Sybel, Begründung
déjà". » Ces résistances mêmes ne pouvaient qu'exaspérer Schwarzenberg, le décider à la lutte à mort contre la Hongrie.
Les actes du 2 décembre, par leur forme et par leur but, violaient évidemment le droit constitutionnel hongrois, non pas le droit révolutionnaire, mais le droit historique, consacré par la pratique des siècles et les serments de tant de souverains. Ils n’en mettaient pas moins la Hongrie dans une situation diflicile. La fiction de la camarilla ne pouvait plus se soutenir, et plus d'un oflicier, qui, l’acceptant, avait obéi aux ordres du comité de défense, hésiterait sans doute désormais, alors que la volonté contraire du roi serait clairement manifestée. Le droit héréditaire de François-Joseph n'était pas douteux, et c'était paraître violer la Pragmatique Sanction que de le contester. Le comité de défense se tira d'embarras par des distinctions juridiques : le trône de Hongrie, suivant le droit hongrois, ne peut devenir vacant sans le consentement de la nation que par la mort. Ferdinand V est vivant, la nation n'a pas donné son consentement ; donc Ferdinand est le roi légitime, et quiconque, sauf lui, prétend à ce titre est un usurpateur. Cette théorie ne valait pas mieux que celle du ministère : elle fournissait du moins quelque tranquillité à qui voulait bien se laisser tranquilliser, et elle donnait aux forces hongroises cohésion et assurance pour la lutte qui allait commencer.
Windischgrätz, toujours lent et minutieux dans ses préparatifs, ne franchit la frontière hongroise que le 15 décembre, Le 5 janvier, il occupa Buda et Pest, les capitales jumelles. L'armée hongroise, inférieure en nombre et mal organisée, n'avait pu l'arrêter nulle part. Le Parlement et le comité de défense, à l'approche de l'ennemi, s’enfuirent à Debreczen. Une députation formée des hommes les plus considérables du pays se rendit à la rencontre du maréchal pour lui demander des garanties pour la liberté de la Hongrie, ou un armistice pour aller à Olmütz implorer le roi : il exigea une soumission sans conditions. Trompé par ses succès faciles de Prague et de Vienne, il crut que, la capitale prise, la Hongrie était conquise, la campagne terminée. Il s'établit au château de Buda, se consacra tout entier à l'administration du pays; sous sa protection s'installa, au gouvernement central et dans les comitats, un personnel de conservateurs magyars, dont la domination devint bientôt plus insupportable aux autres nationalités et plus rigoureuse qu'avant la Révolution. Les peuples sur lesquels s’appuyait le parti impérial étaient mécontents, les Slaves
1. Helfert, Gesch, Oest.. III, 354; Hübner, Ein Jahr meines Lebens, 325.
blessés de voir Jelatié dépouillé du commandement en chef au profitde Windischgrätz. Pendant ce temps, dans les montagnes de la Haute-Hongrie, les généraux de la Révolution reconstituaient et réunissaient leurs troupes pour s’avancer sur Pest. Windischgrätz, sur les instances de ses lieutenants, se décida à s'opposer à leur mouvement : leurs fautes lui donnèrent la victoire à Käpolna (26 février). L'armée et la cour s’exagérèrent la portée de ce succès ; c'est ainsi que de cet engagement sans importance sortit une action politique décisive.
Les événements y poussaient le ministère. Le programme de Kremsier avait marqué l'irréductible opposition de l'Autriche à toute organisation de lAllemagne qui, soumettant ses États héréditaires à deux lois, celle de Vienne et celle de Francfort, couperait en deux la monarchie ; du coup, à Francfort, le programme de Gagern — concentration de l'Allemagne, sans les provinces autrichiennes, en un État national (l'union étroite), et alliance perpétuelle de celui-ci avec l'Autriche (l'union large) — était passé au premier plan. Mais Schwarzenberg n’en voulait pas davantage ; et il lançait son propre programme, l'empire de soixante-dix millions d'hommes : l'Autriche une, avec toutes ses provinces, entrera dans l'Allemagne : elle lui apportera une force considérable, et naturellement elle exercera dans la Confédération réorganisée une influence prépondérante. Au Parlement allemand, ce projet trouvait des défenseurs ardents ; mais ses chances souffraient de ce que l'unité autrichienne ne fût encore qu'en projet, et que l’Autriche, pour l'appuyer, ne disposät que de déclarations grandiloquentes, sans aucune force réelle. Cette force. la soumission de la Hongrie seule pouvait la lui donner, Après Käpolna, on crut la Hongrie à terre, l’armée disponible : on pouvait faire l'unité autrichienne, et la défendre. Des soldats, pour Schwarzenberg, c'était le seul moyen de terminer la Constitution allemande ‘, et aussi la Constitution autrichienne.
L’exil du Parlement à Kremsier avait été favorable à son travail. Dans l'isolement de la petite ville morave, éloigné des tentations révolutionnaires qui le sollicitaient malgré lui à Vienne, enface d'un ministère dont il connaissait désormais la force en même temps qu'il sentait sa propre faiblesse, il s'était consacré tout entier à son œuvre constituante, avec le dessein d'aboutir, et, comme frein à des velleités radicales, l'idée de la sanction nécessaire. Aussi, malgré des débats parfois assez vifs, un rappro-