‹ Le compte du rossignol (réimpression de l'édition de Jean de Tournes) avec une introductionChapitre 5 sur 20 · DU REGNARD ET DU CORBEAU · texte numérisé non relu

DU REGNARD ET DU CORBEAU

Ung noir Corbeau dessus ung arbre estoit Et en son bec ung fromaige portoit Qu'il avoit pris ; ung Regnard, d’adventure, Passoit par là qui cherchoiït sa pasture, Et, en voyant le Corbeau et sa proye, La convoita, puis s’arreste en la voye, Et, en louant fainctement le Corbeau, Dict : « Mon amy, que ton plumaige est beau!

J'apperçoy bien à ceste heure que non Est vrai le bruict et le commun renom:

Car chascun dict que noir est ton plumaige, Mais il est blanc, voire blanc d’avantaige Que neige n'est, ne le laict, ne les cignes.

J'en recognois bien maintenant les signes.

Sy donc avec tes plumes tu avois Le chant plaisant et delectable voix, Certes, amy, je te jure ma foy Que tu serois sur tous oyseaulx le roy. » :

Lors le Corbeau, esmeu de gloire vaine, Ouvre le bec, et de chanter prend peine, Et le fromaige alors chet promptement.

Regnard le prend et fuyt soubdainement.

Le Corbeau crie en se voyant deceu :

« Je suis trompé, je l'ay bien apperceu Et cognois bien qu'on ne doit jamais croire A ung flateur qui donne vaine gloire. »

LES FABLES

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