CHAPITRE XII
de Tournai » de prendre part à la cène formellement prohibée, sous peine de voir leurs maisons incendiées et la ville même foudroyée par l'artillerie du château (1).
Koircarmes, à qui était confié le gouvernement du Hainaut pendant l’absence du marquis de Berghes, fut chargé d’exécuter les instructions de la régente. Il proposa en conséquence aux Valenciennois de restituer les églises dont les protestants s’étaient emparés et d’établir les prêches hors de la ville dans des endroits déterminés. Les calvinistes étaient disposés à accepter l’accord ; mais Noircarmes voulut en outre introduire des gens de guerre dans la ville sous prétexte d’y maintenir la tranquillité. Les Valenciennois, se méfiant des intentions de Noircarmes, et persuadés que l’introduction d’une garnison aurait pour résultat certain de proscrire le culte réformé, refusèrent d’ouvrir leurs portes aux troupes royales. Alors, par un édit du 14 décembre, Marguerite de Parme déclara rebelles les habitants de Valenciennes. La publication de cet édit excita une grande crainte dans les autres villes qui tenaient encore pour la religion réformée. Mais les Valenciennois, se fiant à la solidité de leurs remparts, se disposèrent â résister. Ils firent remettre néanmoins un long mémoire aux chevaliers de la Toison d’or pour se disculper des accusations contenues dans la proclamation de la régente, et ils adressèrent également une requête à la noblesse confédérée pour être aidés par tous les moyens qui seraient en son pouvoir.
Les confédérés se hâtèrent de députer quelques-uns d’entre eux pour s’aboucher avec les comtes d’Egmont et de Mansfeldt, qui se trouvaient au château de Gaesbeek. Ces délégués exposèrent que le tumulte de Valenciennes avait pour cause la défiance dont Noircarmes était l’objet, et que la régente était faussement prévenue contre les habitants. Ils supplièrent les deux seigneurs d’empêcher la ruine de cette ville, attendu
(t) La proclamation disait textuellement : «... A peine que sera mis le feu « dedans les maisons des contrevenants voire que seront données canon* * nades parmi cette ville si besoin estoit... » Déduction de l’innocence de messin Philippe, baron de Montmorency, etc., p. 4M.
254 LE COMTE d’eCMONT ET LE COMTE DE HORNES.
qu’elle offrait de faire tout ce que la régente et ceux du conseil d’État ordonneraient. Les deux comtes répondirent que leurs informations étaient différentes, que les Valenciennois se comportaient mal, même que le bruit courait qu’ils avaient contracté des alliances en France. Les députés se récrièrent contre cette imputation; ils furent cependant congédiés sans recevoir aucun encouragement (1).
Opposant une grande énergie aux hésitations et à la désunion de ses adversaires, Marguerite de Parme prit une résolution très grave sous prétexte de distinguer les bons des mauvais. Elle imagina de faire prêter un nouveau serment à « tous officiers de l’Ordre, chefs, capitaines, hommes d’armes, archers, même aux soldats, tant de pied que de cheval. » Le 31 décembre, dans une séance du conseil d’État h laquelle assistaient le comte d’Egmont, le duc d’Arschot, le baron de Berlaymont, les comtes de Megen et de Mansfeldt, la régente annonça que le moment était venu pour chacun de se prononcer et requit les chevaliers de l’Ordre, là présents, de faire connaître leurs intentions. Mansfeldt dit « qu’il n’y avait plus lieu à dissimulation et qu’il se fallait déclarer d’être de l’un ou de l’autre côté. » Il ajouta que, pour lui, « il promettoit avec serment d’être bon et léal sujet du roi et de le servir contre et envers tous , sans aucune distinction. » Le comte d’Egmont représenta que , déjà une douzaine de fois, il avait dit la même chose au conseil et qu’il était encore prêt à signer de son sang la promesse de servir le roi non seulement contre les rebelles, mais aussi pour le maintien de la foi catholique. Il trouvait néanmoins inutile la prestation formelle d’un nouveau serment; il répugnait à s’associer à un acte qui incriminait sa loyauté. Les autres conseillers adhérèrent à la déclaration du comte de Mansfeldt (2).
Le 2 janvier 1567, le duc d’Arschot, le comte de Megen, le baron de Berlaymont et même le comte d’Egmont décidèrent,
(1) Bor, liv. II, fol. 99v*.
(S) La régente au roi, 3 janvier 1367, dans la Correspondance de Philippe U avec la duchesse de Parme (archives du royaume), fol. 24S. — Notules du conseil d'Èlat, séance du 31 décembre 1566.