CHAPITRE XII
I.e prince d’Orange, le comte de Hoogstraeten, Brédcrode et le comte de Nuenar (ce dernier au nom du comte de Hornes) écrivirent au comte d’Egmont pour l'exhorter à conclure avec eux une nouvelle ligue et alliance. Selon les résolutions adoptées au château de Breda, ils devaient s’engager d’abord h faire cesser les prêches afin que le roi n’eût plus de prétexte pour employer la force, mais s’il persistait dans son dessein et voulait faire « couper tètes, » ériger des citadelles, mettre des garnisons espagnoles dans les villes, subjuguer enfin les Pays- Bas, les seigneurs ligués prendraient les armes pour défendre la patrie. Le comte d’Egmont, outrant la fidélité qu’il devait au roi , fut malheureusement sourd à l’appel de ses amis. Il communiqua au comte de Mansfeldt, confident de la régente, les lettres des quatre seigneurs et la réponse qu’il leur adressait. Il voulait bien que tous s’employassent à faire cesser les prêches; mais ensuite, il fallait, selon lui, se fier au roi. Les États le supplieraient toutefois de ne pas venir avec une armée.
Le prince d’Orange et ses amis ne désespérèrent pas encore. Le comte d’Hoogstraeten, comme on l’a vu, était venu lui-même à Gand trouver le gouverneur de la Flandre pour l’engager à se rendre à Anvers où il conférerait avec les seigneurs qui avaient été Ji Breda. Le comte d’Egmont répondit par un nouveau refus. Il écrivit même à ses anciens alliés pour les rendre attentifs à ce qu’ils faisaient, les exhortant à se conduire comme des vassaux fidèles, à défaut de quoi il les tiendrait pour ennemis. Il ajoutait, quant à la crainte manifestée de voir le gouvernement des Pays-Bas remis entre les mains des Espagnols, que, si on le traitait d’une manière insupportable, il ne prendrait pas pour cela les armes contre le roi, mais qu’il se retirerait en sa maison, et, s’il le fallait, hors du pays. Les
« l’assemblée de Breda, disant et donnant à cognoistre à S. M. qu’il n’en « estoit rien ; mais , sur ma foy, M’, je n’en scaurois que dire sinon que je « crois certainement qu’ils sont marrys par deçà qu’il n’en est rien et qu’ils « voudroient tût vrai selon la bonne affection que je vols qu’ils vous portent. » Lettres originales adressées à Ph. de Montmorency (arch. de l'État), fol. 65.
quatre seigneurs réclamèrent alors du comte d’Egmont les lettres originales qu’il avait d’eux, et il les leur renvoya (1).
C’était une sorte de rupture. Elle eut des résultats à jamais déplorables. Elle permit bientôt au duc d’Albe (il faut bien l’avouer, hélas!) d’entrer dans les Pays-Bas avec les vieilles bandes espagnoles, sans rencontrer aucune résistance. Elle permit surtout ii Philippe II de réaliser ses projets asiucieux et de faire tomber d’illustres victimes dans l’horrible piège qu’il leur avait tendu. Le prince d’Orange, le comte de Hornes, le comte de Hoogstraeten et les autres seigneurs patriotes ne pouvaient, sans le concours du comte d’Egmont, venir il bout d’une entreprise vraiment difficile et périlleuse. Aucun n’avait le prestige militaire du comte d’Egmont; aucun ne possédait son autorité sur les vaillants hommes d’armes, qu’il avait commandés à Saint-Quentin et à Gravelines; aucun n’avait sa popularité. Si ce glorieux capitaine, le plus hardi, disent les contemporains, et le plus valeureux de son temps sur les champs de bataille, se fût déclaré ouvertement pour les confédérés, il eût soulevé le pays, il eût pu rassembler autour de lui cinquante mille hommes, il eût pu réduire en sa puissance la ville de Bruxelles, peut-être même abattre la domination espagnole. Plus de la moitié des bandes d'ordonnance, dans lesquelles se trouvait alors la force principale du pays, eût suivi son parti, et les autres ne l'auraient pas combattu. La noblesse wallonne ellemême, malgré son attachement au catholicisme, eût refusé de prendre les armes contre un général qu’elle honorait. L’argent ne lui eût point manqué aussi longtemps que les religionnaires, surtout les calvinistes, auraient eu un écu dans leur bourse. D’accord avec le prince d’Orange, et s’appuyant sur une ligue nationale composée de catholiques aussi bien que de protestants, maître de Bruxelles, tenant en sa puissance la régente des Pays-Bas, le comte d’Egmont eût en quelque sorte subjugué les dix-sept provinces avant la venue du duc d’Albc. Et
(1) La duchesse de Parme au roi, 10 février 1567, dans la Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 510. Voir aussi les interrogatoires du comte d'Egmont, Procès, p. 247.
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