‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 112 sur 187 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

venues d’Espagne pour qu’elle n’émût point les personnages qui se sentaient menacés. Les bruits les plus étranges, les plus sinistres, circulaient à la cour de Philippe II. Les grands et les gentilshommes qui formaient l’entourage du roi semblaient persuadés que le prince d’Orange et ses deux amis s’étaient formellement déclarés pour les hérétiques, que même le comte d'Egmont et le comte de Hornes avaient pris les armes en leur faveur; et ce bruit allait faire le tour de l’Espagne (1). Les seigneurs belges, qui avaient des intelligences mystérieuses jusque dans le cabinet de Philippe II, connaissaient, au surplus, d’une manière certaine le mécontentement et les sourdes menaces du roi (2).

Des historiens contemporains rapportent que le prince d’Orange et ses collègues discutèrent s’il ne valait pas mieux quitter le pays et se mettre en sûreté que de demeurer en une crainte perpétuelle. Mais tel ne fut point l’avis du comte d’Egmont. Il déclara qu’il n’avait nul moyen de vivre en pays étranger, selon son état et sa qualité, loin de tous ses biens, avec sa femme, ses enfants et sa maison (3).

Le comte d’Egmont révéla plus tard que Louis de Nassau dit ouvertement qu’il y avait d’autres moyens de se mettre en sûreté; que, si le roi euvoyait une armée d’Espagnols aux Pays-Bas pour opprimer et tyranniser ces provinces, la résis-

(I) Alonse de Laloo au comte de Hornes, 26 septembre et i octobre 1366. Montigny's leren en dood in Spanje ( pièces justifleatives, p. 33 et 35).

(î) Le 15 octobre 1560, la régente prévenait le roi qu’il ne lui était rien écrit des Pays-Bas qui ne fût bientôt connu autour d’elle; elle ajoutait que des copies de lettres adressées par elle au roi avaient été envoyées à Bruxelles ; que quelques originaux même y étaient revenus. Le préjudice qui pouvait en résulter pour le service du roi la déterminait, bien plus encore que des considérations personnelles, à prier le souverain d'ordonner qu’à l’avenir ses lettres fussent brûlées ou qu’elles fussent gardées d’une manière sûre. On se vantait de savoir tout ce qui se disait en public ou en secret ; et le prince d'Orange avait avoué lui-même au conseiller d'Assonlcvillc qu’il en coûtait annuellement une grosse somme, pour être tenu si bien au courant. ( Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 473.)

(3) Ém. de Meteren, Histoire des Pays-Bas, fol. 47, et Grande Chronique de Hollande, t. II, p. 130.

LE COMTE d’EGMON'T ET LE COMTE DE IIOnNES.

tance serait légitime, et qu’il faudrait défendre contre les étrangers l’entrée du pays (1). Le prince d’Orange ayant parlé de prendre les armes et de lever des gens de guerre en Allemagne pour les opposer, s'il y avait lieu, aux bandes espagnoles, le comte d’Egmont fut accusé de lui avoir répondu : « Vous pouvez faire cela (2). » Mais comment la régente pouvait-elle écrire au roi que les seigneurs réunis à Termonde avaient formé le projet de faire passer les Pays-Bas sous la domination de l’empereur, tandis que, d’autre part, elle avouait qu’elle ne pouvait pas savoir d’une manière positive ce qui s’était passé à Termonde (3)?

Les aveux faits en 1368 par le prince d’Orange et surtout par les comtes d’Egmont et de Homes ne laissent aucun doute sur ce point d’une si grande importance. Le comte d’Egmont, le moins défiant des hommes, dut répondre au prince d’Orange que, quelque menaçante que fût la lettre de don Francès, elle n’exprimait pas les vrais sentiments du roi d’Espagne; que, jusqu’alors, ce prince n’avait attenté à la vie d’aucun de ses sujets; enfin que, au lieu de prendre les armes contre lui, il valait mieux faire encore un appel à son équité, lui exposer la situation véritable et les nécessités de ces provinces, pour qu’il y apportât le remède convenable (4). Il fut aussi résolu que les lettres de don Francès seraient communiquées h la régente afin d’obtenir des éclaircissements, et que l’on persisterait à demander la convocation des États- Généraux (5).

(1) Défense du comte d’Egmont. Procès, etc., p. 141.

(2) Libel accusatoire dans le Supplément aux guerres civiles, t. I", p. 4i.

(3) La duchesse de Parme au roi, 12 octobre 1566, dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. 392. Conf. Correspondance de Philippe II, 1. 1-, p. 475.

(4) Mémoire de défense du comte d'Egmont ( Procès , etc., p. 141), et Défense personnelle du comte de Hornes, dans le Supplément aux guerres civiles, 1. 1", p. 170.

(5) Justification du prince d’Orange contre ses calomniateurs (avril 1368). — Défense personnelle du comte de Hornes , dans le Supplément aux guerres civiles, 1. 1", p. 168. — Dans sa Défense, § XVII, le comte de Hoogstraetcn nia très formellement aussi qu’il eût été résolu à Termonde de prendre les armes

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