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Halpubn. — Le comté d'Anjou, 3

34 LE COMTÉ d'aNJOD

son adversaire traverse le Beuvron, gagne lui-même Amboise et va de là offrir le combat près de Pontlevoy *.

Après un choc terrible, les Angevins plient ; les ennemis les accablent. Sebrand de Chemillé, qui porte Tétendard du comte, est tué; Foulque, désarçonné et grièvement blessé, s'enfuit sur la route d' Amboise : la victoire des Blésois semble complète ^. Mais àce moment, brusque revirement : Herbert Eveille-Chien averti, est accouru ^, L'ennemi, croyant à la victoire, s'était éparpillé ; Eude lui-même, d'après Thistorien de Saint-Florent de Saumur, se baignait dans le Cher ^, à quelque distance du champ de bataille. Herbert fond sur eux. Il était tard : les Manceaux, venant de TOuest, avaient le soleil couchant dans le dos, tandis que les Blésois en étaient aveuglés. La victoire se changea pour eux en une défaite lamentable : les chevaliers enfoncés tournèrent bride, laissant les hommes de pied aux prises avec les

1. Gesta consulum Andegavorum [ms. 62iS, p. 47; Chron. des comtes d'Anjou^ p. 107) : <( Intcrea Odo ad delendum Montricardum muHos milites et pediles Blesis congregat. Quô audito, cornes Fulco electissimos milites et pedites secum adducens, Ilerberto Cenomannensi consule sibi federato et adjuncto, ei occurit. Odo, more suo, nimia mullitudine éonfisus fluvium Beuvi'onis transit. Fulco Ambaziaco prope Pontilevium venit. Ilerberlus juxta ripas Cari equitans, Benregio castra fixit. »

2. Ibid. : « Pugnatur : t'ulco et sui pernimium gravantur. Ipse Fulco, equo cadens, graviter verberatur. » Hist. Saint-Florent de Saùmur [Chron, églises d'Anjou, p. 274) : « Anno quoque MXVI°, feria VII*, inler Odonem et Fulconem Pontelevense actum est bellum, in quo Andegavorum exercitus pêne vastatus est signiferque comitis Sigebrannus de Chirailiaco peremptus; ipse etiam Fulco Ambaziacum aufugit. »

3. Gesta consul. j ibid.: « Pêne Blesenses victoriam adepti sunt nisi nuncius feslinus ad Herbertum venisset, qui Fulconem victura captumquc uunciat. Postquam rumoriste per totum percrebuit ejus exercitum, cornes Herbertus, ut erat miles acerrimus, advolat cum suis commilitonibus. » Uist, Saint-Flof'ent, p. 274 des Chron. des églises d'Anjou: « Quod audiens Ilerbertus cognomento Evigila Canem, Cenomannorum cornes, eo tetendit. »

4. On identifie d'ordinaire le gué de Chese dont parle Vllist. de Sainl- Florent, citée à la n. suivante, avec le gué de Ghissay ; mais ce lieu est tellement loin du champ de bataille de Pontlevoy que l'identification semble insoutenable.

troupes de Foulque et de Herbert, qui les taillèrent en pièces *. Plus de 3.000 hommes^ d'autres disent même près de 6.000, restèrent sur le terrain 2- (6 juillet 1016 ^).

i. Hist. de Saint-Florent y ibid. : « Dumque cum sociis Odo in Caro llumine ac vado Chese a loco belli plus leuga distante membra propter aestum aqua lavarent, celerrime Ce^nûmannenses currunt ; qui disperses atque lassa tos Francos, sole occumbenteillorumque insuper oculos réverbérante, iterato bello invadunt, infinitaque prostrata multitudine, victoriam pencs Fulconem miserunt. » Gesta consul,, ibid. : « Nam milites Odonis ferocissimos ictus Cenomannorum Andegavorumque impetus sustinere non ferentes, protinus in fugam versi, i>edites suos in campo trucidandos dimiserunt. Quibus ad libitum detruncatis, Andegavi quantum possunt vel audent insequuntur fugicntcs, prosternentes omnes équités qi^os consequi prévalent, m — Une charte de Saint-Pierré-de-la-Cour au Mans éditée par dom Piolin d'après une copie des Archives de la Sarthe (Hist, de l'église du Mans, t. III, pièce justif. n^ XI, p. 636) et dont quelques lignes sont citées dans les Hist, de France, t. XI, p. 631d , contient cette phrase: « Redientes ergo a praelio, quod cum Odone Campaniensi ego Herbertus Ëvigilans Canem cognomine et GofTridus Martellus (Fulco vero, pater ejus, de praelio fugerat) viriliter vicimus, Odone comité devicto in terra sua et capto, dedimus noslris ecclosiis pro honore victoriae quam Deus nobis contulerat plura donaria, etc. » Cette charte nous paraît plus que suspecte : en 1016, Geoffroi Martel était trop jeune (il avait 9 ans) pour assister et surtout participer à la bataille ; en outre, il est certain que si Eudc II avait été fait prisonnier, fût-ce quelques instants seulement (c'est ainsi que dom Piolin interprète la charte, op. cit., p. 83), les chroniques en parleraient ; enfin, il nous semble que cette allusion à une capture d'Eude pouiTait bien provenir d'une confusion entre la bataille de Saint-Martin-le-Beau, en 1044, et la bataille de Pontlevoy : nous aurions donc affaire à une notice rédigée après coup en forme de prétendu acte authentique.

2. Thietmar de Mersebourg donne le nombre de 3.000 (Hist. de Fr,, t. X, p. 135); les Gesta consul, (ms. 6218, p. 48; Chron. des comtes d'Anjou, p. 108), celui de 6.000 environ.

3. La date du 6 juillet 1016 est donnée par l'ensemble des annales angevines et vendômoises dérivant du recueil primitif de Saint-Maurice d'Angers: le texte le plus complet est celui des Annales de Vendôme: « MXVI. II nonas julii prçlium Pontelovcnse factum est inter Fu'conem et Odoncm comiles ; Victoria pênes Fulconem fuit >» [Recueil (Tannales angev. et vendôm., p. 59). Ce texte est reproduit avec quelques suppressions dans les Annales de Saint-Aubin, les Annales dites de Renaud, les Annales de Saint-Florent, les notes de VObit. de Saint-Serge, les notes du Calendrier de Saint-Aubin [Ibid,, p. 3, 46, 86, J06, 117). La Chron. de Saint-Maixent le reproduit aussi [Chron. des églises d'Anjou, p. 388).

Cette sanglante victoire eut — on Ta remarqué — un grand retentissement, non seulement en France, mais même au delà dés frontières. Un chroniqueur allemand, Thietmar de Mersebourg, s*en est fait l'écho : « En Tan 1016, dit-il, dans le royaume de Robert, roi pacifique et vénérable en toutes choses, les populations se firent mutuellement la guerre et il y en eut plus de trois mille de tués » ^ Les deux adversaires sortaient d'ailleurs de cette bataille aussi épuisés Tun que l'autre : tout ce que Foulque put faire, à la suite de son succès, ce fut de se retirer à Amboise avec son butin ^ pour s'y reconstituer une armée et se préparer à de nouveaux assauts.

Le calme ne fut, en effet, que de courte durée. Foulque avait eu beau se rencontrer avec Eude au sacre du jeune roi Hugue, le 9 juin 1017 -^ ce n'avait pas été le signal d'une réconciliation. Au contraire, appuyé à nouveau par le roi, que l'affaire de suc-

VHist, Saint-Florent, loc, cit., fixe la bataille un samedi, feria VII^, ce qui concorderait avec le 7 juillet et non avec le 6 ; mais c'est sans doute une erreur de chiffre (V//* pour W*, ou non, julii lu pour// non, julii), M. d'Arbois de Jubainville, qui a disserté sur cette date {Hist. des comtes de Champagne, t. I, p. 324, n. 1), s'est appuyé sur des textes inexactement établis. Par exemple, il a cru, sur la foi des Hist. de Fr,, que VHist de Saint-Florent portait /<?ria 17*. Le ms.de la Bibl. nat. lat. 5653, f'* 38 v<>, donne nettement : feria VIL

1. Hist. de Fr., t. X, p. 135*^ : « In regno namque paciûci et per omnia venerabilis Roberti régis, comprovinciales hi mutuo confligentes interfecti sunt plus quam tria hominum millia » (reproduit par le Chron. Saxon., dans Hist. deFr., t. X, p. 230«). — Sur cette bataille, voir encore, entre autres, le texte de Foulque le Réchin {Chron. comtes d'Anjou, p. 377) : « Alterum vero praelium fecit (Fulco) contra praedictum Odonem, potentissimum comitem, super fluvium Charum apud Pontilevicum, ubi multa fuit strages Gallonim et Andegavorum; in quo praelio fuit cum eo Cenomannensis comes Herbertus qui dictus est Evigilans Canem, ubi, Dei gratia, victor exstitit. »

2. Gesta consul. Andegav. (ms. 6248, p. 48; Chron, des comtes d* Anjou, p. 108) : « Fuga et strage hostium peracta, victores ad castra diripienda veniunt, collectisque opimis spoliis, precio et numéro captorum ditati, Ambaziaco redeunt. »

3. Voir le diplôme du roi Robert publié dans les Hist. de Fr., t. X, p. 599.

cession de Champagne avait brouillé avec Eude ^, le comte d'Anjou était venu presque aussitôt établir, à quelques kilomètres de Tours, sur la Choisille, la forteresse de Montbojau (1017)2

1. Voir Pfister, Robert le Pieux, p. 239, et Lex, Eude II de BloiSj p, 35 et suiv.

2. Aujourd'hui la Motte-Montboyau, c"« de Saint-Cyr-sur-Loire (voir notre Recueil d'annales, p. 60, n. 3). Les Gesta Ambaz. dominorum, paraphrasant les Gesia consul, Andeg., disent nettement que Mons Budelli (qui existait encore au milieu du xii* s.) était sur la Choisille : cela renforce Tidentification de ce château avec la Motte-Montboyau. — Les textes relatifs à la construction de Montboyau sont : les Gesia consul, Andegav. (ms. 6218, p. 48; Chron. des comtes d'Anjou, p. 108), suivant lesquels Tannée qui suivit la bataille de Pontlevoy (sequenti anno), « Fulco ad distringendam urbem Turonicam, quam multum desiderabat esse suam, oppidum in Monte Budelli statuit » ; VHist, de Saint-Florent (p. 276 des Chron, des églises d'Anjou) qui, après avoir raconté la bataille de Pontlevoy et avant de raconter la prise de Saumur (1026), s'exprime en ces termes : « Tune temporis in Montis Buelli vertice, versus urbem Turonicam, Fulco comes castrum firmissimum fecit » ; les Annales de Vendôme et les Annales dites de Renaud qui, sous l'année 1026, parlent du château de Montboyau, « quod circiter annos X rétro abhinc contra civitatem Turonicam firmaverat Fulco » {Recueil d'annales angev. et vendôm., p. 60 et 86), c'est-à-dire construit vers 1016 au plus tôt : tous ces textes, on le voit, sont parfaitement d*accord, et la date précise de 1017 fournie par les Gesta se concilie avec les indications des deux autres sources, puisque les Annales de Vendôme et les Annales dites de Renaud ne donnent qu'une appiY)ximation. Nous ne pouvons, par suite, tenir aucun compte des observations de M. d'Arbois de Jubainville, qui, dans son Ilist, des comtes de Champagne, t. I, p. 233, fixe la construction de Montboyau à l'an 1015, sous prétexte que les Annales dites de Renaud la placent dix ans avant la prise de Saumur, fixée elle-même par M. d'Arbois de Jubainville à l'an 1025 (mais par les Annales dites de Renaud en 1026). Nous verrons d'ailleurs que la prise de Saumur est de 1026 et qu'en conséquence la construction de Montboyau, à prendre le texte des Annales dites de Renaud à la lettre, ne saurait être antérieure à 1016. — M. Lex, op, cit. (p. 216 desMém. Soc. acad. de T Aube et p. 32 du tir. à part) reprend à son compte la thèse de M. d'Arbois de Jubainville et la soutient avec des arguments bien malencontreusement choisis : « Une preuve oubliée par M. d'Arbois de Jubainville, dit-il, c'est qu'Eudes commença la campagne qui aboutit k cette bataille même (la bataille de Pontlevoy) par le siège de Montboyau. Ce serait à 1017, ajoute-t-il, qu'il faudrait rapporter le fait pour être d'accord avec les Gesta (consulum Andegavorum), Nous savons, d'autre part, que les hostilités qu'Eudes engagea avec le duc de Lorraine sont postérieures à cette date. Les données chronologiques des GesM ne peuvent

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et, fort de l'appui du roi^, s'était mis à piller les biens d^ rarchevêché de Tours avec Taide de Tévêque d'Angers Hubert de Vendôme, au mépris des sentences d'excommunication ^.

Mais, sur la route de Tours, Saumur restait comme une entrave perpétuelle et une menace incessante. Geudouin, gouverneur de la place, était un terrible guerrier : on racontait que Foulque lui-

donc pas être prises au pied de la lettre. » A Tappui de son premier argument, M. Lex renvoie à c< D. Bouquet, X, 256 Ë », où nous lisons: u Interea Odo ad delendum Montricardum (!) multos milites et pedites Blesis congregat. » Nous sommes dans les Gesta consul, Andegav. et il s'agit de Tattaque de Mon tricha rd narrée plus haut. Le seul texte où il soit fait mention d'un siège de Montboyau avant la bataille dePontlevoy, ce sont les Gesta Ambaz, dominorum (Ckron, comtes d'' Anjou, p. 165) ; mais c'est que la bataille de Pontlevoy y est placée après la prise de Saumur (tandis que ce siège de Montboyau y est correctement placé avant la prise de Saumur) au surplus, les Gesta Ambaz. dominorum copient ici avec une inversion les Gesta consul. Andegav. Le second argument de M. Lex n'est pas meilleur : que les Gesta fassent erreur en plaçant en 1017 une campagne d'Ëude II en Lorraine, la chose est possible et excusable ; il n'en reste pas moins que, d'accord avec VHist. de Saint-Florent, texte entièrement indépendant, ils fixent la construction de Montboyau après Pontlevoy.

f. Voir, en effet, le texte commun aux Annales de Vendôme et aux Annales dites de Renaud pour l'année 1026 : « Rotbertus rex, immo regina ejus Constantia pacem fecerunt cum comité Odone et Fulconem, Andecavorum elegantissimùm in bellicis rébus comitem, |solum nequiter reliquerunt in guerra, quam cum illis et pro ipsis sumptam gerebat. » (Recueil d"" annales angev. et vendôm.y p. 60 et 86). Cf. la lettre de Hugue, archevêque de Tours, citée à la note suivante : « Nam quod dicis te régis hoc jussu fecisse », écrit-il à Hubert de Vendôme, auxiliaire de Foulque Nerra. — Cette hostilité du roi contre Eude II se rattache sans doute à l'affaire de la succession de Champagne : voir Lot, Hugues Capet, Appendice XI, p. 409-413.

2. Voir la lettre de l'archevêque de Tours Hugue de Châteaudun à l'évêque d'Angers Hubert de Vendôme dans les Hist, de Fr., t. X, p. 499, et celle de Fulbert à Foulque, ibid., p. 481 : le premier exhorte son suffragant â cesser de collaborer aux ravages commis par Foulque sur les terres de son église de Tours ; le second prévient Foulque que l'archevêque de Tours réclame contre lui une excommunication générale et l'exhorte, pour l'éviter, à cesser d'envahir et piller les biens d'Église. M. Pfister a justement rapproché ces deux lettres (De Fulbert i Carnotensis episcopi vita et operibus, p. 96) ; il les date de 1023 environ : elles sont antérieures au 12 mai de cette année, date à laquelle mourut Hugue de Châteaudun (Gallia christiana, t. XIV, col. 58).

même craignait toujours de rencontrer « ce démon » 3ur son chemin ^ Il résolut de l'attaquer de-front : pendant qu*Eude II était occupé d*un autre côté ^, il envahit le Saumurois, s*y installa, et en réponse, dit la légende, à une démarche de Geudouin, qui lui demandait de « faire trêve », il bâtit sur la Loire une forteresse qu'ironiquement il appela Trêves ^.

Eude cependant accourait : il se jeta sur Montboyau. Foulque, abandonné au dernier moment par le roi ^, rassembla en hâte quelques troupes, pendant que Geudouin de Saumur partait rejoindre le comte de Blois. On s*attendait à un grand combat devant Montboyau ^. Mais Foulque avait déjà atteint Brain-sur- Allonnes, quand il eut connaissance de la supériorité numérique

1. Hist, Saint-Florent (p. 275 des Chron, des églises (T Anjou). — A Texemple de M. Lot (Hugues Cape/, p. 182 et 426), nous rendons en français par Geudouin le Gilduinus ou Gelduinus des textes. Au milieu du xii^ siècle, on a refait sur la forme française Geudouin^ mal prononcée, la forme latine Jodoinus (voir, par exemple, Cartul, du Ronceray d^Angers, éd. Marchegay, n® 146 et no211, chartes de 1164 et 1167 ; Cartul, de Noyers, éd. Chevalier, n« 557, charte de 1147).

2. Par TafTaire de succession de Champagne. Voir Lex, op. cit. (p. 220 des Mém. Soc. acad. de l'Aube et p. 36 du tir. à part), Pfister, Robert le Pieux, p. 239 et suiv., et surtout Lot, Hugues Capet, Append. XI, p. 409-413.

3. Hisf. Saint-Florent (p. 276 des Chron. églises d'Anjou) : faits placés entre 1020 et la prise de Saumur (1026). — Trêves était en plein Saumurois (c** Trèves-Cunault, c»" Gennes, arr. Saumur), la frontière de T Anjou et du Saumurois étant à Gennes (voir ibid.)

4. « Rotbertus rex, immo regina ejus Constantia paccm fecerunt cum comité Odone et Fulconem, Andecavorum clegantissimum in bellicis rébus comitem, solum nequiter reliquerunt in guerra, quam cum illis et pro ipsis sumptam gerebat » [Annales dites de Renaud et Annales de Vendôme, p. 60 et 86 du Recueil d'annales angevines et vendômoises). Robert le Pieux avait à ce moment besoin d'Eude (voir Pfister, Robert le Pieux, p. 243 et 375-377).

5. Gesta consul. Andegav. {ms. 6218, p. 48 ; Chron. des comtes d Anjou, p. 108): M Fulco ad distringendam urbora Turonicam... oppidum in Monte Budelli statuit. Odo e contra, diversarum gentium multitudinc secum aducta, accito cum omnibus suis Salmurensi Gelduino, munitionem illam obsedit. Similiter Fulco quos potuit in Valeiam adunat et sapienti usus consilio, cum non posset nec auderet pugnare, etc. » Hist. Saint-Florent (Chron. églises dWnjou, p. 276) : « Quod (castrum Montis Buelli) Odo

écrasante de ses adversaires. Il apprit en même temps que Saumur était resté sans défenseurs : aussitôt il change de direction, traverse la Loire, gagne Saumur à marches forcées et se présente le lendemain matin devant les murs de la ville K

Les habitants, si Ton en croit l'historien de Saint-Florent de Saumur, quoique sûrs de la défaite, opposèrent aux Angevins une vaillante résistance : laissant à saint Doucelin, dont ils placèrent les reliques en travers de la porte orientale, le soin de protéger la ville de ce côté, la masse des combattants se groupa à la porte occidentale. Il leur fallut plier : Tassant fut donné, la ville livrée au pillage et à Tincendie ; ceux qui refusaient de se rendre furent poursuivis de coups ou faits prisonniers; le prévôt Aimeri fut envoyé dans les cachots de Doué, ses fils réservés au supplice; l'abbaye de Saint-Florent elle-même n'échappa pas au désastre -. Quant à la garnison du château, qui restait encore,elle n'attendit pas qu'on l'attaquât. « Connaissant l'esprit ardent et farouche des Angevins », dit l'auteur des Gesta consulum Andegavorum^ « connaissant aussi l'acharnement avec lequel ils exécutaient ce qu'ils s'étaient proposé, sachant enfin qu'il n'y

cornes cum exercitu magno obsidens, Fulco vero ex adverse repellere nilens, viribus utrinque collectis, publicam condixerunt pugnam, ad quam Gelduinus cum Salmurensibus, Caijionenses quoque et Insulani cum Francis evocati conveniunt. » Anna.les de Vendôme et Annales dites de Renaud (Recueil d'annales angev, et vendant,, p. 60 et 86) : « Igitur Odo in Francia régis impedimentis solutus Fulconem expugnare speravit et totis nisibus adorsus est annoque presenti (MXXVI) Montis Budelii castellum, quod circiter annos X rétro abhinc contra civitatera Turonicam firmaverat Fulco, obsedit. »

1. Hist. de Saint-Florentj loc. cit.; Gesta consul. Andegav., loc. cit. — Foulque le Réchin [Chron. dans Chron. comtes d'Anjou, p. 377) a fait ici une confusion entre Angers et Montboyau, quand il a écrit: «Cepil quoque (Fulco) castrum Salmuri, in tempore illo quo comes Odo venerat Andegavim cum exercitu suo et posuerat castra sua in Angulata, inter ipsam civitatem et lluvium Ligerim. »

2. Hist. de Saint-Florent, ihid. — Les Gesta consul. Andegav. (ms. 6218, p. 48; Chron. des comtes d'Anjou, p. 109) disent seulement que Foulque entra sans peine dans la ville « totumque confestim oppidum usque ad arcem cepit ».

avait pas à compter sur leur miséricorde, ils décidèrent de traiter avec le comte. Laisse-nous, lui déclarèrent-ils, quitter sains et saufs ce château, et nous te le livrerons ; protège-nous contre tes égorgeurs, accorde-nous la vie en échange de notre soumission. Le comte acquiesça à leur demande et les traita même avec honneur, voulant par là, dit-on, se concilier ceux qui s^étaient rendus et pousser les autres à imiter leur exemple.» ^ La ville entière était entre ses mains (été de 1026) -.

i. Gesta consul, Andegav., ibid.

2. Les annales ang^evines et vendômoises (lesquelles représentent toutes une seule et même source perdue) donnent (sauf une erreur de transcription dans les Annales de Saint-Florent) la date de 1026: voir les Annales de Saint-Aubin^ les Annales de VendoTne et les Annales dites de Renaud y p. 3, 60, 86 du Recueil d'annales angev, et vendant, — VHist. de Saint-Florent, au contraire (copiée par la Chron. de Saint-Maixent), donne la date de 1025; mais cette date est certainement erronée, comme on peut s'en rendre compte d'après les renseignements subsidiaires fournis par Yllist, de Saint-Florent elle-même. En effet, remarquons d'abord que la prise deSaumurestdc fin juin ou de juillet ou, au plus tard, du commencement d'août : car ïlfist. de Saint-Florent nous apprend qu'un mois après {post mensem dierum) Eude est venu tenter de reprendre la place, mais qu'il y a bientôt renoncé parce que l'époque' des vendanges approchait et que ses hommes voulaient rentrer chez eux [Chron, églises d'Anjou, p. 280). VHist, de Saint-Florent nous apprend encore qu'en août 1026 les moines, expulsés de Saumur, entreprirent la construction d'un nouveau monastère au Chardonnet. La prise de Saumur est donc, au plus tard, du commencement d'août 1026 ; mais elle est fort peu antérieure à cette date, puisque le choix d'un emplacement au Chardonnet a eu lieu sans relard [nec mora : ihid., p. 279). Un autre fait vient confirmer ces déductions: après avoir renoncé une première fois à reprendre Saumur, Eude, dit VHist, de Saint-Florent (p. 280), est revenu peu après {post aliquantum temporis), renouveler Tentreprise; or, à cette date, les moines avaient déjà commencé les constructions au Chardonnet ; aussi s'interposèrent-ils. Cette seconde tentative d'Eude II est donc postérieure à août 1026; la première ne peut être que de quelques mois antérieure: elle est, par suite, de 1026 ; par suite encore, la prise de Saumur est, elle aussi, de 1026. Allons plus loin : lors de la première tentative d'Eude pour reprendre Saumur, il y a tout lieu de penser, d'après VHist, de Saint- Florent, que les travaux du monastère du Chardonnet n'étaient pas commencés. Cette tentative d'Eude se place donc au début d'août 1026 au plus tard, et la prise de Saumur, antérieure d'un mois, se place au début de juillet 1026 au plus tard. Toutes ces données concordent bien avec les

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IjR chute de Saumur fut pour Eude II et son vassal Geudouin un coup aussi terrible qu'inattendu. Geudouin aurait voulu qu'Eude levât aussitôt le siège de Montboyau et courût reconquérir la place ; mais le comte de Blois croyait si bien être sur le point de prendre Montboyau que, pour ne pas perdre le fruit de sa campagne, il différa l'entreprise, promettant à son vassal un autre fief au cas où il ne parviendrait pas à lui restituer Saumur *.

Cependant Foulque, sans se laisser attarder, remontait la Vienne, la traversait entre Tlle- Bouchard et Nouâtre sur un pont de bateaux et venait investir Montbazon, qui, sans doute, lui avait échappé -. Eude apprit cette nouvelle au moment où tous ses efforts contre Montboyau aboutissaient à un échec lamen-

indicatÎQns contenues dans une charte-notice de Saint-Aubin d'Angers {CartiïL de Saint-Aubin, éd. Bertrand de Broussillon, n^ 197): « Tercio enim anno postquam idem Fulco Salmurium cepit, ipse est annus consulatus sui XLII, etc. >> De cette phrase ressort que la prise de Saumur a eu lieu la 39® année du « consulat » de Foulque, soit entre le 21 juillet 1025 et le 21 juillet 1026 relie est donc bien du début de juillet 1026 au plus tard. Ceci concorde de même avec les indications contenues dans une charte-notice de Saint- PUorent, publ. parMarchegay, Arc/iire«</'An/ou, t. I, 472 : « Actum est hoc judicium anno ab incarnatione Domini MLXVI, qui est annus XLI a captione castri Salmuri, indictionc IV, quarto nonas augusti. » La Chron. de Saint-Maixent, de son côté, tout en donnant (d'après VHist. de Saint-Florent) la date de 1025, ajoute un renseignement qui, s'il était puisé à bonnes sources, serait une confirmation .excellente de nos raisonnements; elle fait coïncider la prise de Saumur avec la quatrième année de l'ordination de l'abbé Frédéric, laquelle va du l**" septembre 1025 au 1"^ septembre 1026 (voir Hist. de Saint-Florent, p. 270). Puisque la première tentative d' Eude II j^our reprendre la place est postérieure d'un mois au succès de Foulque et qu'elle est d'ailleurs antérieure aux vendanges, il y aurait là une raison incontestable d'éliminer l'année 1025 et de s'arrêter à l'an 1026. Mais les raisons précédentes nous paraissent tout à fait suiïlsantes.

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