‹ Le compte du rossignol (réimpression de l'édition de Jean de Tournes) avec une introductionChapitre 7 sur 20 · DE L’ASNE ET DU PETIT CHIEN · texte numérisé non relu

DE L’ASNE ET DU PETIT CHIEN

Ung petit Chien à son maistre faisoit Mil passetemps, gayetez et caresses; Il le flatoit, le leschoit, et baisoit, Saultoit, dansoit, faisoit cent gentillesses. L’Asne, voyant ces joyes et lyesses Et comme estoit celluy Chien bien traicté,

Se complaignant de ses grandes paresses “”,

Dict : « Je seray aultre que n’ay esté:

Car j'apperçoy et voy que pour flater

Le petit Chien est toujours bien venu; Devant son maistre il ne faict que saulter, Japper, danser, dont il est cher tenu,

Et moy je suis soubz le fais detenu, Tousjours batu en la ville et aux champs, Tant de fardeaulx mon doz a soustenu

Que je me tien du nombre des meschantz. »

Adonc ung jour que son maistre arriva En son hostel, l’Asne, pour luy complaire, Sur ses deux piedz tout debout se leva,

LES FABLES

Et commença à saulter et à braire.

Lors le seigneur, le voyant ainsi faire, Commande et dict qu'il soit tresbien froté.

Le labeur donc où nature est contraire Se treuve vain, et n’est à riens compté.

LES FABLES

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