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« par Sa Majesté; mais la nécessité n’a pas de loi, et de deux « maux, il faut prendre toujours le moindre. C’est pourquoi il « vaut mieux avoir une partie de la religion sauvée que la « perdre entièrement, dans l’espoir que le temps même pourra « remédier aux affaires (1). » La régente elle-même manifesta sa satisfaction au pacificateur de Tournai (2).
Le comte de Hornes avait donc rempli avec succès la mission dont il avait été chargé. Il venait de mander à la régente « que toutes choses étaient paisibles dans la ville; qu’il avait rétabli tous les chanoines et autres gens ecclésiastiques dans leurs églises et que personne ne se hasardait plus à leur faire quelque déplaisir de fait ou de parole; que sa proclamation du 21 septembre était généralement observée (3). »
Mais les dépêches ostensibles de Marguerite de Parme ne révélaient point ses véritables sentiments il l’égard du comte de Hornes. Ce seigneur lui était toujours suspect. Le 14 septembre, à l’insu du comte, elle avait prescrit à Moulbais, en sa qualité de capitaine du château, de prêter un nouveau serment entre les mains de Beauvoir. Cette injonction, qui attestait la duplicité de la sœur de Philippe II, allait donner lieu à un incident digne d’être rapporté. Le comte de Hornes, ayant reçu la dépêche par laquelle la régente approuvait sa conduite, voulut faire exécuter la convention conclue avec les chefs des réformés. Moulbais, requis par lui de s’en porter garant, déclara formellement ne vouloir rien assurer à ceux de la religion nouvelle, sans en avoir exprès commandement de la régente. Le comte de Hornes, très surpris, représenta au lieutenant gouverneur qu’il était son supérieur et qu’il avait le pouvoir de lui commander. Mais le seigneur de Moulbais demeura inflexible, ne voulant point contrevenir au serment qu’il venait de prêter
(1) Le conseiller d'Assonlevillc au comte de Ilorncs, 84 septembre 1566* Supplément aux guerres civiles, 1. II, p. 435.
Ci) Ibid., t. II, p. 436.
(3) Le comte de Ilornes à la gouvernante des Pays-Bas, 84 septembre 1566. Supplément aux guerres civiles, t. Il, p. 437.
LE COMTE d’EGMOST ET LE COMTE DE HORNES.
entre les mains de Beauvoir (1). Le comte, irrité, déclara que ce refus pourrait provoquer la rupture de la négociation et réveiller l’agitation des esprits; il alléguait .que les religionnaires , s’ils n’étaient assurés de la garnison du château, seraient toujours en méfiance. Il rejeta enfin sur Moulbais la responsabilité des nouveaux troubles que son refus pourrait susciter (2).
Tandis que la régente louait ostensiblement les actes du comte de Hornes, elle le signalait, dans sa correspondance avec Philippe II, comme un protecteur des huguenots et le machinateur d’un complot détestable. Le 27 septembre, elle mandait au roi que le comte de Hornes faisait à Tournai beaucoup de choses contraires aux instructions qu'il tenait d’elle. Il avait continuellement près de lui d’Esquerdes, Villers et trois ou quatre autres huguenots, et ceux-ci étaient dépeints comme les plus remuants et les plus méchants des confédérés et des religionnaires. Elle informait le roi qu’elle avait fait prêter par Moulbais le serment de bien garder le château de Tournai, craignant, disait-elle, que le comte de Hornes et les confédérés ne voulussent s’en rendre maîtres. Elle n’était pas encore hors de tout soupçon à cet égard , parce que le comte avait fait venir au château la princesse d’Épinoy et sa fille, épouse du baron de Montigny, pour que celte dernière y fît ses couches. Ces dames étaient venues résider au château le 16 septembre, malgré les représentations de la régente et son offre de recevoir la femme du seigneur de Montigny au palais de Bruxelles. Le comte de Hornes, d’Esquerdes, Villers et autres confédérés profitaient de la présence des deux dames au châ-
(1) Il s’exprimait en ces termes dans une lettre à la régente du 26 septembre : « ... Ne pense debvoir obéissance audit 8’ Admirai, à cause de la lettre < que Y. A. m’aescriptedu 14 de ce mois, par le S' de Beauvois, ensemble leser- « mentfaict de nouveau entre les mains dudit de Beauvois. Et suis estéélonné « que l'on aye faict commandement au S' de Beauvois, sans l’avoir donné à .« cognoistre audict S'Admirai, et suis seur, si il en fust ad verti, en auroit quel- « que ressentiment, de ce que ne lui en eusse faict part: ce quen’ay osé faire, « tant quen’ayercsponscdeV. A.» Supplément aux guerresciviles, t. II, p.441.
(2) Le comte de Homes A la gouvernante des Pays-Bas, 26 septembre 1566. Ibid., t. II, p. 439,