‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 130 sur 187 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

conformément à la proposition de la régente, que chacun déclarerait, par serment, vouloir servir le roi envers et contre tous. Mais cette adhésion fut-elle donnée sans aucune réserve par le comte d’Egmont? On ne pourrait l’affirmer, car il pro- /

testa avec vivacité lorsque Marguerite, tirant habilement parti de la condescendance du conseil d’État, exprima le désir que les seigneurs présents fissent entre ses mains, comme étant la gouvernante particulière du duché de Brabant, une déclaration conforme à celle qui était exigée de tous ceux qui y avaient des fiefs. Le comte d’Egmont objecta qu’il n’y avait pas encore une année que, en sa qualité de baron de Gaesbeek, il avait prêté serment de fidélité entre les mains de l’officier des fiefs du Brabant. Il lui fut répondu par la régente qu'il n’était pas, à la vérité, nécessaire que les seigneurs présents prêtassent ce serment particulier, comme feudataires dans le Brabant, mais qu’elle le leur demandait seulement pour donner uu bon exemple aux autres. Elle résolut en outre de faire dresser un acte constatant l’approbation donnée par les chevaliers présents à la proposition que les membres du conseil d’État renouveleraient, comme les autres officiers et vassaux, leur serment de fidélité au roi (I).

Le comte d’Egmont ne s’était point borné à protester, il avait insisté de nouveau pour que le roi accordât un pardon général; il avait aussi exprimé le vœu que le marquis de Berghes et le baron de Montigny fussent autorisés h revenir dans les Pays- Bas. Ces deux propositions étaient vivement combattues par Marguerite de Parme dans sa correspondance secrète avec Philippe II. Elle allait jusqu’à regretter que le roi eût laissé le château de Gand sous l’autorité du comte. Elle mettait en quelque sorte Philippe II en demeure de révoquer et de punir ce seigneur comme coupable d’avoir souvent répété qu’il ne prendrait point les armes pour ne pas contrevenir à la convention qu’il avait faite avec les sectaires de la Flandre (2).

(1) La duchesse de Parme au roi, 3 janvier 1567, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, p. 501-302.

(2) Voir la lettre de la duchesse de Parme à Philippe II, citée ci-dessus.

LE COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE IIOHNES.

Cette convention, qui avait empêché peut-être une effroyable guerre civile, le comte voulut qu’elle fut maintenue et exécutée avec loyauté de part et d’autre. Le 4 janvier, escorté de quelques gens de guerre , il arriva h Gand et descendit dans son hôtel près de l’église de Saint-Michel. Beckerzeel l’avait précédé de quelques heures. Le lendemain, ce dernier fut envoyé par le comte au temple des réformés, tandis que l’on prêchait en deux endroits en flamand et en français. Il fit connaître que les religionnaires ayant contrevenu à l’accord en ne délivrant point les signatures de ceux qui l’avaient conclu, le comte regardait cette convention comme non-avenue. Ce n’était encore qu’une menace. Les consistoriaux avaient différé la ratification à laquelle ils s'étaient obligés, parce qu’ils avaient espéré que le comte leur accorderait non seulement la permission de prêcher, mais en outre l’autorisation de faire toutes les autres cérémonies inhérentes à leur culte. Egmont ne voulut pas changer un mot à la convention conclue précédemment. Les consistoriaux, voyant que cette résolution était immuable, remirent à Beckerzeel les ratifications requises, et elles furent aussitôt portées au gouverneur qui avait quitté la ville le jour des rois, se dirigeant vers Audenarde (1).

Interprètes des bourgeois catholiques effrayés par les menaces et les mouvements des calvinistes, le haut bailli, le bourgmestre et les échevins d’Audenarde supplièrent le comte d’Egmont de leur envoyer une garnison , de désarmer les sectaires et d’empêcher que la ville ne fût traversée par ceux qui allaient au prêche ou qui en revenaient. Le comte répondit qu’il devait se rendre à Ypres et qu’il ne tarderait point à faire connaître sa résolution. Sur ces entrefaites, le magistrat d’Audenarde reçut de la cour une dépêche importante : elle annonçait que le roi arriverait bientôt dans le pays, précédé par le duc d’Albe; elle enjoignait ensuite au magistrat de faire cesser sans délai les prêches et les autres exercices des nouvelles sectes. Le magistrat envoya immédiatement des délégués à Ypres pour communiquer au comte d’Egmont la lettre impérative de la duchesse

(!) G endsche geschiedenisscn, 1. 1", p. 62-63. — Vlaemsche Kronyk, p. 21.

Digilized by

Page 1