‹ Le Comte Albert de MunChapitre 13 sur 16 · Lettre à M. de Gailhard-Bancel · texte numérisé non relu

Lettre à M. de Gailhard-Bancel

nente la reprise d'une offensive que d'avance il saluait triomphale. On eût dit que, se sentant mourir, il voulait emporter avec lui la joie de la victoire définitive et la consolation de n'avoir pas fait en vain le sacrifice de sa vie. Les renseignements de l'Etat-major ne lui laissèrent pas cette dernière espérance. Loin d'approcher de sa fin, la guerre recommençait avec un caractère nouveau qui la rendrait et plus dure et plus longue.

Il ne lui a pas été donné de suivre jusqu'à son dénouement les péripéties de ce drame incomparable et d'applaudir à l'apothéose décernée par la France à ses légions victorieuses ; du moins il a assez vécu pour voir se dresser, en face de l'ennemi cloué sur place, un mur de granit fait de poitrines françaises, et d'admirer, dans sa gloire rajeunie, l'héroïque patrie que l'insolence teutonne « appelait la première des nations mourantes ».

Que de fois, au spectacle de tant de chances heureuses, s'est-il rappelé la page désolée, où l'un des principaux acteurs de 1870 a raconté « les coïncidences qui déjouèrent alors ses efforts, la fatalité persistante où il semblait voir une cause supérieure aux causes physiques, et comme l'expiation d'une faute nationale ». Que de fois, s'est-il écrié dans sa fierté, comme jadis M. de Freycinet dans sa douleur :« Le doigt de Dieu est là !»

Il fallait ces intimes joies pour l'aider à triompher de souffrances qui devenaient, de jour en jour, plus fréquentes et plus aiguës. Pas une nuit ne s'achevait, sans qu'il n'eût à subir un nouvel assaut du mal qui lui apportait, dans des crises d'étouffement, un avant-goût de la mort.

L'âme n'était plus qu'à moitié maîtresse du corps qu'elle animait. « Il y a tout à l'heure quatre semaines, écrivait-il à la fin de septembre, que je suis attelé à un travail formidable qui ne me laisse aucun repos. »

Les avertissements se succédaient plus fréquents et plus pressants. Il les entendait bien ; mais résolu, lui aussi, à « tenir jusqu'au bout », il offrait à la patrie et à Dieu ses

souffrances toujours plus vives, ses efforts toujours plus pénibles. Il sentait la vie lui échapper et il en donnait les restes, avec un courage souriant, aux deux causes sacrées auxquelles il avait consacré ses plus belles années. Il ne restait debout que grâce à sa foi religieuse, dont il n'abandonna pas un instant la pratique, et à la vigilante tendresse de l'admirable compagne qui, après avoir partagé ses épreuves et sa gloire, suivait un à un les battements de son cœur à demi brisé. Mais chaque jour qui s'écoulait emportait un peu de ses forces : des sillons de plus en plus profonds se creusaient sur son visage amaigri.

Un soir, il rentra bouleversé des impatiences de l'opinion publique, des inquiétudes que trahissait l'obscure rédaction des communiqués officiels, d'un fléchissement d'optimisme dans les milieux où il aurait dû être un acte de foi ! Toute hésitation était pour ce croyant une défaillance, presque une désertion.

D'une main qui déjà tremblait, il prit sa plume et écrivit avec un frémissement mal contenu, où l'irritation se cachait sous un redoublement de confiance : « La guerre ne finira pas comme Austerlitz et Waterloo. Seulement, un de ces jours, on s'apercevra que les retranchements se vident et nous les occuperons.»

Quand la foule lut ces lignes aux premières heures du jour, Albert de Mun n'était plus ; son corps était déjà refroidi. Épuisé par l'effort qu'elles lui avaient coûté, brisé par les émotions de derniers entretiens, il avait cherché le repos dans le sommeil, mais le sommeil n'était pas venu.

Bientôt les suffocations rendirent l'insomnie plus cruelle. Sa poitrine devint haletante, son cœur battit à se rompre, ses traits s'altérèrent. Ce n'était plus la crise qui était l'habituelle rançon de ses fatigues, c'était la mort qui venait foudroyante.

A l'annonce du prêtre, appelé pour l'aider à franchir le dernier passage, il comprit que l'arrêt fatal était prononcé :

« Je ne me croyais pas si mal, murmura-t-il, d'une voix étouffée. »

Ce fut sa dernière parole, la suprême lueur de son intelligence. Sa journée était finie. Prêt à comparaître devant son juge, il s'endormit pour ne se réveiller que dans l'éternité.

L'union sacrée se fit complète autour de son cercueil que le Président de la République et ses ministres entourèrent à l'église et suivirent à pied jusqu'au cimetière. La foule, en se découvrant au passage du cortège, saluait le grand citoyen de vieille race française qui avait donné jusqu'à son dernier souffle à sa religion, à sa patrie, au peuple.

Plus la vie d'Albert de Mun sera connue, plus il grandira dans l'admiration des hommes. Son nom restera, dans l'histoire nationale, un symbole de grandeur morale et de patriotisme chrétien.

EXTRAIT de L'ENCYCLIQUE de LÉON XIII

du 16 Février 1892

Envisagé dans sa nature, le pouvoir civil est constitué et s'impose pour pourvoir au bien commun, but suprême qui donne son origine à la société humaine. En d'autres termes, dans toute hypothèse, le pouvoir civil, considéré comme tel, est de Dieu et toujours de Dieu : « car il n'y a point de pouvoir si ce n'est Dieu ».

Par conséquent, lorsque les nouveaux gouvernements qui représentent cet immuable pouvoir sont constitués, les accepter n'est pas seulement permis, mais réclamé, voire même imposé par la nécessité du bien social qui les a faits et les maintient. D'autant plus que l'insurrection attise la haine entre citoyens, provoque les guerres civiles et peut rejeter la nation dans le chaos de l'anarchie. Et ce grand devoir de respect et de dépendance persévérera, tant que les exigences du bien commun le demanderont, puisque ce bien est, après Dieu, dans la société, la loi première et dernière.

Par là s'explique d'elle-même la sagesse de l'Église dans le maintien de ses relations avec les nombreux gouvernements qui se sont succédé en France, en moins d'un siècle, et jamais sans produire des secousses violentes et profondes. Une telle attitude est la plus sûre et la plus salutaire ligne de conduite pour tous les Français, dans leurs relations civiles avec la République, qui est le gouvernement actuel de leur nation. Loin d'eux ces dissentiments politiques qui les divisent; tous leurs efforts doivent se combiner pour conserver ou relever la grandeur morale de leur patrie.

Mais une difficulté se présente : « Cette République, fait-on remarquer, est animée de sentiments si antichrétiens que les hommes honnêtes, et beaucoup plus les catholiques, ne pourraient consciencieusement l'accepter. » Voilà surtout ce qui a donné naissance aux dissentiments et les a aggravés.

On eût évité ces regrettables divergences, si l'on avait su tenir soigneusement compte de la distinction considérable qu'il y a entre pouvoirs constitués et législation. La législation diffère à tel point des pouvoirs politiques et de leur forme, que, sous le régime dont la forme est la plus excellente, la législation peut être détestable ; tandis qu'à l'opposé, sous le régime dont la forme est la plus imparfaite, peut se rencontrer une excellente législation. Prouver, l'histoire à la main, cette vérité, serait

chose facile ; mais à quoi bon ? tous en sont convaincus. Et qui mieux que l'Église est en mesure de le savoir, elle qui s'est efforcée d'entretenir des rapports habituels avec tous les régimes politiques? Certes, plus que toute autre puissance, elle saurait dire ce que lui ont souvent apporté de consolations ou de douleurs les lois des divers gouvernements qui ont successivement régi les peuples, de l'Empire romain jusqu'à nous.

Si la distinction, tout à l'heure établie, a son importance majeure, elle a aussi sa raison manifeste ; la législation est Tœuvre des hommes investis du pouvoir, et qui, de fait, gouvernent la nation. D'où il résulte qu'en pratique la qualité des lois dépend plus de la qualité de ces hommes que de la forme du pouvoir. Ces lois seront donc bonnes ou mauvaises, selon que les législateurs auront l'esprit imbu de bons ou de mauvais principes et se laisseront diriger ou par la prudence politique, ou par la passion.

Fondation de L'ACTION LIBÉRALE POPULAIRE

Le Comité Directeur de l'Action Libérale Populaire s'est réuni le 15 octobre 1902 à 2 heures au siège social 7, rue Las Cases, Paris.

Étaient présents : M. Jacques Piou, président; MM. l'amiral de Cuverville et de Montfort sénateurs ; MM. de Benoist, de Gailhard- Bancel, Lerolle, de Ludre, Ollivier, Plichon, Xavier Reille, députés; Balsan, ancien député.

M. le Président annonce qu'à la suite des démarches faites par le bureau de l'association, le comité directeur est définitivement constitué, dans les termes de l'article 6 des statuts, et qu'il se compose en outre des membres présents à la séance de ce jour:

MM. A. de Mun, vice-président, Amédée Reille, secrétaire;

de Marcère, sénateur ; Dansette, Desjardins, de Grandmaison, de l'Estourbeillon, Maurice Pain, Savary de Beauregard, Tailliandier, députés ; Dussausoy, Victor Gay, anciens députés ;

Amiral Barrera à Toulon, de Bonne et Deniau à Toulouse, Ducurtyl à Lyon, J. Maître à Morvillars, général de Motas d'Estreux et de Beaumont à Bordeaux, Bertrand de Mun à Reims, Rolland et Fabre à Marseille, colonel de Saint-Laurent au Mans,

M. le Président propose au Comité Directeur de s'adjoindre comme nouveaux membres, conformément à la faculté que lui donne l'article 6 des statuts:

MM. de Gastelnau et Groussau, députés; André Bernard à Courrières, Chesnelong et Paul Féron-Vrauà Lille.

Cette proposition est adoptée à l'unanimité.

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