Cf. ci-dessus, p. 6, n
4. Gesta consul, Andegav, (ms. 6218, p. 42 ; Chron. des comtes d"* Anjou, p. 89) : u Monitu nempe pessimi Landrici, Odo Campaniensis et Gclduinus
Halphen. — Le comté d'Anjou. 2
Foulque, qui se sentait soutenu par le roi *, courut d*abord au plus pressé : il refoula Eude 1*^*^ et répondit à son attaque en venant ravager ses états ^. Il poussa même jusqu'aux faubourgs de Blois, qu'il incendia ^, et, continuant sa marche, alla menacer Châteaudun. La garnison fit une sortie ; Foulque, ayant peu de troupes, essaya d'éviter le combat et battit en retraite. Mais les Dunois, voyantles Angevins reculer, s'élancèrent à leur poursuite et les harcelèrent. La retraite devenait périlleuse : Foulque fit faire volte-face aux siens et ordonna l'attaque ; les Dunois, pris de peur^ s'enfuirent en désordre, poursuivis à leur tour^ Tépée dans les reins, jusqu'aux portes de la ville. Les Angevins passèrent la nuit à garder les prisonniers, au nombre desquels, disent les Gesta consulum Andegavorum^ se trouvaient vingt chevaliers ; le lendemain, ils mirent le pays à sac ; le surlendemain, ils se replièrent sur Amboise.
Là, fortement retranché dans son château, se trouvait un certain Landri de Châteaudun, qui, suivant les Gesta^ avait prêté un concours actif à Eude l^^. Assiégé par Foulque, il n'obtint la vie sauve pour lui et pour les siens qu'à la condition d^évacuer son château et de quitter Amboise ^.
Salmuriensis Fulconem a Turonia expellere temptaveruot, pu tantes Ambaziacum et Lochas comiti auferre. »
i. « Fulco, qui regumpartibus favebat », dit Richer, à cette date {HUior.^ IV, 79, éd. Waitz, p. 165).
2. Richer, IV, 79, éd. Waitz, p. 165 : « Preceps itaque fertur terramque prédis, manubiis combustionibusque afrecit...atquc haec fere per biennium » (c'est-à-dire de 990 à 992).
3. Ibid : « Et cum apud Blesum loca suburbana succenderet, incendiis aura fiante circumquaque erumpentibus, in coenobium monachorum saneti confessons Laudomari ïgnis plurimus evolavit ; quod mox combustum dirutum fuit. » Gesta consul, Andegav, (ms. 6218, p. 42-43 ; Chron, des comtes d'Anjou, p. 90] : « Collecto igitur quantum potuit exercitu, terram inimicorum audacter introivit et ultra Blesim {>erfectus ad Castrum Duni pervenit. »
4. MM. d'Arbois de Jubainville (Ilist, des comtes et ducs de Champagne, t. 1, p. 219) et Lex {Eudes, comte de Blois, dans les Mém. Soc de VAube^ t. LV, p. 215, et à part, p. 31^ placent tous ces événements (expédition contre Châteaudun et Amboise), dont le récit nous a été transmis unique-
Enfin, quelques petites expéditions contre Saumur, Montsoreau, Chinon, TIle-Bouchard achevèrent de mettre Eude l^^ et les siens à la raison *, et cela d'autant mieux que le comte de Blois avait à ce moment même d'autres affaires sur les bras ^.
ment par les Ge$ta conèul, A ndegav,, après V année 1010; mais ils ne donnent aucune raison à Tappui de leur hypothèse. Miss Kate Norgate {England underthe angevin kings, t. I, p. 156 et 193-195) fait de même, mais ens'appayant sur les arguments suivants : le chapitre consacré à Maurice par les Gesta consulum (Chron, des comtes d^ Anjou, p. 87-89) doit être interprété comme se rapportant à une régence exercée par ce Maurice pendant le premier pèlerinage de son demi-frère Foulque Nerra . Or il y est question d'une attaque de Landri de Chàteaudun contre Amboise au temps de Sulpice, « trésorier de Saint-Martin de Tours », et de son frère Archembaud, soit, dit miss Kate Norgate, en 1014-1015, puisque, ajoute-t-elle, Sulpice a été promu trésorier en 1014 et qu'Archembaud est mort en 1015. Donc, conclut-elle, les Gesla nous apprenant que Tattaque d'Eude de Blois (à laquelle l'expédition de Foulque contre Chàteaudun a répondu) a eu lieu « peu après la mort d'Archembaud » (fraire suo (Sulpicii) noviter morluo)y il faut supposer que notre comte est rentré de Terre Sainte en 1015 et placer en 101 5-101 ^ son expédition contre Chàteaudun. Mais, outre qu'on ne saurait inférer de ce fait queSulpiceest qualifié dans les Gesta de trésorier à la réalité de ses fonctions au moment précis de Tattaque tentée par Landri, les dates adoptées par miss Kate Norgate sont tout à fait erronées : c'est en 1023, et non en 1014, que Sulpice a été nommé trésorier (Mabille, Pancarte noire de Saint-Martin de Tours, p. 32), à la mort d'Hervé, survenue en 1022 (Chron, de Saint-Julien de Tours, dans Chron, de Touraine, p. 230). Et, d'autre part, pourquoi admettre que l'attaque de Landri contre Amboise, au temps du gouvernement de Maurice, soit antérieure à celle de Foulque contre Chàteaudun, puisque, de toutes façons, les Gesta font une erreur chronologique grossière en la plaçant avant la guerre de Bretagne (992) ? D'ailleurs, à examiner de près le texte des Gesta, on voit que Landri a attaqué Amboise du dehors : c'est donc qu'il en avait déjà été expulsé ; si ce que racontent ici les Gesta a quelque réalité, l'attaque de Landri est, en conséquence, postérieure à l'expédition de Chàteaudun. Enfin n'est-ce pas peut-être à cette expédition que pense Richer, quand, après avoir raconté l'incendie des faubourgs de Blois, il ajoute : « His exemptis, (Fulco) in loca alia exercitum retorquet et vastat... » ? Ces mots cadrent bien avec la phrase des Gesta : « ultra Blesim perfectus ad eastrum pervenit, etc. »
1. Gesta consul. Andegav. (ms. 6218, p. 44 ; Chron. des comtes d'Anjou, p. 91) : u Mirebellum vero et Losdunùm possidens, Kainonem, qui Odonis proprius erat, Salmurium et Monsorellum illosque de Insula Bucardi abhine sepe expugnabat et per terram Guennonis, qui dominus Noastri erat, Luchis redibat. »
2. Voir Lot, Les derniers Carolingiens, p. 271-272, et Hugues Capet, p. 161-162 et 170.
Foulque put alors faire face au comte de Rennes : vers le printemps de 992, il mit le sièg'e devant Nantes, dont il s'empara au bout de trois semaines, grâce à une trahison ^ ; mais il se heurta au château, que Conan avait garni de troupes d'élite^. Ne pouvant y pénétrer, le comte d'Anjou se contenta de se faire
i. Chron» de Nantes, éd. Merlet, XLIV, p. 129 : «...et viot à la cité de Nantes, laquelle il assiégea de toutes parz ou moys de juiga et devant icelle tint son siège par Fespace de trois sepmaines. » Richer, IV, 81 : « CoUecto exercitu, in Brittaniam(Fulco) preceps fertur Namtasque appétit. Cujus custodes alios auro corrupit, alios quibusdam poUicitationibus illexit. Eis quoque usque ad etfectum suasit, quo sibi satisfacerent, ut scilicet urbis introitum panderent. Qui suasi, sacramento tempus constituunt. Nec multo post et in urbem admitlunt. Ingressusque pervadit et a civibus jure sacramenti obsides accepit » (éd. Waitz, p. 167). — M. Lot, Hugues Capet , p. 165, n. 1* rejette avec beaucoup de raison, ce nous semble, la date du l«''-5 juin 992 attribuée par M. Merlet, d'après la Chronique de Nantes, au siège de Nantes par Foulque Nerra. « Entre le début de juin, dit-il, et la bataille de Conquereuil, laquelle fut livrée le 27 juin, on ne peut entasser tant d'événements : 1° siège et prise de Nantes par Foulques, 2° Conan rassemble Bretons et Normands pour reprendre Nantes, 3^^ Foulques, reparti pour l'Anjou, rassemble une armée, 4® bataille de Conquereuil. Le siège de juin, ajoute-t-il, est, à mon avis, le second, celui que Nantes soutint contre Conan. » Ces remarques nous semblent d'autant plus justifiées que l'auteur de la Chronique de Nantes ou Le Baud, qui traduit ce texte peut-être d'une manière peu fidèle, n'admet pas d'intervalle entre les trois semaines du siège de Nantes par Foulque et la bataille de Conquereuil ; il ignore même que Nantes est tombé, avant Conquereuil, aux mains de Foulque et, a fortiori, que Conan est venu tenter de reprendre la ville, faits qui empêchent absolument d'admettre que le siège de Nantes par Foulque ait pu à la fois commencer en juin seulement et durer trois semaines. Si le récit de Richer est exact, comme il y a tout lieu de le croire, celui de la Chronique de Nantes ne l'est qu'en gros.
2. Richer, IV, 81 (éd Waitz, p. 167) : « Arcem solam expugnare non valuit, eo quod milites magnanimos haberet. » — Nous disons « le château », sans préciser. M. Lot, Hugues Capet, p. 166, n. 4, dit que c'est « évidemment le Bouffay », construit, nous l'avons vu, en 990 parConan. La chose nous parait, au contraire, fort douteuse, car la Chron. de Nantes, XLIV, p. 127-128, indique l'ancien château des comtes de Nantes, et non le château du Bouffay, comme ayant été confié à la garde de l'évêquc de Vannes Auriscand.
remettre des otages par les habitants de la ville ^ et partit pour rassembler une armée plus nombreuse ^.
. Cependant Conan, averti, accourt et investit, à son tour, la place, avec Faide d'une flotte normande. Du château^ ses partisans font pleuvoir sur les Nantais une grêle de traits. La situation de ces derniers était presque désespérée, quand Foulque Nerra, avec une nouvelle armée qu'il venait de recruter, parut tout à coup ^. Le combat était inévitable : Conan envoya défier son adversaire, lui mandant, dit le traducteur de la Chronique de Nantes^ « que s'il ne se départoit de la cité de Nantes, que il combatroit avecques luy » ; Foulque lui fit fièrement répondre qu'il était « appareillé de commettre bataille contre lui en la grande lande de Conquereuz ^, où il avoit esté navré et desconfit par avant » ^.
Le combat eut lieu le 27 juin 992 ^. Conan, arrivé le premier à
1. Richer, ibid, : « A civibus jure sacramenti obsides accepit. »
2. Ibid. : « Unde et cessit, sese recedere deliberans, ut copiis amplioribus congressurus rediret arcemque expugnaret. »
3. Richer, IV, 82 (éd. Waitz, p. 167). — Sur l'alliance de Conan et des Normands, voir Lot, loc, cit,^ p. 166, n. 5.
4. Conquereuil, cant. Guéméné-Penfao, arr. Saint-Nazaire (Loire-Inférieure).
5. Ckron. de Nantes, XLIV. — Cf. Raoul Glaber, II, 3 (éd. Prou, p. 31) : « Cum igitur diu multumque vicissim sibi mala que poterant irrogassent, ab utroque decretum est ut in loco qui Concretus dicitur quisque illorum cum suo exercitu die constituto advenientes prelii certamen inircnt. » — Sur la première bataille de Conquereuil, voir ci-dessus, p. 6.
6. Pour la date d'année, voir les ^/i/ia/e< c/e Saint-Aubin, les Annales dites de Renaud et les Annales de Sainl'Florent de Saumur (Recueil d'an~ nales angev.t p^ 3,86, IH). Pour le quantième, voir Chron. Britannicum (dans dom Morice, Preuves, I, col. 4) : « Anno DCCCCLXXXXII, secundum bellum Britannorum et Andegavorum in Concruz, ubi occisus est Conanus Britanniae consul V kalendas julii » ; Chron, du MonlSaint^Michel (dans Hist. de Fr,, t. X, p. 175) : «DCCCCXCII. Secundum bellum fuit in Concurrum, in quo Fulco comes Andegavensis victor extitit et Conanus Brito occisus est V kalendas julii, filius Juhelli Berengarii » ; Chron. Kemperleg. (Ibid. y p. 294, et dans Maitre et Berthou, Cartul. de Sainte-Croix de Qaimperlé, p. 64) : « DCCCCXCII. Obiit Conanus comes, filius Judicaëlis Berengarii comitis Redonensis, qui in belle Concuruc interfectus est V kalendas julii, »>
Conquereuil ^, avait pu choisir un bon emplacement ; il avait fait creuser devant le front de ses troupes un fossé long et profond, qui avait été ensuite recouvert de branchages et de fougères, de façon à faire illusion : Fennemi ne pouvait manquer de choir dans ce vaste piège, pour peu qu'on l'y attirât ^. Conan manœuvra en conséquence : il fit semblant, au dernier moment, d'hési* ter à engager la lutte ^ ; Foulque, sans se méGer, rappelant aux
i. Chron. de Nantes, XLIV, p. 130 : « Lors Conan, castes choses ouyes, avecques ses Bretons vint premièrement en cette lande... » ; Richer, IV, 83 (éd. Waitz, p. 467), nous montre également Conan « locum gerendi belli constituens » et, par conséquent, arrivé le premier ; Raoul Glaber, II, 3 (éd. Prou, p. 31), dit, de même, que les Bi*etons sont arrivés avant les Angevins : a In predicto denique loco, scilicet ubi certamen iniendum fuerat, clam prevenientes plerique Brittonum... »
2. Chron. de N&ntes, ibid, : « Et entre ces choses les Bretons foïrent un grant parfont et large fossé par le milieu d'icelle lande, affln que les Engevins ne peussent à eulx passer légièremcnt. » Richer, IV, 83 (éd. Waitz, p. 167) : « Hic Conanus locum gerendi belli constituens, insidiarum dolos infodit. Nam fossas quamplures ibi immergens, virgis et viminibus stipulisque earum hiatus desuper operuît, intus surculis defixis, qui superiora continerent et soliditatem superficiel simularent. Et ut simulata superGcies penitus lateret, fîlicem collectam desuper respersit insidiasque dissimula vit. » Raoul Glaber, II, 3 (éd. Prou, p. 31) : u la predicto denique loco, scilicet ubi certamen iniendum fuerat, clam prevenientes plerique Brittonum ibique nimium astute profundum atque perlongum fodere vallum, ramisque arborum densatim superinsertis, imposita videlicet hostibus muscipula, recesserunt. »
3. Raoul Glaber, ibid.j dit que les Bretons simulèrent la fuite : « Gens Brittonum callida fraudisque propriç conscia, simulans se velle arripcre fugam, scilicet ut avidius demergeret hostem in latentem muscipulam. » Richer, IV, 84 (éd. Waitz, p. 168), dit seulement que les Bretons, sans prendre la fuite, firent semblant d'hésiter à engager la lutte : « Post insidias ipse acies ordinans, sic fraude (Conanus) usus est, ut diceret se ibi mansurum nec ulterius hostes quacsiturum ; si hostes urgerent, ibi tantum vitam defensurum ; nec ob metum id facturum, at ut hostes, si sese querant et impetant, contra jus id faciant ; sic enim eorum ruitia facilius provenire possit, cum sua temeritate quietos et innoxios aggrediantur... Herebat ergo hostesque excepturus opperiebatur. » On le voit, dans le fond, les deux textes sont d'accord pour indiquer une hésitation simulée de Conan : Richer prête au Breton de soi-disant scrupules destinés à donner le change à Foulque Nerra ; Raoul Glaber rapporte une ruse plus simple. Bien que cette dissidence n'ait pas grande importance, il faut
siens dans une courte harangue les droits du jeune Judicaël ^ , les excitaà profiter de lapathie momentanée de l'ennemi ^. Les Angevins se précipitent en avant ; mais ils arrivent au fossé : la chevalerie roule au fond. Les Bretons, loin de vouloir fUir, se jettent sur eux et les accablent ; Toncle de Judicaël^ le vicomte Haimon, est tué ; Foulque et Aimeri III, vicomte de Thouars, sont grièvement blessés ; Farmée angevine est en fuite ^. Mais tout à coup Conan, qui, dans Tardeur de la poursuite, s'est trop aventuré au milieu des ennemis, est cerné et tué ^ : les Bretons, à cette
noter que, d'après la Chron, de Nantes» XLIV, p. 130-431, il semble que les Bretons se soient bornés à rester immobiles sans vouloir prendre Toffensive. Voici, en effet, ce qu'on y lit : « Et touz leurs chevaulx délaissez et leurs lances retranchées par le mylieu ainsi appareillèrent se défendre. » i,rChron. de Nantes, XLIV, p. 131 : « Il se fist présenter Judicaël, Fenfant du comte Hoel, et recorda à touz, espéciallement aux Nantais qui là estoient de sa part, que à lui plus justement et plus droiturièrement appartenoit la cité de Nantes que à nul autre quelconque. »
2. Richer, IV, 84 (éd. Waitz, p. 1.68) : « Fulco Conanum herentem videns nec ab eo loco exiturum, cum insidias nesciret, suos multo hortatu suadebatp quatinus vehementi conamine impetum facerent hostesque aggredi non dubitarent, etc. »
3. Chron, de Nantes, XLIV; Richer, IV, 85 ; Raoul Glaber, II, 3. — On ne sait pas au juste qui est le vicomte Haimon : voir La Borderie, HUt. de Bretagne, t. II, p. 432, n. 3, et Merlet, p. 128, n. 3 de la Chron. de Nantes. M. Lot, Hugues Capet, Table analyt., p. 481, en fait un vicomte de Nantes, mais nous ignorons sur quoi il se fonde.
4. Chron. de Nantes, XLIV, p. 132 : u Mais Conan, le prince des Bretons, homme bouillant, chault et peu amodéré, par trop se aventurer aux dangiers de ses adversaires, fut illec navré et occis. » Richer, IV, 86 (éd. Waitz, p. 168) : « Conanus intérim in dumetum cum tribus sese recepit,
'armisque depositis, corporis fervorem ad auram mitigabat. Quem quidam adversariorum intuitus, facto impetu illum adorsus, gladio transfixit Fulconisque victoriam extulit. » Toutes les chroniques confirment cette mort de Conan : la Chron, de Foulque le Réchin (éd. Marchegay et Salmon, p. 377), VHist. de Saint-Florent de Saumur {Chron. églises d'Anjou, p. 260), les annales citées ci-dessus, p. 21, n. 6. Une charte du Cartul. de Bedon (éd. de Courson, dans les Doc. inédits, n^ 296 ; cf. ibid., p. 425) contient ces mots : « Gaufridus, Conani Curvi fîlius, qui cum Andegavensibus apud Concuruz prelium commisit, in quo et occisus fuit. » Seul Raoul Glaber présente les faits d'une manière différente : « Conanum... truncatum dextera vivum capientes Fulconi reddiderunt » (Raoul Glaber, IV, 3, éd.
nouvelle, perdent la tête i^t se débandent '. — Des deux côtés les pertes avaient été énormes ^ ; mais, grâce à la panique finale
Prou, p. 32). M*. Lot a justement fait remarquer (Hugues Capet, p. 168, n. 5), après miss Kate Norgate (op. cit., t. I, p. 148, n. 2), qu'il fallait voir sans doute dans ce récit le résultat d'une confusion entre les deux batailles de Conquereuil.
1. Chron, de Nantes^ XLIV, p. 132: « Après la mort duquel (Conan), perdirent les Bretons toute espérance de vittoire, et tristes et doUens se ' ' mirent à fuir. » Aucun texte n'autorise à déclarer que les Angevins aient poursuivi les Bretons et en aient fait un grand carnage, ainsi que le dit, par exemple, M. Lot, Hugues Capet, p. 168. Au contraire, la Chron, de Nantes arrête la bataille à la mort de Conan : le fait que le chef breton a été tué et que ses soldats ont lâché pied suffit^ à donner là victoire à Foulque, lequel était sans doute trop épuisé pour poursuivre sérieusement Tennemi ; aussi bien le chroniqueur ajoute-t-il que le comte d'Anjou « s'en%retourna à petit de triumphe ». De même, pour Richer (ÏV, 86), c'est la mort de Conan qui marque la lin de la bataille et la victoire de Foulque : » Quem (Conanum) quidam adversariorum intuitus, facto impetu illum adorsus, gladio transfixit Fulconisque vîctoriam extulit. » De même encore, c'est avant la mort de Conan que V Histoire de Saint-Florent (p. 260 des Chron. des églises d^ Anjou) place la mêlée meurtrière, et c'est cette mort de Conan qui, aux yeux de son auteur, marque seule la victoire angevine : « Cujus belli Victoria post multam utrorumque interfectionem, Conano necato, Fulco potitus est. » Raoul Glaber, IV, 3 (éd. Prou, p. 32), sauf qu'il parle de la capture, au lieu de la mort de Conan, présente en gros les faits de la même façon. Toutefois il place un mouvement offensif des Angevins avant le moment où Conan fut cerné ; mais il est seul sur ce terrain et nous croirions d'autant plus imprudent de l'y suivre qu'il fait en cet endroit une autre erreur.
2. Voir le texte de VHistoire de Saint-Florent cité à la note précédente ; voir aussi la charte n*» 19 de notre Catalogue d'actes par laquelle Foulque Nerra, en 1003, fait une donation « pro pœnitentia de tam magna strage christianorum, quae acta est in'' planicie Conquareth ». — Richer et la Chron. de Nantes insistent uniquement sur les pertes subies par Tarmée angevine : suivant Richer (mais ses chiffres sont toujours fantaisistes), 20.000 Angevins auraient, lors du premier assaut, roulé dans les fossés préparés par les Bretons ; suivant la Chron, de Nantes, Foulque, « le vicomte de Thouars et presque touz leurs gens avoient esté griefvement navrez en celle bataille », et lors du premier assaut tenté par les Angevins, ceux-ci auraient rempli les fossés de leurs cadavres. Raoul Glaber et Foulque le Réchin insistent, au contraire, uniquement sur les pertes subies par les Bretons : Raoul Glaber dit que « presque toute leur armée » fut détruite ; Foulque le Réchin parle de 1000 chevaliers bretons tués avec leur duc. Il est certain, en effet, que tout en ayant le des-
des Bretons, Foulque Nerra sortait victorieux de la bataille K Il profita de la déroute des ennemis et de Témoi causé. par la mort de Conan pour rentrer dans Nantes et attaquer le château : la garnison démoralisée se rendit sans grande résistance. Judi<caël fut reconnu comte de Nantes ^ et placé, en attendant sa majorité, qui était prochaine, sous la tutelle du vicomte de Thouars Aimeri 3.
sous pendant la plus grai\de partie de la bataille, les Angevins durent massacrer beaucoup de Bretons : la « vigoureuse » attaque à laquelle ces derniers « résistèrent » « hardiment », suivant le chroniqueur nantais (p. 13i), laisse à penser qu'au moment où ils reculèrent, ils vendirent chèrement leur peau.
1. On a i^emarqué avec raison combien la bataille de Conquereuil, pour tenir tant de place chez les chroniqueurs contemporains, avait dii frapper les esprits.
2. Richer, IV, 86 (éd. Waitz, p. 168) : « Fulco, animo resumpto, Namtas repetit atque ingreditur, qui in arce erant acriter vexans. Qui principe destituti, pêne exanimes, impugnanti cedunt fidemque postulat! faciunt. » Chron, de Nantes, XLV, p. 133 . u... Judichaei, le fils du comte Hoel, qui, après la bataille de Conqueruz, par Taide du dessusdit Foulques et du vicomte de Thouars, a voit conquis ladite cité de Nantes sur les chevaliers que Conan a voit députez à la garder, lesquels, certifiez de sa mort, Tavoient rendue audit Judichaei, qui s'en appeloit comte. »
3. Voir Merlet, Chron. de Nantes^ p. 133, n. 1^ et La Borderie, Hist, de Bretagne, t. II, p. 434 et suiv. Y ajouter les observations de M. Lot, Hugues Capet, p. 170, n, 1. — Les Gesta consul, Andegav, (rédaction primitive) omettent tous ces événements et les remplacent par une incursion des fils de Conan sur Angers : ceux-ci auraient été envoyés par leur père, qui se trouvait alors à Orléans, auprès du roi, ainsi que Foulque lui-même. Le comte d'Anjou aurait, d'une chambre voisine, entendu le complot et serait en toute hâte et secrètement parti à Angers ; il aurait complètement défait devant cette ville les fils du comte de Rennes, tué deux d'entre eux, regagné enfin Orléans sur le cheval même de l'aîné. Conan, en le voyant revenir dans cet équipage, aUrait compris son malheur ; mais, grâce \ une intervention du roi, l'afTaire se serait arrangée. Ce récit est parsemé de détails légendaires, qu'on a déjà maintes fois signalés (voir La Borderie, Hist, de Bretagne, t. II, p. 432; G.d'Espinay, La légende des comtes d'Anjou, II, dans les Mém, de ta Soc, d'agricult,, sciences, arts d'Angers, 4« série, t. Vil, 1893, p. 36-37) ; il est, en outre, très vraisemblablement, le résultat d^une confusion entre les guerres de Foulque Nerra et celles de son prédécesseur (voir ci-dessus, p. 6, n. 3). — Dans la seconde rédaction des Gesta, on a copié le chapitre de Raoul Glaber relatif à la baLiille de Conquereuil.
Ces derniers événements ne tardèrent pas à provoquer de nouvelles hostilités entre le comte d'Anjou et le comte de Blois ^ Foulque, cette fois, prenant hardiment loffensive, envahit les domaines de son voisin, les dévasta, enfin vint construire sur la rive droite de la Loire, à luie vingtaine de kilomètres de Tours, le château de Langeais (994-995) ^. Hugue Capet le pous-
4. Richer, IV, 90 (éd. Waitz, p. 170): « Cum enim tirannorum insidiis Odonis et Fulconis de Brittanniae principatu rixa resurgeret... »
2. Richer, ibid.i « Unde Fulco in Odonetn preceps ejus teiTam depopulatur et post in ea non procul ab urbe Turonica oppidum exstruit atque munit, copias ponit, militibus implet. » — L' « oppidum » auquel il est fait ici allusion est, sans aucun doute, le château de Langeais. En effet, la Chron, de Saint-Julien de Tours (éd. Salmon, dans CAro/». de Touraine, p. 228), relate comme deux événements qui se sont succédé immédiatement, la construction du château de Langeais et la prise de Tours par Foulque Nerra (or ce dernier événement est, sans hésitation possible, nous le verrons, de 996) : <( Circa hoc tempus Landegavis castruih a Fulcone comité construitur, civitas Turonis ab eodem obsidetur et capitur, sed non multo post a Berta regina, matre Odonis, reçipitur. » Aussi est-ce le sentiment de tous les historiens que V u oppidum » de Richer est bien Langeais (voir notamment Lot, //i/^nesCape^, p. 474, n.2). — Mais ce qui est plus délicat à déterminer, c*est la date qu'il convient d'assigner à Tincursion de Foulque en Touraine et à la construction de Langeais. La Chron, de Saint-Julien de Tours, qui seule en indique une, fait forcément erreur, puisqu'elle renvoie à Tan 984 : à cette date, le comte d'Anjou était GeofTroi Grisegonelle ; en outre, la prise de Tours étantde 996, la construction de Langeais est de très peu antérieure. Peut-être faut-il corriger « DCCCCLXXXIV » en « DCCCCLXXXXIV »; mais la date de 994 ne devra être prise que comme une approximation (« circa hoc tempus »). Nous croyons donc qu'il faut renoncer à la serrer de près et que, d'autre part, la riposte d'Eude ne pouvant être antérieure à la fin de l'an 995 (voir plus loin), il faut adopter pour l'ofTensive de Foulque la date de 994-995, peut-être même 995 seulement. — Pour la construction de Langeais par Foulque Nerra, cf. Chron. de Foulque le Réchin (éd. Marchegay et Salmon, p. 377): u In Turonico siquidem pago aedifîcavit Lingaim » ; Hisi. de Saint-Florent (éd. Marchegay et Mabille, p. 274) : « Quod Fulco ut audivit, castrum instituens Lenniacum... » Dans ce dernier texte, la construction de Langeais est d'ailleurs mal placée chronologiquement. — Pour les premiers seigneurs de Langeais, voir ci-dessous, seconde partie, chap. II.
sait lui-même à la lutte et se disposait à venir lui prêter mainforte K
Eude se hâta de rassembler une armée, députa de tous côtés pour obtenir du renfort, et se précipita sur Langeais, où Foulque s'était enfermé (6n de 995-début de 996) ^. Ce dernier, pressé par l'adversaire, avait déjà entamé avec lui des négociations : il allait s'engager, pour le moins, à abandonner la cause du comte de Nantes Judicaël, c^est-à-dire à laisser du côté de la Bretagne champ libre au comte de Rennes, vassal d'Eude ^^ quand, juste "à point, parut l'armée royale, que Richer évalue à douze mille hommes ^. Eude, après avoir un instant songé à résister en défendant les gués de la Loire, voyant le roi remonter le fleuve et s'apprêter à le traverser devant Amboise, comprit que la lutte serait pour lui trop inégale : il supplia Hugue Capet de lui accorder une trêve, que celui-ci ne lui refusa pas (février 996) ^.
L'intervention royale avait donc permis à Foulque de garder
1. Richer, IV, 90 (éd. Waîtz, p. 170) :« Et quia (Fulco) ad hoc (bppidum) diruenduro Odonem adventurum sperabat, regem petiit, auxilia imploraturus. Cui cum rex auxilium polliceretur, obstlnatiore animo ferebatur, etc. »
2. Richer, ibid. — La date est fournie par une charte émanant du comte Eude et datée du 12 février 996, « ad obsidionem castelli Lang^acensis » (F. Lot, Hugueê Capet, p. 423-426). Le siège ayant duré un temps assez long, ainsi qu*il ressort du récit de Richer, a dû commencer fin 995.
3. Richer, IV, 91 (éd. Waitz, p. 170-17^1). — Richer met dans la bouche de Foulque Nerra des propositions qui reviennent, au fond, k ce que nous disons, mais qui sont jointes à d'autres plus humiliantes et renferment des impossibilités matérielles. Par exemple, Foulque y est censé avoir un fils en état de porter les armes ; or, en 996, il n'avait pas encore de fils. Nous croyons que Richer a simplement exagéré, pour déprécier Foulque Nerra. M. Lot (ibid,j p. 176) croit que les promesses du comte d'Anjou n'étaient qu'une ruse de guerre. Cependant Richer, qui ne manque pas d'ordinaire de faire ressortir la rouerie des personnages qu'il met en scène, n'en dit rien.