DE L’ASNE ET DU PETIT CHIEN
Ung petit Chien à son maistre faisoit Mil passetemps, gayetez et caresses; Il le flatoit, le leschoit, et baisoit, Saultoit, dansoit, faisoit cent gentillesses. L’Asne, voyant ces joyes et lyesses Et comme estoit celluy Chien bien traicté,
Se complaignant de ses grandes paresses “”,
Dict : « Je seray aultre que n’ay esté:
Car j'apperçoy et voy que pour flater
Le petit Chien est toujours bien venu; Devant son maistre il ne faict que saulter, Japper, danser, dont il est cher tenu,
Et moy je suis soubz le fais detenu, Tousjours batu en la ville et aux champs, Tant de fardeaulx mon doz a soustenu
Que je me tien du nombre des meschantz. »
Adonc ung jour que son maistre arriva En son hostel, l’Asne, pour luy complaire, Sur ses deux piedz tout debout se leva,
LES FABLES
Et commença à saulter et à braire.
Lors le seigneur, le voyant ainsi faire, Commande et dict qu'il soit tresbien froté.
Le labeur donc où nature est contraire Se treuve vain, et n’est à riens compté.
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