Il était né le 14 octobre 1006 : voir ci-dessus, p
2. Pour la date, voir p. 12; pour les circonstances de cette mort, joindre aux textes cités p. 12 le passage suivant de la Chron, de Foulque le Réchin : « Nocte siquidem illa quae praecessit finem ejus, deponens omnem curam militiae rerumque saecularium, monachus factus est in monasterio 8ancti Nicholai, quod pater ejus et ipse multa devotione construxerant et rébus suis suppleverant» (Chron, des comtes d'Anjou^p, 379). Les chartes prouvent, elles aussi, que Geo^roi Martel mourut à Saint-Nicolas d'Angers sous l'habit monastique et y fut enterré [Catalogue d'actes^ n^* 158, 280). Au moment de sa mort, il avait été soigné par un moine de Marmoutier [Catalogue d'actes, n® 157).
3. Nous avons vu (chap. Il, p. 57) quUl épousa d'abord Agnès, veuve de Guillaume le Grand d'Aquitaine, le i^^ janvier 1032. Il la répudia vers 1050 [ibid,^ p. 61, n. 6), pour épouser, avant le 15 août 1052 [ibid,), Grécie, veuve de Bellay de Montreuil-Bellay. Il répudia cette dernière, à son tour, pour épouser Adèle, « fille du comte Eude », dit une charte du Ronceray, peut-être une fille du comte Eude II de Blois ; puis il reprit Grécie quelque temps (on la trouve aux côtés de son mari, avant ou après sa première séparation, postérieurement au 14 janvier 1056, au n®121 du Cala-
contrastes, apparut la figure de GeoflProi Martel : son seul voyage important eut pour objet d'aller avec sa femme Agnès assister à la marche triomphale de Tempereur Henri III à travers ritalie (1046)* ; si bien que les chroniqueurs n'ont retenu de son caractère que la violence et l'ambition 2.
logue (Tactes) ; enfin il la quitta une fois encore pour épouser Adélaïde « la Teutone » : voir CartuL du Ronceray d'Angers, éd. Marchegay, n» 64, où il est question d'une vigne que Geoffroi Martel « concubinis potiusquam uxoribus dédit, Agneti primo, deinde Grecie, postea Adèle, comitis filie Odonis, item dcnuo Grecie, postremo Adelaidi Theutonice ». Il est question de Grecie en tant que comtesse et veuve de Bellay dans la charte no 147 du Catalogue d'actes. Elle est nommée encore aux n»* lU, 112, 113, 120, 146, 148, 149, 150du Catalogue, Elle mourut un 25 avril, suivant VObituaire de Saint-Maurice d'Angers (copie de la Coll. Baluze, vol. 39, fol. 30 y^) : »VII kal. (maii).Obiit Grecia comitissa, uxor Gaufridi Martelli, postea sanctimonialis. » H est question d'Adélaïde la Teutone comme dernière femme de Geoffroi Martel danS deux chartes délivrées par ce dernier, lune avant le 22 mai 1060, Tautre au moment de sa mortel dans deux chartes du comte Geoffroi le Barbu (Ca^a/o^rue d'actes, n'^* 130 bis, 157, 167, 168, 169). On a prétendu qu'Agnès avait été reprise peu après sa première répudiation 1(L. de Grandmaison, Geoffroy II Martel, dans les Positions des thèses de r École des Chartes, ann. 1887 ; Mêlais, Cartul. delà Trin. de Vendôme, 1. 1 p. 170 n. 1), mais uniquement en se fondant sur des documents suspects ou mal interprétés : voir notre étude sur Les chartes de fondation de la Trinité de Vendôme et de VEvière d'Angers (réponse à M. l'abbé Métais),dans Le Moyen Age, 2« série, t. VIII, 1904, p. 401-411.
1. Voir une charte du CartuL du Ronceray, éd. Marchegay, n* 35, délivrée « quand Geoffroi et sa femme Agnès revenaient de Pouille », en mars 1047 (Catalogue d'actes, n« 89). Une charte de Bourgueil fut confirmée H quando Gauzfredus comes venit de imperatore Roma » (Arch. d'Indreet-Loire, H 24, no 39, orig.). Agnès, et son mari probablement avec elle, profitèrent de ce voyage en Italie pour faire un pèlerinage au Monte Gargano. Ilermann Contractus, dans sa Chron,, au début de l'année 1047, note le fait en ces termes :«Sed socru imperatoris démonte Gargano Beneventum reversa, orto tumultu, BenevenUni cives quibusdam eam injuriis affîciunt » (éd. Pertz, Mon. German,, Scriptores, t. V, p. 126). Lambert de Hèrsfcld nous apprend, en outre, qu'Agnès (et sans doute aussi son mari) avait été rejoindi-e Tempereur à Goslar, en Prusse, et s'y trouvait à la Noël 1045 (ibid,, p. 153), vers le moment où la fille de la comtesse d'Anjou, rimpératricc Agnès, venait de donner le jour à son premier enfant. Cf. Steindorff, Jahrbùcher des deutsch, Reichs unter Heinrich III,
2. Voir Guillaume de Poitiers et Guillaume de Jumièges, dans les Hist. de Fr,, t. XI, p. 43 et 78, et cf. ci-dessus, p. 126, n. 2.
Au contraire, la figure de Foulque Nerra devint de bonne heure légendaire. En réalité, il nous apparaît comme un homme ardent, acharné, s'adonnant tout entier à son ambition et à sa cupidité et dominé par la passion guerrière ; puis brusquement se ressaisissant à la pensée des peines éternelles et essayant alors d'obtenir par quelque donation ou quelque pénitence le pardon du Dieu ou des saints que ses violences ont dû courroucer. Une charte nous le montre trop occupé de guerres pour songer aux choses d'église ^ ; dans une autre, il est question de son caractère emporté, farouche, ne souffrant point la contradiction 2 ; et tout cela concorde avec ce que nous apprennent le récit des guerres qu'il soutint, ses rapports avec le comte du Maine, avec Hugue de Beauvais.
Ailleurs, au contraire, nous le voyons, pris de crainte, faire une donation à Féglise Saint-Maurice d'Angers « pour le salut de son âme pécheresse et pour se faire pardonner le massacre épouvantable des chrétiens qu'il a fait tuer sur la lande de Conquereuil » ^; une notice nous le représente au moment de la prise de Tours, en 996, pénétrant à main armée dans le cloître de Saint-Martin, puis tout à coup, à la vue des chanoines qui entourent d*épines les châsses et le crucifix et ferment les portes de leur église, se hâtant de venir humble et pieds nus faire amende honorable devant le tombeau du saint qu'il a offensé *. En 1026, quand il prend Saumur, la fureur
1. Catalogue d* actes f n® 48 : « Comitissa vcro, maxime viro suo miliciac suac intcnto, elemosinam suam augere cupicns... »
2. Pièce justificative n^ 6 : Tabbé de Saint-Florent, malgré son bon droit, cède devant les revendications de Foulque Nerra « ob immanitatem ferociae ipsius ». Il faut noter toutefois que le rédacteur de la notice est suspect de partialité.
3. Catalogue (rades, n® 8 : « Quapropter ego Fulco... propter remedium animae meae et pro poenilentia de tam magna strage christianorum quae acta est in planicie Conquareth et ut beata Maria Dei genitrix Virgo et sanctus Maurilius pontifex intercédant ad Dominum nostrum Jesum Christum pro me peccatore... »
Halphbn. — Le comté d^ Anjou. 9
130 ^E COMTÉ D*ANJOD
remporte d'abord : il pille tout, incendie tout, n'épargne même pas Téglise de Saint-Florent ; puis sa grossière piété reprend subitement le dessus : « Saint Florent, laisse-toi consumer, s'écrie-t-il ; je te bâtirai à Angers une plus belle dem^re ! » Mais comme le saint ne se laisse pas gagner par ses belles promesses, comme la barque où il a fait charger son corps refuse de bouger, il s'emporte contre « cet impie et ce rustre qui décline l'honneur d'être enseveli à Angers » K
Ses violences sont grandes, mais ses pénitences éclatantes: en 1002 ou 1003, il part pour Jérusalem. Il est à peine de retour qu'il se souille en faisant tuer Ilugue de Beauvais : nouveau voyage en Terre Sainte, dont les périls d'une traversée mouvementée et l'hostilité des infidèles ne peuvent le détourner (1008 ?). Enfin, presque âgé de soixante-dix ans, à la fin de Tannée 1039, il n'hésite pas, pour gagner son salut, à affronter encore une fois les/atigues et les dangers d'un dernier pèlerinage au tombeau du Sauveur -, Voilà qui donne bien l'impression d'un tempérament fougueux, farouche même, mais perpétuellement dominé par la crainte de la vengeance céleste.
Sur ce double thème la légende se plut à broder. Cet homme violent est devenu le type de la plus atroce férocité : on l'a représenté poignardant sa femme, portant l'incendie à travers Angers même ^, imposant à son fils rebelle l'obligation de faire plusieurs milles une selle sur le dos et, alors que celui-ci se traînait humblement à terre devant lui, le repoussant brutalement du pied en criant victoire ^ ; et un moine de Saint-Florent
1. Hisl. de Saint-Florent t dans les Chron, des églises d\Anj'oUyp. 277-278.