‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 142 sur 187 · CHAPITRE XII. — 156G · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — 156G

Philippe II avait également cherché à tranquilliser le comte de Hornes par l’assurance de son arrivée prochaine et par des paroles qui n’étaient aucunement menaçantes pour ce seigneur. Il lui exprimait, le 19 mars, son regret que la situation des Pays-Bas ne lui permît point d’y aller seulement avec sa cour ordinaire, comme il l’eût désiré. Il s’était donc décidé à y faire joindre une armée pour parer à tous événements, même pour le cas où on le forcerait « d’user des armes, » ce qui, disait-il, serait bien contre son naturel , s’étant toujours proposé et se proposant encore de remédier aux affaires plutôt par douceur (si faire se pouvait) que par rigueur. Et en attendant son arrivée, qui serait très prochaine (il l’espérait), il avait résolu de se faire précéder par le duc d’Albe, comme capitaine-général. « Le duc « d’Àlbe, ajoutait Philippe II, est pleinement instruit et informé « de mon intention sur le tout comme vous entendrez plus « particulièrement de lui. C’est pourquoi je vous requiers que, « en tout ce que ledit duc vous mandera de ma part, de bouche, « par lettres ou par messages, vous lui ajoutiez foi. Et, au sur- « plus, en attendant que j’arrive, vous correspondrez avec lui « et lui obéirez comme à ma propre personne. En quoi vous me « donnerez tant plus de raisons de vous montrer à mon arrivée « par effet combien votre conduite m’a été agréable (1). »

Jean de Noircarmes, S r de Selles, capitaine des archers flamands de la garde du roi, avait écrit au comte de Hornes le 23 février que le jour du départ du duc d’Àlbe n’était pas encore fixé et qu’on attendait sans doute le courrier de Flandre. —

demander l’inlerdiction absolue des prêches et que la régente s’empressa d’accueillir ce vœu. L’inlerdiction fut publiée la veille de Pdques et les prêches cessèrent. Verslag van'l magislraet van Gent, p. 77.

Un annaliste, bien informé, impute d'ailleurs au duc d'Arschol d'avoir été en Flandre même le plus violent promoteur de la réaction. « In Flandria circa id tempus ante pascha abrogatis concionibus seclariorum , etiam illorum fana deturbata sunl. Ypris imprimis et Baleoli atque Armenteriœ locisque continentibus Cominü autan jussu Dueis Arscotani , ex fani seclariorum lignis, et lacunaribus tria sunl inslaurata patibula , iisque protinus suffixi complurcs. » M. Ailzinger, De Uo ne Belgico, etc., p. 59.

(1) Lettres originales adressées à Philippe de Montmorency (Arch. de l'État), fol 45.

« Dieu veuille, disait-il, que celui-ci apporte de si bonnes nouvelles que le voyage du duc soit retardé indéfiniment! » — Il était bien moins convaincu que le roi ferait aussi le voyage, bien que plusieurs affirmassent que ce départ aurait lieu (1). Mais il exprimait une opinion contraire dans une lettre du 27 mars. Là, il annonçait le départ du roi pour la fin du mois de mai ou pour le commencement de juin ; les archers de la garde avaient reçu l’ordre de se mettre en équipage et de se tenir prêts pour cette époque. De Selles avait écrit à ceux qui étaient dans les Pays-Bas qu’ils eussent à revenir incontinent, et il suppliait le comte de Hornes, leur ancien capitaine, de leur adresser la même recommandation (2).

Le 12 avril, accompagné des comtes d’Egmont et de Mansfeldt, le comte de Hornes vint trouver la régente. Il lui dit qu’Alonse de Laloo, de retour d’Espagne, lui avait rapporté que le désir formel du roi était qu’il revînt à la cour pour le servir, en tout ce que la gouvernante des Pays-Bas lui commanderait de sa part. Il ajouta qu’il s’était toujours comporté fidèlement, comme un homme de bien et un loyal serviteur. Il dit ensuite qu’il avait signé la formule du serment exigé de lui, en sa qualité d’amiral et de capitaine d’une des bandes d’ordonnance. Enfin, il s’excusa des paroles trop vives qui avaient pu lui échapper, non par mauvais vouloir, mais dans un moment de passion et de mécontentement. La régente, n’ayant point reçu du roi des instructions particulières en ce qui touchait le comte de Hornes, dissimula sa surprise; elle se borna à répondre qu’il n’avait qu’à revenir au conseil et à continuer ses services (3).

Le comte de Hornes assista deux ou trois fois au conseil avec

(1) Lettres originales adressées à Philippe de Montmorency, fol. 63.

(2) Ibid., etc., fol. 71.

(3) «... Pour ne le jecter davantage en désespoir et perdition, aussy en « contemplation de ses parents et alliez, je n'ay peu excuser luy dire qu’il “ serv it doncqucs ainsi qu’il avoil faiet, et qu’il revinst au conseil. Touttcs- « fois si V. M. est servie me commander aultre chose, me le faisant entendre, ” j e * e diray et ferai effectuer par lcdict comte. » La duchesse de Parme à Philippe II, 14 avril 1567, dans la Correspondance de Marguerite d’Autriche, etc.,

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