‹ Le comté d'Anjou au XIe siècleChapitre 67 sur 398 · CHAPITRE IV L'ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU COMTÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV L'ORGANISATION ADMINISTRATIVE DU COMTÉ

En même temps que Tétat angevin Renaît, que les campagnes se repeuplent, que les villes se reforment, la nécessité s'impose au comte d'administrer ou tout au moins d'exploiter ses domaines. Aussi voit-on les quelques restes surannés de l'administration carolingienne disparaître ou s'adapter aux nouveaux besoins et une organisation administrative très rudimentaire, mais plus pratique, poindre lentement.

* On sait que le comte carolingien était assisté d'un vicomte, dont le rôle était de le remplacer en cas de besoin et de l'aider à administrer son comté. On retrouve tout naturellement un vicomte aux côtés des comtes d'Anjou du x® siècle ^ Le père de l'évêque d'Angers Renaud, appelé lui-même Renaud et surnommé le Thuringien [Thuringus ou Torench), qui avait rempli cet

1. En 976, Geoffroi Griscgonelle exempte un domaine de l'hébergement

« de son vicomte et de ses voyons « (cela ne. paraît pas être une ancienne

formule) : « Nam nobilis comes Gaufridus...concessit auctorilale sua

perpetualiter permanere ut nuUam dominationem Iiospitalitatis ab uUo

homine habeatur ibi nec vicecomitis nec cujuslibet vicarii « {Cartul.

Saint-Aubin, éd. Bertrand de Broussillon, n° 34). Dans une rédaction des

Miracles de saint Martin de Vertou qui date de la lin du x« ou du début

du xi'^ siècle, on 'trouve cette allusion à un vicomte d'Angers Renaud, qui

semble être celui dont nous allons parler: « Vidimus etiam nostris diebus

quosdam Homa redeuntium ex eodem génère, juxta incolarum testimonium,

pelles émisse et domum nihilominus pro indicio detulisse. Cujus rei testis

est venerabilis Rainaldus Andegavorum vicecomes, qui haec et alia plurima

de Martino stupenda narrât miracula » (Mon. Gerni., Script, rerummerov.,

t. III, p, 568).

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office . sous Geoffroi Grisegonelle, Toccupa encore quelque temps sous Foulque Nerra ^ C'était un grand seigneur, plein d'indépendance, qui avait su se tailler dans les Mauges,

1. Cartulaire de Saint- Aubin , éd. Bertrand de Broussillon, n^ 281 [sLnn. 960-964), n« 48 {&nn. 966), n*» 21 (an/i. 970), n« 3 [ann. 974), n« 34 (a/ifi. 976), n« 211 (a/i/i. 976), n» 821 (afiw. 976) et cf. la note précédente. Dans toutes ces chartes, « le vicomte Renaud » souscrit après le comte et à une place d*honneur (voir spécialement le fac-similé du n^' 821 , joint au t. m du CarluL de Saint- Aubin), Au n^ 3, le vicomte Renaud est dit père de révoque d'Angers Renaud (voir le fac-similé de l'original au t. III du CartuL) Or, comme nous le verrons plus loin (chap. V, p. H3), le père de Tévêque Renaud était Renaud le Thuringien. — Renaud le Thuringien resta certainement en fonction du temps de Foulque Nerra, car il vivait encore vers 990 (Pièce justificative n* 1). — De tous les textes que nous avons cités, aucun cependant ne donne à Renaud le titre de « vicecomes Andegavensis » (sauf les Miracles de saint Martin de Vertou, d'une date trop incertaine pour faire foi). D'autre part, une glose du Livre noir de Saint-Florent de Saumur (fin du xi« s.), que Ton trouvera publiée plus loin. Pièce Justificative n<* 2, dit Renaud le Thuringien « pater Fulcodii vicecomitis de Roca Forti ». Nous trouvons, nous Talions voir, un Foucois, u vicpmte » (fils, à ce qu'il semble, de Renaud le Thuringien] dans les chartes des premières années du xi" siècle : ce Foucois et, par suite, Renaud le Thuringien lui-même, n'auraient-ils pas été simplement des vicomtes de Rochefort-sur-Loire ? On remarquera en effet que, suivant une charte transcrite par A. DuChesne (Bibl. nat., Coll. Baluze, vol. 39, fol. 62 r<*), un Renaud, qui ne peut être que Renaud le Thuringien (car il est mari de Richilde tout comme ce dernier : voir le diplôme de Robert le Pieux, dans les Hist. de Fr.y t. X, p. 583, confirmation de donations faites par l'évêque Renaud pour le repos de l'àme de sa mère Richilde), 9 reçu en 969, moyennant un cens annuel, le domaine et l'église de Castellarium, « cum antiquo castello et quantumcumque ad ipsam ecclesiam vel ad ipsum castrum aspicit » et que ce Castellarium, d'après le titre que portait la charte dans le recueil conservé à Saint-Maurice d'Angers où la copiait Du Chesne, ne serait autre que Rochefort-sur-Loire ( « Exemplar manusfirmae de alodio ubi situm est castellum Rupisfortis »). Bien que Port, qui a connu l'acte par ailleurs, ait contesté le bien fondé de cette identification et ai vu dans Castellarium les Châteliers, sur la Loire, dans la commune des Murs {Dictionn., t. I, p. 643), l'hésitation serait possible s'il n'y avait pas pour rejeter l'identification cette double raison : l^' Renaud paraît comme vicomte avant 969, date de la concession de Rochefort ; 2^ jamais, au XI» siècle, les seigpieurs de Rochefort n'ont pris le titre de « vicomtes de Rochefort ». La glose de Saint-Florent doit donc se comprendre ainsi : Renaud de Rochefort-sur-Loire, père du vicomte Foucois, ou Renaud, père du vicomte Foucois, [seigneur] de Rochefort.

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aax dépens da comte de Nantes, un fief important '. A sa mort, Foucois, qui parait avoir été son 61s, le remplaça pendant quelques années -. Mais Foacois est le dernier vicomte que nous rencontrions : Foffice avec lui disparait.

C*est son inutilité même qui fut, sans doute, cause de sa disparition : le comte n'avait plus que faire d*un vicomte ; quelques hommes de confiance lui suffisaient amplement. Un chef d'état qui a le temps, comme le fait Foulque Nerra vers 1010, de s*occuper personnellement d*un procès où il n*est question que de quelques malheureux serfs revendiqués par l'abbaye de Saint-Florent de Saumur 3, n'a g^ère besoin de s'offrir le luxe d'une « administration centrale » compliquée. Il est donc probable que les rudiments de ce que nous serions tentés d'appeler de ce

i. Voir la Chron, de Xanies, éd. Merlel, ch. XLII. Sur son ascendant, Toir Pièce jusiificative n*» I.

2. On trouve le vicomte Foucois dès 993 : «< 7 Fulconis comitis. Signum Rainaldî episcopi. S. Fulcoius vicecomes >» Catalogue tTaetes, n? 8) ; on le retrouve en Tan 4000: « Signum Fulconis comitis. Signum Fulcoii vicecomitis 1» (Catalogue d'actes^ n^ 17' ; en 1003, il souscrit une charte pour Saint- Aubin d'Angers: « S. Fulconis \ comitis. S. Rainaldi presulis f. S. Fulcodii vicecomitis » \CariuL de Saint- Aubin, éd. Bertrand de Broussillon, n^ 130}; en 1005, il accompagne Tévèque Renaud partant pour la Terrre Sainte : « Ad sepulchrum Domini Jerosolimam, comitante Fulcoio vicecomite (Rainaldus episcopus) tendebat... » (Coll. dom Housseau, vol. II*, n« 349, d'après le Livre noir de Saint -Mau r ice d* Angers y fol. 20 V», n* 28. Cf. ci-dessous. Appendice II ; enfin, en 1014-1027, il souscrit une charte de Foulque Xerra pour Saint-Aubin d'Angers : « S. Fulconis comitis. S. Suhardi mililis. S. Fulchoii vicecomitis... » (Car/u/. de Saint-Aubin y n<» 4j. — Quant à la preuve que Foucois était ûls de Renaud, elle est donnée par la glose du Livre noir de Saint-Florent citée à la note précédente ; le fait que Foucois accompagna Tévèque Renaud en 1005 donne à cette glose beaucoup de vraisemblance ; enfin l'hérédité de Foffice est assez naturelle. — L'évéque Renaud, dans un diplôme de Robert le Pieux datant de Tan 1000 environ Ilist. de Fr.^ t.X, p. 583", est dit restaurer Tabbave de Saint-Sei^e u pro anima sua et patris sui equivocî et matris suae Richildis et fratris sui Ilugonis et Gaufredi comitis et Fulconis filii sui et pro auimabus suorum succossorum episcoporum » : on j)eut s'étonner qu'il ne nomme pas le vicomte Foucois, si celui-ci était son frère ; mais nous croyons que l'objection n'est qu'apparente: denses proches, l'évèque ne nomme que les défunts.

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nom se confondaient alors avec les services de la domesticité : au reste, une charte-notice nous apprend par hasard qu'un serf nommé Dodon est devenu bouteiller de Foulque Nerra * ; le fait y est noté en passant, comme une chose qui n'a rien d'exceptionnel, et aucun document ne nous autorise à penser qu'il y ait eu, en dehors de cet humble serviteur, quelque autre personnage préposé à l'office de bouteiller. De même, si l'on remarque que ce n'est pas un, mais plusieurs chambriers à la fois qu'on voit aux côtés du comte ^. si l'on remarque, en outre, qu'il n'est jamais fait la moindre distinction entre eux ^ et qu'ils sont, avec les prévôts et les cellériers, simples servienies pourtant*, les personnages qui constituent son entourage habituel, n'en devrat-on pas conclure que ce sont là encore de simples serviteurs?

1. Pièce Justificative n^ 6 : « Tandem tamen... consensit abbas... ut partirentur filii Landrici predicti servi [et Letheardis ancille comilis]. Accepit er^ Fulco cornes in suam partem istos : Odonexn Brunellum et Dodonem^ butlellarium postea suum, Witbergam quoque uxorem Hubaldi yenatoris, etc. »

2. Nous ne connaissons pas de chambrier de Foulque Nerra, mais une charte du CartuL de Saint-Aubin^ éd. Bertrand de Broussillon, n^ 72 , nous donne le nom d'une chambrière de sa femme : « Hildegardis comitissa quondam accepit quinque arpennos vinearum de Sancto Albino... De ipsis autem vineis habuit Oda, sua cameraria, très arpennos... » On peut donc supposer que Foulque Nerra a eu, lui aussi, des chambriers. GeofTroi Martel, en tout cas, en a eu au moins deux, nommés Garnier et Renaud. On les trouve cités, par exemple, dans la plus ancienne charte de Saint-Laud d'Angers [Catalogue d'actes, n^ 155): « Ego GofTridus comes firmitatem facti hujus sancte crucis impressione roboravi, audientibus istis : Roberto Burgundione, Altardo, Huberto Ragoto, Israël, Raginaldo [et] GameriocamerariiSf Garino et Girardo cellarariis, etc. » (Cartul. de Saint-Laud, éd. Planchenault, n«25). On trouve aussi Garnier cité en 1060(Marchegay, Archives d'Anjou^ t. II, p. 51). Enfin Garnier et Renaud paraissent dans une charte des années 1060-1067 du Cartul, du Ronceray, éd. Marchegay, n° 8 : « Testes isti affuerunt présentes ^: Girorius, dominicus vassus... Garnerius camerarius,,. Raginaldus camerarius,,, »

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