‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 133 sur 187 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

provinces. Le comte se plaignait avec amertume que le roi, depuis son départ, eût laissé ses pauvres sujets dans les mains de ceux qui ne leur portaient aucune affection, car ils n’avaient en vue que leur profit particulier. « Pour nous, ajoutait-il, nous « n’avons servi que d’ombre, et chaque fois que nous avons « exposé au roi l’état du pays, nous n’avons été crus, et à « l’avenir, nous le serons encore moins. » En apprenant ensuite la résolution prise par Philippe II de venir avec une armée, il s’écriait : « Le pays sera bientôt ruiné si, comme je l’apprends, « le roi veut employer la force (I). »

Mais Philippe de Montmorency ne se bornait point à de stériles doléances. Il s’associait ü toutes les démarches du comte de Hoogstraeten, son beau-frère, ajournant, comme lui, le serment exigé des capitaines des bandes d’ordonnance, et secondant la résistance que le prince d’Orange voulait opposer aux projets désastreux du roi. Le comte de Homes jouissait aussi de toute la confiance des réformés. Les consistoires réunis le 1 er décembre 1566 avaient décidé qu’il était libre aux vassaux et sujets des Pays r Bas de résister par les armes au magistrat dans le cas où celui-ci violerait ou n’observerait point les privilèges, et aurait ouvertement recours î» la violence. Il fut ensuite question de désigner les chefs qui dirigeraient cette résistance. « Le meilleur, selon les consistoires, serait le prince d'Orange, pourvu qu’il permît de conserver l’exercice public de la religion réformée, suivant la confession des églises des Pays-Bas. A défaut du prince, il faudrait choisir le comte de Homes et le seigneur de Bréderode, ou l’un des deux (2). » Le comte de Homes avait approuvé une requête que les représentants des calvinistes et des luthériens avaient prié le comte de Hoogstraeten, gouverneur intérimaire d’Anvers pendant l’absence du prince d’Orange , de faire parvenir au roi. Cette requête, rédigée de concert avec les chefs de la confédéra-

(1) Le comte de Homes au S' de Montigny, 20 novembre 1566, dans ta Déduction de l'innocence, etc., p. 385 et 388.

(2) Cette résolution des consistoires a été publiée par M. Bakhuizen Van den Brink dans les Archives du royaume des Pays-Bas, 1" liv., p. 27.

2(11 tE comte d’egmont et le comte de hornes.

lion, avait pour objet d’offrir à Philippe II une somme de trois millions de florins s’il consentait k tolérer la liberté de conscience, sans préjudice des droits et des biens dont jouissaient les catholiques. Le comte de Hornes, tout en approuvant la démarche des consistoires, pensait néanmoins que le roi n’accepterait point ce singulier compromis, et il avait bien jugé Philippe II (1). La proposition était non seulement déplacée, elle était encore injurieuse pour le roi catholique.

En revenant de la Hollande, où il se trouvait depuis le mois d’octobre, le prince d’Orange s’arrêta pendant quelques jours ù son château de Breda. C’était à la fin du mois de janvier 1567. La régente, prévoyant une nouvelle réunion des principaux amis du prince, aurait voulu l’empêcher; mais ses injonctions arrivèrent trop tard. Guillaume avait été rejoint par le comte de Hornes et les deux beaux-frères de ce seigneur, les comtes de Nuenar et de Hoogstraeten, par Bréderode et plusieurs autres confédérés. Des résolutions très graves furent prises. On décida que de nouvelles instances seraient faites auprès du comte d’Egmont pour obtenir son concours; que, pour conserver aux protestants les libertés qu’ils avaient conquises, Bréderode présenterait sans retard une nouvelle requête. Déjh elle avait été préparée, d’après le conseil donné par le comte d’Egmont k Louis de Nassau, qui s’était plaint k lui de la violation de l’accord conclu au mois d’août précédent. On alla encore plus loin. Il fut question parmi les confédérés de recourir k la force si la requête était rejetée et, par une conséquence naturelle, si les Espagnols voulaient franchir les frontières (2).

(1) Archives de la maison d’Orange-Nassau, t. Il, p. 416 et 422.

(2) La présence du comte de Hornes à celte seconde assemblée de Breda est formellement attestée dans une lettre adressée par la duchesse de Parme au roi, le 9 février 1567, et publiée dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. 404.

En Espagne, cependant, on doutait encore de la participation du comte de Hornes à cette assemblée. On lit, en effet, dans une lettre de Jean de Noircarmes, S' de Selles, capitaine des archers de la garde du roi catholique, au comte de Hornes (Madrid, 16 mars 1567) : «M. deMontigny mecontoitces ■ jours passés l'advertisscment fait au Roy de ce que vous aviez été en

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