‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 13 sur 187 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

dans le chapitre tenu à Anvers en 1556, accompagnait le comte d'Egmont comme capitaine d’une des bandes d’ordonnances.

Ces célèbres bandes et les cheveu-légers des Pays-Bas, placés sous les ordres du comte d’Egmont, déterminèrent, le 10 août 1557, l’éclatante victoire remportée près de la ville de Saint- Quentin sur la grande armée française commandée par le connétable Anne de Montmorency. Les Français avaient d’abord obtenu un avantage signalé ; ils avaient surpris les troupes espagnoles, et celles-ci, avec le duc de Savoie, s’étaient retirées en désordre près du corps commandé par le comte d’Egmont. Le chef de la cavalerie des Pays-Bas changea la face des choses. Faisant tête aux Français, il donna aux troupes espagnoles le temps de se rallier; mais son bouillant courage ne lui permettait point de se borner à ce rôle. Contre l’opinion d’Emmanuel- Philibert, il se mit à la tête de toute la cavalerie, formant à peu près 7,000 hommes, chargea brusquement les Français qui rétrogradaient vers la Fère et mit dans leurs rangs un désordre irréparable. Le duc de Savoie, suivi de l’infanterie et de l’artillerie, arriva ensuite et compléta la victoire. Il n’y eut qu’une voix cependant pour attribuer le gaiq de cette grande journée à la soudaine initiative et à la brillante valeur du comte d’Egmont : Espagnols, Français, Flamands, Italiens, célébrèrent à l’envi la gloire de l’héroïque capitaine (1).

On a dit avec raison que la France n’avait pas essuyé une pareille défaite depuis la bataille d’Azincourt. Philippe II, qui vint au camp le’ lendemain, ne se borna point à témoigner sa reconnaissance au duc de Savoie ; il complimenta aussi le comte d’Egmont et les autres seigneurs belges qui l’avaient si bien secondé. Le comte de Hornes méritait une mention particulière : exécutant les instructions du comte d’Egmont, il avait attaqué le corps de chevau-légers du duc de Nevers et l’avait taillé en pièces.

L'année suivante, le vainqueur de Saint-Quentin fut chargé de délivrer la West-Flandre des bandes du maréchal de Termes

(1) Indépendamment du témoignage de Brantôme, on a celui de De Thou, de Grotius, d’Ait. Ulloa, de L. Guichardin, etc.

LB COMTE D’EOMONT. 3

LE COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE HORNES.

qui, sorties de Calais, avaient pris d’assaut et livré au pillage la florissante ville de Dunkerque. Ces bandes s’étaient ensuite avancées jusqu’à Nieuport, exerçant partout des actes de brigandage. Nommé capitaine général des troupes levées en Flandre, le comte d’Egmont résolut de couper la retraite à l’ennemi. Il le rencontra près de Gravelines, sur les côtes de la mer du Nord, le 13 juillet 1558, et remporta une nouvelle victoire. En cette journée encore, le comte d’Egmont avait montré une rare bravoure : il avait fait de nouveau l’office de capitaine et de soldat. Au moment d’ordonner les premières charges, il s’écria : « Que ceux qui aiment la gloire et leur patrie me suivent. » Poussant son cheval, il s’était précipité sur les Gascons qui formaient l’élite de l’armée française, et, malgré la longue résistance de ces vaillantes troupes, il réussit à les mettre en déroute. Mais la mêlée avait été sanglante : le comte d’Egmont lui-même avait eu, en combattant, deux chevaux tués sous lui (1).

Ces victoires de Saint-Quentin et de Gravelines, si glorieuses pour les troupes nationales des Pays-Bas, placèrent le comte d’Egmont au premier rang, lui assurèrent sur les nobles et les soldats une influence sans pareille, et chez les nations étrangères la renommée du plus grand capitaine de son temps.

Le comte de Hornes n’était point resté inactif. Tandis que le comte d’Egmont arrachait la Flandre maritime au maréchal de Termes, le comte de Hornes, adjoint au comte de Mansfeldt, sorti de captivité, défendait, avec lui, le Luxembourg contre le duc de Guise. Ils ne réussirent point à empêcher la prise de Thionville; mais par leur bonne contenance dans Luxembourg, ils prévinrent de plus grands désastres.

Philippe II, qui devait si mal reconnaître un jour les services mémorables du comte d’Egmont et de ses vaillants compagnons, ne tira point de leurs glorieux travaux le fruit qu'il pouvait en recueillir. Vainqueur, il se montra empressé à conclure la paix. Il est vrai que, en acceptant le traité, signé à Câteau- Cambrésis le 3 avril 1559, Philippe II se proposait de consacrer

(1) DcThou, Histoire universelle, liv. XX. — Chronique des seigneurs et comtes d’Egmont, etc.

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