‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 118 sur 187 · CHAPITRE XI. — 156C · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — 156C

cherchait à jeter sur eux provenait de ce que le peuple des Pays-Bas avait une grande méfiance de la régente et de beaucoup de seigneurs, tandis qu’il montrait de la confiance en lui et en ses deux amis. Voilà ce qui les faisait tenir pour suspects, comme s’ils avaient sollicité la faveur populaire, tandis qu’il n’en était rien, leur conduite ayant été déterminée par les circonstances (1).

Le comte de Homes était tout aussi franc dans une autre lettre adressée aux seigneurs d’Audrignies et de Lumbres, deux des confédérés envoyés à Valenciennes pour apaiser les troubles. Il savait, disait-il, qu’on lui imputait, ainsi qu’à ses deux amis, d’excéder les termes de l’accord conclu entre la régente et les gentilshommes confédérés. Mais il espérait bien, lors de sa venue à Bruxelles avec ses compagnons, rendre, confus et honteux tous ceux qui les avaient injustement accusés. « Car, ajoutait-il, nous sommes de ceux qui désirons tout « autant que d’autres le service et la grandeur de notre maître; « mais nous désirons aussi le repos et la conservation des « sujets et États de S. M. » Il conjurait d’ailleurs les deux gentilshommes d’assister de tout leur pouvoir le seigneur de Noircarmes pour la pacification de Valenciennes (2). Il était cependant loin d’avoir de grandes sympathies pour Noircarmes. Il s’exprimait même sur lui avec beaucoup d’amertume, dans la lettre adressée au baron de Montigny. « Celui « qui a présentement un crédit considérable à la cour, manie dait-il à son frère, est M. de Noircarmes, votre grand « ami. Je vous assure que M. d’Egmont, le prince d’Orange et u moi sommes fort mal satisfaits de lui, attendu les propos « qu’il tient sur nous, blâmant en partie nos actions tandis « qu’il ne bouge de Mons ou de Cambrai pour ne pas se « compromettre avec Valenciennes. Il voudrait qu’avant sa u venue tout fût apaisé et l’ordre entièrement rétabli afin a qu’il n’ait nul mauvais gré d’avoir traité avec' les sectaires.

(1) Le comte de Homes au duc de Clèves, 8 octobre 1566. Supplément aux guerres civiles, t. Il, p. 465.

(î) Supplément aux guerres civiles, t. II, p. 464.

234 I.E COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE BORNES.

« Mais si tous nous voulions faire ainsi, le pays serait bientôt « perdu (1). »

Enfin, s’adressant au roi lui-même, il lui dit que c’était par dévouement qu’il avait entrepris d’apaiser les troubles de Tournai, car il n’avait aucune charge dans cette ville. Il l'informait que, pendant tout le temps qu’il avait passé à Tournai, il s’était logé dans la cité afin de pouvoir plus aisément remédier à toutes les émotions populaires, aimant mieux exposer sa vie que de souffrir que, en sa présence, de nouvelles insolences fussent commises. Les cinq sixièmes de la population appartenant à la religion nouvelle, les catholiques ne pouvaient leur résister. Cependant il avait tant fait, ajoutait-il, que les calvinistes avaient restitué tous les temples dont ils s’étaient emparés, que le service divin y avait été rétabli, que ceux de la religion nouvelle s’étaient engagés à n’en plus occuper et à prêcher hors de la ville, conformément aux instructions de la régente. Il allait ensuite au devant des reproches que le roi croirait devoir lui adresser. 11 était persuadé que tous les services qu’il pourrait rendre pour la conservation du pays seraient sinistrement interprétés, sous prétexte qu’il avait contrevenu directement à tout ce que le roi lui avait commandé par sa lettre du dernier de juillet. Il lui avait ordonné, par cette lettre, de tenir la main à l’interdiction des prêches, et cependant il les avait permis. Il était persuadé en outre que tout ce qu’il pourrait faire ou proposer dorénavant pour contenir le peuple ne donnerait aucun contentement au roi. Mais il n’en serait plus de même, croyait-il, lorsque le roi aurait reçu sur l’état des affaires des rapports fidèles et émanant de personnes non passionnées (2).

Après avoir communiqué au magistrat de Tournai la lettre de la régente qui l’appelait à Bruxelles, le comte de Hornes indiqua les mesures qu’il jugeait propres à maintenir la tranquillité. A la demande des représentants de la religion nouvelle, il délégua de nouveau d’Escaubecque et de Noyelles pour

(1) Déduction de l’innocence de Philippe, baron de Montmorency, p. 381.

(2) Ibid., p. 313-315.

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