‹ Le compte du rossignol (réimpression de l'édition de Jean de Tournes) avec une introductionChapitre 6 sur 20 · DU LOUP ET DE L’AIGNEAU · texte numérisé non relu

DU LOUP ET DE L’AIGNEAU

Ung loup tout gris, fin et malicieux, Et ung Aigneau tout simple et debonaire, Dans ung ruysseau plaisant et gracieux Beuvoient tous deux selon leur ordinaire, L’Aigneau à val et le vieux Loup à mont, Qui, en fureur provoqué et semond, Dict à l’Aigneau: « Pourquoi trouble tu tant Ce beau ruysseau où me viens esbatant ? »

L’Aigneau respond, non pas à la vollée :

« Certes, Seigneur, je n’ay point l’eau troublée ; Je suis dessoubz, et au dessus vous estes.

— Ton pere ung jour me feit telles molestes, Ce dict le Loup, et pour luy tu mourras:

Riens n’y vauldront prieres ny requestes, À ce ruysseau jamais tu ne boiras. »

Lors l’estrangla nonobstant sa deffense, Là n’eust povoir juste allegation.

Ainsi les grands, sans qu’on leur face offence, Font aux petitz injuste oppression.

Par quelque dol ou cavilation“*,

Par hault parler, par force ou par richesse, L'homme maling l’innocent tue et blesse ;

En telle ardeur de convoitise il entre

Que de ses biens se nourrit et engresse

Et de son sang se repaist à plein ventre.

LES FABLES

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