‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 107 sur 187 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

le 21 : « L’ôn vous fait savoir de par haut et puissant seigneur, « le comte de Hornes , amiral de la mer, etc., et de par mes- « sieurs les prévôts et jurés de cette ville que Son Excellence « a remis les clefs des églises collégiales et paroissiales entre « les mains des curés pour y faire h l’avenir le service divin, « selon l’intention de Sa Majesté. Il est bien expressément « défendu à toutes personnes, de quelque qualité ou condition « qu’elles soient, de troubler l’exercice du culte soit par « paroles, chants et huées, ou par voies de fait, sous peine « d’être promptement et capitalement ou arbitrairement puni, « selon l’exigence des cas. » La même ordonnance défendait de vendre les biens naguère pillés dans les églises (1).

Il résultait des dispositions prises par le comte de Hornes, d’accord avec le magistrat, que les catholiques rentraient en possession de leurs églises et recouvraient la pleine liberté d’exercer leur culte; de leur côté, les réformés recevaient l’autorisation de faire leurs prêches dans les lieux désignés par le représentant de la régente. La peine de la confiscation de corps et de biens était prononcée contre celui qui troublerait l’exercice de l’un ou de l’autre culte.

Cette transaction, après avoir rétabli la paix dans une des plus importantes cités des Pays-Bas, fut méchamment interprétée et devint ensuite un crime capital sous la plume des scribes du duc d’Albe (2).

Le dimanche, 22 septembre, avec le consentement du comte de Hornes, le prêche des réformés se fit le matin place du Becquerel, en présence d'une grande multitude. En même

< hommes, cassant tout le reste, qui pouvoit bien estre six mille, prenant « les douze cents au service de S. M. et pour la garde de la ville. » Supplément aux guerres civiles, t. II, p. 426. — Etau S’ de Montigny, son frère, le 1» octobre 1566 : « Je trouvai audict Tournav cinq ou six mille hommes en armes, ■ pour la garde et guet de la ville ; j’ay le tout rcduict à douze cents testes « soubs huict capitaines, leur ayant fait faire serment à M. de Moulbais cl au • conseil de la ville. » Ibid . , t. Il, p. 480.

(1) Supplément aux guerres civiles, t. Il, p. 433.

(t) Déduction de l'innocence de messire Philippe, baron de Montmorency , etc., p. 136-151.

temps, la grand’messe était célébrée dans l'église paroissiale de Saint-Jacques. Une seconde assemblée calviniste eut lieu dans l’après-midi. Le ministre Étienne Marmier prêcha derrière l’abbaye des Pretz devant treize ou quatorze mille auditeurs. Le comte de Hornes lui-même était présent et ne pouvait cacher sa surprise en voyant la ferveur manifestée par cette foule presque innombrable qui se pressait autour de la chaire improvisée du ministre (1).

Il avait rendu compte à la régente des concessions faites aux huguenots de Tournai , d’après l’avis du magistrat. Il lui disait qu’il avait dû accorder aux religionnaires quelques places profanes dans la commune; mais il était bien décidé, répétait-il, à ne plus souffrir que les prêches eussent lieu dans les églises. Le pensionnaire de la ville, chargé de ce message, donnerait des éclaircissements surjes événements qui venaient de s’accomplir. Le comte suppliait enfin la régente, si elle trouvait quelque chose à redire à sa conduite, d’imputer la faute non à lui, mais bien aux circonstances. Il la priait aussi de lui faire parvenir une prompte réponse afin de lui permettre de consolider la pacification de la ville et de sortir d’un lieu où un gentilhomme de sa qualité ne pouvait s’attendre qu’ù de pénibles désagréments (2).

Il résulte d’une lettre du conseiller d’Assonleville que Marguerite de Parme communiqua au conseil d’État la convention faite par le comte de Hornes avec les religionnaires de Tournai et que cette convention fut trouvée conforme à l’accord du 2a août, aux dépêches de la régente ainsi qu’aux capitulations que le comte d’Egmont avait faites avec les villes de Flandre, « peu de choses exceptées, qui n’étaient de bien grande importance. » Le conseiller d’Assonleville félicitait avec chaleur le comte de Hornes. « Il est bien vrai, ajoutait-il en faisant allusion aux « concessions obtenues par les huguenots, il est bien vrai que

« la chose en soi est bien dure et sera trouvée fort nouvelle

(1| .Wnioires de Pasquier de Le Barre, t. I", p. 190.

(2) Le comte de nomes à la gouvernante des Pays-Bas, 18 septembre 1BG6 t Supplément aux guerres miles, t. II, p. 423).

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