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En consentant autrefois à assumer la tâche délicate de maintenir la paix dans les comtés et d'y assurer une bonne administration, sans demander à personne aucune rétribution et sans user de leur autorité dans un autre but que celui de faire observer les lois, les juges de paix avaient bien mérité de la nation et de la liberté anglaises. Ils avaient permis à leur patrie de ne pas avoir recours à la centralisation, mortelle pour le self government et bien dangereuse pour la véritable liberté politique; ils lui avaient permis en outre d’avoir à sa disposition (1), pour la représenter dans sa Chambre des communes, toute une classe d'hommes instruits et cultivés, bien préparés à la pratique des affaires publiques nationales par la pratique des affaires locales.
Les magistrates ont contribué plus que quiconque à assurer à leur pays ce gouvernement à la fois libre, éclairé et positif, dont il est si fier, et que beaucoup de nations de l’Europe lui envient.
La loi de 1888 a diminué beaucoup l’importance, dans les comtés, des juges de paix et par conséquent de la gentry, mais leur y a laissé quand même une situation assez considérable, puisqu'elle a maintenu intactes leurs prérogatives judiciaires, Pourtant, en 1906,
le Parlement a supprimé toutes les conditions de
(1) Voir dans ce sens Vaurmier, le Gouvernement local de l’Angleterre, p. 105, paragraphe 1.
cens exigées précédemment pour devenir magistrate (1).
Cette mesure est une nouvelle preuve de la marche progressive, quoique lente, de la politique anglaise dans le sens démocratique; mais, au point de vue du recrutement des justices de paix, elle n'a pas produit de grands changements. Les anciens magistrates, en effet, demeurent en place; et de plus, à cause de leur gratuité et du temps qu’elles demandent, les fonctions de juge de paix continuent à être sollicitées par les mêmes gens que par le passé.
Si jamais une nouvelle loi décrétait que désormais les magistrales recevront des appointements, le changement serait certainement beaucoup plus considérable.
Nous avons montré que la loi de 1888 sur les county councils n'avait pas été inspirée par un espril d'hostilité vis-à-vis de la gentry : cette réforme était cependant absolument nécessaire.
Elle a eu des causes profondes sur lesquelles nous
insisterons dans le chapitre suivant.
(1) The justices of peace act 1906, 6 Edw. VII, ch. xvi, paragraphe 1.