesseurs. Avec Ferdinand disparaissaient ainsi les promesses de mars et de mai, la sanction des lois hongroises d'avril. François-Joseph, en prenant le pouvoir, se déclarait résolu à maintenir un régime constitutionnel ; mais il le faisait de son propre mouvement, (par suite de sa propre conviction ? », il était maitre de fixer les limites de ses concessions. D'un mot, il dissipa le rève de souveraineté dont se berçait le Parlement autrichien: à la députation qui vint lui présenter les vœux de l'assemblée, il exprima l'espoir que la Constitution pourrait être bientôt soumise à son examen et à sa sanction. — Le manifeste impérial reproduisit, en plus bref, les indications politiques de la déclaration ministérielle, et annonça l'intention d'unir «tous les pays et toutes les races de la monarchie en un grand corps d'État ». C'était la guerre déclarée à toute trace de dualisme, à tout le droit historique hongrois, l'affirmation de la volonté de réduire la Hongrie au rang d'une province autrichienne semblable à toutes les autres. Pour faire une pareille politique. il fallait un souverain que ne liassent ni le serment prêté ni la sanction donnée aux lois nouvelles : c'était en vue de la Hongrie surtout que s'était faite l'abdication. Les magnats hongrois les plus loyalistes, comprenant que leur place n'était plus à la cour, s'en éloignèrent successivement.

Parmi les personnages qui devaient assister à la cérémonie de l'abdication, — où ne figurèrent, avec la famille impériale, que les ministres, Windischgrätz, Jelaëié, et les dignitaires de cour les plus indispensables, — on avait songé à comprendre le président du Parlement autrichien. Mais le Parlement, dès sa réunion à Kremsier, avait, par la négligence des Tchèques. réélu pour son président Smolka. Smolka avait été le président des journées d'octobre. Loin de s'être associé au meurtre de Latour, il avait cherché à le sauver au péril de sa vie. Pour la cour, les ministres, l’armée, il n’en était pas moins un révolutionnaire et un assassin. « L'homme », dit Helfert, sous-secrétaire d'État, bien placé pour savoir”, € qui avait présidé les séances d'octobre... ne paraissait

. Né le 18 août 1830.

. Manifeste du 2 décem bre 1848, Verh. des üst. Reichstags. IN, 56. Helfert, Gesch. Oest., III, 35%.

Ce

pas apte à être introduit dans le cercle Le plus étroit d’un événement de la famille impériale. » Que l'abdication et l'avènement d'un nouvel empereur, actes qui touchaient à tout le droit publie de la monarchie, qui étaient si gros de conséquences politiques. ne fussent plus qu'un «événement de la famille impériale », cela montre quel chemin avait été parcouru en quelques semaines, et combien l’ancienne conception dynastique avait repris de puissance et d’audace.

Les deux questions les plus importantes à règler étaient pour Schwarzenberg les questions étrangères allemande et italienne. Mais, avant de les aborder, il fallait avoir établi l'ordre à l’intérieur de la monarchie, en avoir fini avec la Hongrie.

Depuis le 10 octobre, le gouvernement révolutionnaire fonctionnait à Pest, avec le comité de défense et son président Kossuth, Mais, ni dans le pays, ni dans le Parlement, l'esprit révolutionnaire ne dominait. Le comité, pour ne pas augmenter ses embarras, était forcé de soutenir la fiction du roi prisonnier de la camarilla. et d'agir sous la réserve de sa sanction et de ses droits : c'était le seul moyen de garder les meilleures troupes de l'armée hongroise, les régiments autrichiens qu'au mois d'avril un ordre du roi avait placés sous l'autorité du ministère hongrois, et qui avaient prèté serment à la Constitution. Depuis, des instructions secrètes, puis des ordres publics et clairs, les avaient déliés de ce serment. Certains corps avaient obéi au dernier ordre reçu ; dans le Banat et en Transylvanie, ils avaient, presque sur le champ de bataille, passé à l'ennemi qu'ils venaient de combattre. D'autres, perdus parmi tant de serments contradictoires, étaient restés fidèles au premier prêté ; mais ils n'auraient pas servi une révolution. Dans le Parlement, Kossuth et son parti n'étaient qu'une faible minorité; mais ils dominaient l'assemblée terrorisée. Personne en Hongrie ne voulait la guerre; on la voulut moins encore après que la chute de Vienne eut visiblement empiré la situation du pays. Kossuth, autant que Batthyäny, cherchait, en octobre et en novembre, par des intermédiaires, à préparer une transaction : il eût sufli, pour la conclure, de la garantie que la Constitution hongroise ne serait pas abolie, que le pays conserverait son existence, son individualité. Mais la cour ne voulait plus de transaction.

Deux politiques vis-à-vis de la Hongrie luttent pendant toute cette période. Windischgrätz représente l’une. Nommé à la place de Jelaëié commissaire plénipotentiaire etecommandant en chef en Hongrie, il n’en voulait pas au pays, mais aux rebelles, à Kossuth

età sa bande : d’ailleurs, il traçait très large le cercle des rebelles, et Batthyäny lui était peut-être plus odieux que Kossuth. Il entendait traiter la Hongrie comme il avait traité Vienne et Prague, la contraindre à une reddition à merci, la courber devant le roi qu'elle avait offensé. Ensuite, il ne resterait qu'à y rétablir le régime de 1847, en fortifiant les garanties de l'unité de la monarchie. Légitimiste et aristocrate avant tout, il ne pouvait pas plus considérer la Hongrie que la Bohême comme des provinces ; il ne pouvait pas admettre que la noblesse, la propriété foncière, ne fût pas naturellement appelée à gouverner l'État : de là sx sympathie pour l’ancienne Constitution ; toute atteinte au droit historique, toute reconstruction suivant des théories, qu’elles fussent absolutistes ou libérales, ne pouvait aboutir qu’à la démocratie, et par là à l’anarchie. Très influençable, il était complètement mené par les hommes d'État conservateurs hongrois, qui rentraient à sa suite dans le pays, très supérieurs en intelligence au maréchal, très dévoués à leur patrie autant qu'à la dynastie, également ennemis du séparatisme de Kossuth et de la centralisation du ministère.

Celui-ci représentait l’autre politique. Schwarzenberg, ignorant des questions antérieures, était à la merci de Stadion et de Bach. Dominés tous deux, bien que de façons et pour des raisons différentes, par l'idée de l'État, ils voulaient profiter du bouleversement de la Révolution pour achever, par l'incorporation complète de la Hongrie dans la monarchie, l'unité autrichienne vainement poursuivie depuis des siècles. Par ses idées et par son caractère, Schwarzenberg leur offrait une prise facile. Son esprit autoritaire s’irritait lorsqu'on lui parlait de droits : en politique comme dans l’armée il ne comprenait que deux mots, commander et obéir *. Cette doctrine ne s'’accommode guère de privilèges politiques pour une classe quelconque. Au commencement de novembre, il avait, sur le conseil de W indischgrätz, demandé à des hommes d’État hongrois, Jôsika et Szécsen, leur aide pour rédiger les manifestes d'abdication et d’avènement pour la Hongrie. Puis ses collègues centralistes l'emportèrent ; il évita autant que possible de consulter Szécsen ; avec Jésika, son ami de jeunesse, il eut une scène violente, et l’ancien chancelier aulique, irrité et indigné de voir mépriser et fouler aux pieds les droits historiques de sa patrie, le quitta sur ces paroles prophétiques : « Ferdinand IT a déchiré la Igttre de majesté, mais après la victoire de la Montagne Blanche : vous n'avez pas encore la Hongrie, et vous en disposez

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