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CARACTÈRE DE L'AUTORITÉ GOMTALE SOUS

FOULQUE LE RÉCHIN

Tout en ayant manqué souvent d'énergie et de décision, la politique de Foulque le Réchin permettait d'espéref pour le comté d^'Anjou une ère nouvelle de grandeur et de puissance. Pour reconquérir et au delà le terrain perdu, il ne fallait qu'un comte plus hardi et d'un caractère mieux trempé.

Au surplus, à l'intérieur même de ses états, la situation du comte était moins compromise au fond qu'elle ne le semblait tout d'abord: si médiocre que fût le prestige personnel de Foulque le Réchin, le pape n'hésitait pas, en 1096, à venir le visiter et, pour rehausser Téclat de cette visite, à le gratifier du don insigne d'une rose d'or*.

Ajoutons qu'autour de ce prince, d'une culture intellectuelle qui semble avoir dépassé de beaucoup celle des gens de sa condition 2, une cour assez importante s'était peu à peu formée, qui

4. Chron. de Foulque le Réchin : « Unde discedens Cenomannim venit et inde Turonum ; ibique datis venorabili concilie decretis, média quadragesima coronatuB est cum soilcmni processione ab ecclesia Sancti Mauricii ad ecclesiam Beati Martini deductus, ubi mihi floreni aureum qucm in manu gerebat donavit, quem ego etiam, ob memoriam et amorem illius, in Osanna semper mihi meisque successoribus deferendum constitui » Chron, des comtes d'Anjou, p. 381).

2. On sait, en effet, que Foulque composa presque certainement des mémoires en latin, dont nous n'avons plus qu'un fragment. Voir V Élude que nous avons publiée sur cette question dans la Bibl, de la Faculté des lettres de Paris, fasc. XIII, p. 7-48.

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rappelait la cour royale : les grands offices, à peine naissants au milieu du xi® siècle, s'étaient constitués, et le comte était désormais régulièrement assisté, outre ses conseillers ordinaires^, d un sénéchal 2, d'un connétable ^ et d'un chapelain^, chargé en général, semble- t-il, de diriger à la fois -la chapelle comtale

1. Il est un certain nombre de personnages qui sont sans cesse cités comme siégeant à côté du comte en cas de procès ou l'assistant dans ses principaux actes, tels Robert le Bourguignon, Foulque de Mateflon, Geudouin dp Montrevault, Éon de Blaison, le connétable Sebrand, etc.

2. Voici la liste des sénéchaux cités postérieurement à 1060 : 1® Isembard I*', seigneur de Thouarcé, qui, dans une de ses chartes où il s'intitule : a Isembardus, Toarciaci dominus, Gathonis filius », dit expressément qu'il est sénéchal du comte Geoffroi (Geoffroi le Barbu, semble-t-il) : «...Deinceps veniens cornes GaufTredus ad Toarciacum, cum essem ego Isembardus ejus dapifer... » (Livre blanc de S&int-Florent de Saumur^ fol. 17-18 r® ; Catalogue d'actes, n<» 187). Nous ne savons silsembard resta quelque temps sénéchal de Foulque le Réchin ; cela est possible cepen-" dant : car son successeur !^e paraît pas avant 1085, et c'est vers cette date qu'Isembard se retira au monastère de Saint-Florent, où il vivait encore en 1091 (voir Livre blanc de Saint-Florent, fol. 21, 23 v» et 24). — 2« Après lui, vient Girois, cité dans une charte de Foulque le Réchin du 7 mai 1085 (Catalogue d'actes, n** 247). — 3° Ensuite vient Pierre, cité dans deux chartes de Foulque le Réchin, l'une du 22 décembre 1087 {ibid.^ n« 250), l'autre de 1085-1093 (ibid,, n» 267). Cf. CartuL de Saint-Aubin, éd. Bertrand de Broussillon, n® 78 (1082-1106). — 4<» Puis vient Geoffroi Fouchard le Jeune, seigneur de Trêves, qui est cité comme sénéchal du comte dans quatre chartes, l'une des années 1087-1091 , deux autres des années 1089-1 103 {Catalogue d'actes^ n»» 258, 314, 315), et une autre du 7 février 1093 (Livre blanc de Saint-Florent de Saumur, fol. 35), et dans deux actes souscrits par Foulque le Réchin, l'un en l'an 1096, l'autre entre les années 1089 et 1109 {Catalogue d'actes, n^ 281 et 315). — 5<> Enfin le 23 mars 1103, Pierre de Saint-Christophe, qui, en 1104, sera cité comme chapelain, est cité comme sénéchal du comte dans un acte de ce dernier (Catalogue d'actes^ n® 297). — Nous connaissons un sénéchal du comte Geoffroi Martel le Jeune, fils de Foulque le Réchin, du nom d'Hardouin ; il est cité en 1104 (îAW., no 302).

3. Nous ne connaissons qu'un connétable|au temps de Foulque le Réchin : c'est Sebrand, qu'on trouve cité depuis 1085 jusqu'après 11 06, Voir cidessus, p. 103, n. 2.

4. Voici la liste des chapelains cités après 1060 : 1* Foulque, qui paraît en 1061 et en 1062 dans trois chartes de Geoffroi le Barbu (Catalogue d'actes, no* 161, 168, 169). — 2® Robert, cité dans deux actes de Foulque le Réchin, l'un du 7 mai 1085, l'autre du 24 avril 1090 (Catalogue d'actes,

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et le service de chancellerie *, et enfin d'un personnel complet de chambriers^, cellériers^ et autres fonctionnaires subalternes. Et cette cour, sans avoir encore d'assises bien régulières '* ni bien

nos 247 et 256). — Z^ Geoffroi de Rcstigné, cité dans un acte du 22 août 1096 {ibid,^ n® 280) et sans doute aussi dans un acto des années 1089-1109 [ibid,y n° 315). — 4*> Pierre de Saint-Christophe, cilé dans trois actes, Tun de décembre 1104, Tautre des années 1097-1109, le troisième di's années 1102-1109 [ibid,, n«« 302, 307, 316).

1. En effet, nous voyons, le 7 mai 1085, le chapelain RohtM-t charité par Foulque le Réchin d'aller à Marmoutier sceller un acte de donation accordé par le comte à Tabbaye (Catalogue d'actes^ n" 247) ; aussi, (juand nous constatons qu*il est question dans un autre acte du comte, des annéos 1085-1093 (ibid,^ n^ 267*), de « Rotbertus comitis cancellarius », est-il permis, semble-t-il, d'identiûer les deux personnages. 11 est également possible que le « chancelier du comte » Gautier Lombard (jui, le 9 septembre 1080, « dictât » une charte de Foulque le Réchin (ibid,, n" 2.*}0\ ait été son chapelain : car nous n'en connaissons pas entre les années 1067 et 1085. Enfin on peut remarquer que GeofTroi de Blaison fut à la fois chapelain et chancelier de Geoffroi Martel le Jeune, car on le voit paré du premier titre en 1104 et du second en 110."» [ibid.^ n»* 302 et 303; et on le retrouve chapelain du comte en H13 (dnrtuL de Saint-Aubin^ éd. Bertrand de Broussillon, n® 84 >. Faisons remanjuer, en outre, ((u'il existe dès ce moment un véritable service de chancellerie : le comte a désormais un sceau (voir Catalogue d'actps. Observations préliminaires; et il fait, non pas toujours, mais quelquefois rédiger ses actes lui-même, ainsi qu'on peut le voir, par exemple, aux n*»* 236 et 267 du Catalogue d'actes : dans un cas, en 1080, le chancelier, nous l'avons vu, dictât lui-même la charte; dans l'autre, il Vécrit (u Hanc cartam Rotbertus, comitis cancellarius, confirma ns scripsit » ).

2. On trouve cités, par exemple, les chambriers Garnier et Renaud au temps de Geoffroi le Barbu {Car tu l. du Roncerag, éd. Marchegay, n° 8|, les chambriers Pierre et Girard le 7 m*ai 1085 {Catalogue d'actes, n^ 247), les chambriers Etienne et Ogier en 1095 et le 22 août 1096 \ibid,, n"" 274 et 280).

3. Citons notamment le cellérier Guérin (CartuL du Ronceray, éd. Marchegay, n»» 7, 38, 175; Cartul, de Saint-Aubin, éd. Bertrand de Broussillon, n^ 90, 179 ; CartuL de la Trin, de Vendôme, éd. Métais, n«» 239, 24:i, 246), qu'on trouve au moins jusqu'au 17 mai 1076 [Catalogue d'actes, n« 231), le cellérier Etienne (Cartul, du Bonceray, n° 244, etc.}, le cellérier Foucois (Catalogue d^acles, n**» 273, 280, 310). — Les chambriers et les cellériers font partie des servi du comte.

4. On peut cependant remarquer qu'elle se lient de plus en plus fréquemment à Angers et dans deux ou trois autres grandes villes du comté, comme Tours, Loches, Baugé, et peut-être à époques moins irrégulières

Halpurn. — Le comté d* Anjou. 13

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solennelles ^ a cependant, à la fin du xi^ siècle, assez d*éclat pour que de grands seigneurs comme celui de Thouarcé ou celui de Trêves - en briguent les principaux offices.

Le comte, en outre, continue à puiser une grande force dans son autorité sur le clergé angevin : sans même parler des abbés, qui, pour la plupart, doivent toujours, avant de se faire consacrer, obtenir de lui la délivrance du temporel de leur abbaye ^, il a, comme par le passé, sur la nomination de Tévêque d'Angers une influence considérable, Télu devant avant tout recevoir de ses mains Tin vestiture^. Cette influence, les documents sont trop rares pour que nous la constations d'une manière expresse ; mais quand nous voyons se succéder sur le siège épiscopal Geoffroi de Tours, Geoffroi de Mayenne et Renaud de Marligné, Tun, frère de Hugue, seigneur de Langeais ^, le second, fils de

qu'autrefois. Une charte {Catalogue d^actes, n° 230. nous montre Foulque le Réchin se hâtant, en 1076, de regagner Angers pour y tenir sa cour à la Pentecôte, et l'on constate la présence du comte dans cette ville à ce moment, encore d'autres années, par exemple, en 1070 et en 1072 {Catalogue (Tactesy n<« 215 et 219).

1. Une charte des années 1087-1091 {Catalogue d^ actes, n^ 258 nous montre Geoffroi de Preuilly venant faire une démarche auprès de Foulque le Réchin et le trouvant « in aula sua sedentem super mensam et ante eum Goffredum Fulcradi, dapiferum suum ; stabat quoque ante eum super caballum suum Gilduinus de Doado tenens accipitrem. »

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