CHAPITRE X
teau pour les y visiter, et en même temps ils examinaient les fortifications. De là les appréhensions de la régente (1).
La veille même du jour où Marguerite de Parme dénonçait si injustement le comte de Hornes, la cathédrale de Tournai, grâce à l’intervention de ce seigneur, était rouverte aux catholiques et la messe y était célébrée pour la première fois depuis le saccagement des images. Le surlendemain, devant quitter la tille pour s’aboucher à Termonde avec le comte d’Egmont et le prince d’Orange, le comte de Hornes prescrivit aux capitaines des huit compagnies bourgeoises de prêter serment entre les mains du seigneur de Moulbais, comme gouverneur intérimaire des ville et château de Tournai (2). En même temps, il laissa comme commissaires, pendant son absence, deux confédérés très honorables et très modérés, Jean le Sauvage, seigneur d’Eseaubecque, et George de Montigny, seigneur de Noyelles, en Artois. Quelque temps auparavant, Escaubecque, se trouvant à un prêche ou assemblée des huguenots, apprit qu’un de leurs ministres, nommé Corneille, avait été renversé de son cheval et blessé à la tête d’un coup de crosse de pistolet par un des serviteurs du seigneur de Rassenghien, gouverneur de Lille. Escaubecque, tout en se réservant de demander justice à ce seigneur, défendit d’ébruiter la nouvelle de peur que l’assemblée ne se soulevât et n’allât saccager un village où se trouvait alors l’évêque de Tournai. Le comte de Hornes, avant son départ, donna les instructions les plus précises à ses commissaires pour que la tranquillité fût maintenue; il leur recommanda particulièrement de surveiller la ville et d’employer même deux compagnies, au lieu d’une, pour faire le guet (3).
Dans les derniers jours du mois de septembre, Louis de
(1) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 467. — Pasquicr de Le Barre dit
< que la princesse d'Épinoy et sa fille s’esloieDt retirées audict chasteau par « la cherge dudict S' comte de Hornes, pour tant plus asseurer le peuple do
< la ville contre ta diftldcnce qu’ils avoient du cliasteau ; toutesfois elles • n’y firent pas longhe résidence, ains tosl après se retirèrent à Anthoing. » Mémoires, 1. 1", p. 180.
(2) Mémoires de Pasquicr de Le Barre, 1. 1", p. 190-191.
(3) Ibid., t. P'.p.lOl.
Nassau, se conformant aux instructions du prince d’Orange, son frère, avait envoyé un gentilhomme de confiance vers le comte d’Egmont pour lui exposer la nécessité d’une entrevue. Cet agent devait appeler l’attention du comte sur les grands préparatifs militaires que faisait le roi d’Espagne, tant en Allemagne que dans les Pays-Bas, armements qui n’inquiétaient pas seulement les partisans de la religion nouvelle mais aussi les catholiques. Ces derniers, de même que les protestants, appréhendaient que le roi ne les voulût réduire en servitude. Le prince d’Orange pensait donc (et il le fallait dire au comte d’Egmont) que le roi et ceux du conseil d’Espagne seraienl bien aises de pouvoir, sous le prétexte de la religion, exécuter leur dessein, depuis longtemps arrêté, 'd’imposer aux provinces, aux seigneurs et à leur descendance le plus misérable esclavage qu’on aurait jamais vu. Le prince, désirant se soustraire à une telle destinée et ne voulant pas voir s’accomplir sa prophétie, était déterminé à sortir du pays. « Mais si le comte d’Egmont et le comte de Hornes ne trouvaient pas bon (comme le prince n’en doutait pas) qu’on fut réduit à une telle sujétion, il s’offrait de s’employer, lui et les siens, en tout ce qui serait, par l’avis de ses deux collègues, résolu pour éviter un si triste sort. » Le prince était d’avis que la réunion des États-Généraux et une déclaration formelle de leur part contribueraient beaucoup à éloigner les dangers qu’il redoutait. « Toutefois, ajoutait-il, si cette réunion des états devait encore être différée, mieux vaudrait nous décider nous trois, avec nos amis, que nous laisser couper l’herbe peu à peu dessous les pieds et tant temporiser qu’il n’y aurait à la fin plus nul remède et que nos adversaires imposeraient par force ou par menaces leur volonté aux états. » Le prince priait enfin le comte d’Egmont de lui mander là-dessus son avis librement et en ami (1).
Cette lettre intime répand le jour le plus vif sur les desseins du prince d’Orange et les sentiments qu’il attribuait au comte d’Egmont. Ni l’un ni l’autre ne conspiraient contre l’autorité légitime du souverain des Pays-Bas ; mais le prince d’Orange
(1) Archives de lo maison d’Orange-Nassau, t. II, p. 323-3ÎS.