CHAPITRE XI
faisait chaque jour. Comment, au mois d’août, se trouvant seul avec sa maison à Ypres, aurait-il pu prévenir le saccagement des églises? Comment même aurait-il pu prévoir cette déplorable sédition? Il ne s’en était pas excusé auprès du roi, disait-il, parce qu’il 11 e se sentait pas coupable; c’était à la régente, qui connaissait son zèle pour le service de Dieu et du roi, à le justifier. Armenteros fit alors souvenir le comte des déclarations si énergiques que celui-ci l’avait chargé de transmettre au roi lorsqu’il s’était rendu en Espagne par l’ordre de la régente. Egmont répondit que les circonstances étaient bien différentes; toutefois, il était prêt à faire son devoir dans toutes les occasions qui se présenteraient (1).
Plus soucieux encore, plus irrité était le comte de Hornes, qui, le *16 octobre, rejoignit le comte d’Egmont à Bruxelles.
En quittant Termonde, il était d’abord retourné à Tournai et avait trouvé cette ville, naguère si agitée, dans une tranquillité satisfaisante, grâce à la vigilante sollicitude des seigneurs d’Escaubecque et de Noyelles. Mais la régente était bien décidée à mettre fin à une mission qu’elle avait toujours vue avec déplaisir; elle ne cessait d’écrire ou de faire écrire au comte de Hornes pour qu’il revînt prendre son siège au conseil d’État. Le comte, quoique très impatient aussi de sortir de Tournai, voulait encore affermir la pacification. Il insista donc auprès de la régente pour que Moulbais, capitaine du château, reçût l’ordre formel de donner aux réformés l’assurance qu’ils demandaient; faute de la garantie réclamée, ces gens, les plus soupçonneux du monde, disait-il, se défieraient de lui et de nouveaux troubles pourraient éclater. Mais la gouvernante fut inflexible : elle ne voulut pas autoriser Moulbais à donner l’assurance expresse qui était si vivement réclamée au nom des protestants; et, d’autre part, elle insista pour que le comte de Hornes revînt à Bruxelles (2). Ces procédés accrurent
(1) Tomàs Armenteros à Antonio Perez, 16 octobre 1566. Corresp. de PI itlippe II, 1. 1", p. 477.
(2) Le comte de Hornes à la gouvernante des Pays-Bas, 3 octobre 1566. La gouvernante au S' de Moulbais, 7 octobre, et au comte de Homes, mémo date (Supplément aux guerres civiles, t. II, p. 451, 462 et 463).
le mécontentement du fier seigneur. Il résolut d’envoyer un de ses gentilshommes en Espagne pour se plaindre de la régente et annoncer de nouveau son intention de se retirer loin de la cour. Ce gentilhomme emportait des lettres adressées à Philippe II, au baron de Montigny et au secrétaire Aionse de Laloo.
La lettre écrite à ce dernier était une sorte de mémoire destiné sans aucun doute à être communiqué aux personnages influents de la cour d’Espagne. Le comte exposait la conduite qu’il avait tenue depuis la présentation de la requête par les confédérés, les efforts qu’il avait faits pour venir en aide à la régente et l’ingratitude dont ses services étaient payés. S’il eût suivi l’exemple de beaucoup de ses confrères, s’il avait refusé d’intervenir pour apaiser le peuple, il aurait rencontré sans doute plus de satisfaction, mais il n’aurait point rempli ses obligations envers le roi. Il commandait à son secrétaire d’insister pour obtenir son congé, et il l’autorisait même à dire à Philippe II qu’il ne désirait aucune récompense parce que ce prince n’avait jamais voulu ajouter foi à ses remontrances. Il était bien averti, ajoutait-il, des mauvais rapports que l’on avait faits au roi de lui et de ses autres seigneurs, c’est à dire le comte d’Egmont et le prince d’Orange. Mais, on devait le savoir, sans leur intervention, le pays eût été perdu et ruiné; et s’ils n’avaient pas été si zélés pour le service du roi et la conservation de l’État, ils n’auraient pu endurer les mauvais procédés dont on usait à leur égard. Cependant il ne pouvait tolérer plus longtemps les fausses interprétations dont tous ses actes étaient l’objet. Aussi ne désirait-il plus rien en ce monde que de se voir hors des affaires, sachant trop bien que sa vocation n’était point de vivre à la cour (1).
Déjà il avait prié le duc de Clèves de suspendre son jugement sur ce qu’on écrivait de lui et de ses amis, le prince d’Orange et le comte d’Egmont, aussi longtemps qu’ils n’auraient pas été entendus. Il soutenait que la défaveur que l’on
(1) Le comte de Homes à son secrétaire Aionse de Laloo, 16 octobre 1566. Supplément aux guerres civiles, 1. II, p. 468 et suiv.
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