‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 131 sur 187 · CHAPITRE XII. — I5CC-I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — I5CC-I

de Parme. Il répondit qu’il enverrait bientôt une compagnie de gens de guerre à Audenarde, qu’il ordonnerait un désarmement général et qu’il chargerait en outre un de ses gentilshommes de se mettre en rapport avec les sectaires pour qu’ils se conformassent volontairement aux injonctions de la régente. Le 2 février, il envoya effectivement à Audenarde le capitaine de Garlooavecsa compagnie; il prescrivit un désarmement général, mais il n’usa d’aucune contrainte pour faire cesser les prêches. Le magistrat, ayant voulu les empêcher par la force, le capitaine de Carloo déclara qu’il n’était pas chargé d'employer la contrainte. De même, Beckerzeel, que le comte d’Egmont avait envoyé à Audenarde pour conférer avec le consistoire, ne recourut, selon ses instructions, qu’à la persuasion. Pendant deux ou trois jours, il eut des entretiens avec les chefs de la religion nouvelle pour qu’ils cessassent volontairement leurs prêches; mais ses efforts demeurèrent stériles. Le consistoire répondit qu’il ferait comme les autres dans le cas où les prêches seraient défendus par une publication formelle (1). Les religionnaires d’Ypres refusèrent aussi de cesser volontairement leurs prédications.

Dès le 6 janvier, le haut bailli et un échevin d’Ypres s'étaient rendus à Courlrai pour savoir du gouverneur de la Flandre si les religionnaires pouvaient administrer le baptême. Il répondit que, ayant égard aux nécessités du temps et au grand nombre de sectaires qui se trouvaient à Ypres, il serait prudent de permettre « par connivence » l’administration du baptême, quoique cette faveur ne fût pas comprise dans l'accord. Arrivé à Ypres le 29 janvier, le comte réunit le lendemain les chefs des réformés et les engagea à suspendre les prêches jusqu’à la Saint-Jean, promettant que si, à cette époque, le roi n’avait pris une résolution, ils rentreraient de droit dans la jouissance de la liberté qui leur avait été concédée. Les religionnaires n’ayant pas voulu consentir à cette demande, le comte les supplia de nouveau, disant que, en accédant à sa prière, ils le soustrairaient à l’indignation du roi qu’il s’était

(1) Mémoire justificatif du magistrat d' Audenarde, etc., p. 8ï et suiv.

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attirée en autorisant les prêches; il espérait aussi, ajouta-t-il, qu’ils lui accorderaient cette faveur en échange des services divers qu’il avait rendus comme gouverneur de la Flandre. Le 31 janvier, d’accord avec le magistrat, il fit publier une ordonnance prescrivant à chacun de remettre ses armes entre les mains des officiers de justice. Mais il ne voulut pas employer la violence pour interdire les prêches. Voyant que les religionnaires demeuraient inflexibles, le magistrat prépara une ordonnance qui défendait les prédications et tout exercice de la religion nouvelle sous prétexte que les sectaires avaient dépassé l'accord fait antérieurement. Ce projet fut présenté au comte d’Egmont au moment où il allait quitter la ville : il ne le signa point; il dit seulement qu’il l’emporterait pour l’examiner à loisir. Mais il donna son approbation à une autre ordonnance qui défendait à ceux de la religion nouvelle de tenir des consistoires, de lever des deniers, enfin, de sortir des limites de l’accord conclu au mois de septembre précédent (1).

En revenant de Bruges, le comte d’Egmont enjoignit aux habitants d’Eecloo de déposer leurs armes dans le nouveau château de Gand, et, pour assurer l’exécution de son ordonnance, il fit loger des soldats chez les bourgeois les plus récalcitrants. Arrivé à Gand, le 6 février, il donna audience aux membres du consistoire et aux ministres calvinistes; on ignore la réponse qu’il fit à leurs représentations. Mais lorsqu’il eut quitté la ville le lendemain avec le comte de Hoogslraeten , qui était arrivé en même temps que lui, les calvinistes se montrèrent pleins de confiance. Ils prétendirent que, ayant demandé au gouverneur si c’était sa volonté que l’on cessât les prêches, il aurait répondu : « Je ne suis pas chargé de les prohiber. » Au surplus, le 9 février, on prêcha de nouveau, on baptisa et on procéda, aux cérémonies du mariage dans le temple calviniste (2).

Le comte d’Egmont, comme gouverneur de la Flandre, comme membre du conseil d’État, avait obtenu un grand résultat par le désarmement des populations les plus remuantes et les

(1) Justification du magistrat d’Ypres, MS.

(2) Gendsche gcschiedenissen, 1. 1", p. 69. — Ylacmsclie Kronyh, p. 24.

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