CHAPITRE XII. — 13GG-1. V
les autres seigneurs; puis il demanda à la régente la permission de se retirer chez lui (1).
L’ami du comte d’Egmont avait éprouvé une sorte de soulagement après avoir pris, non sans elïbrt, la détermination de se réconcilier avec la duchesse de Parme dont naguère il se plaignait avec tant d’amertume. 11 exprima cette satisfaction dans une lettre adressée, le 21 mai, au baron de Montigny, son frère. a Pour vous parler franchement et vous dire mon intention, « ajoutait-il, le roi étant satisfait de moi, comme la raison veut, « et tout le pays étant réduit sous son obéissance, il me semble « que je ne dois être plus longtemps entretenu de paroles, vu « la nécessité où j’ai été, passé vingt ans, de prendre toujours « argent à intérêt et vendant mon bien. Puis encore, absent de « la cour ou présent, pour toute récompense, l’on n’a pas laissé « de me faire toutes les traverses du monde. Je suis fort aise « que S. M. ait connu maintenant que toutes ces traverses et « tous ces mauvais traitements n’ont jamais pu m’amener à « machiner contre son service. Bien au contraire, j’ai fait tout « ce qui m’a été possible pour apaiser toutes choses, n’ayant « d’autre but que ce qui complaît au service du roi et à la « nécessité du temps (2). »
Floris de .Montmorency, ce gentilhomme si patriote et si tolérant, encourageait vivement son frère ù persévérer dans ces sentiments de loyauté. Il blâmait l’obstination du prince d’Orange et louait les seigneurs qui avaient cherché à le retenir dans le pays. La lettre que Montigny adressa de Madrid à son frère, le 26 mai, est surtout intéressante. Elle montre clairement l'astuce de Philippe II en même temps quelle fait noblement ressortir la loyauté des amis du comte d’Egmont.
Montigny informait d’abord le comte de Hornes que le duc d’Albe, selon un bruit répandu, s’acheminerait avec les Espagnols jusque dans le Luxembourg où il attendrait la venue du roi. On publiait à Madrid que ce prince arriverait dans les Pays-
(1) Le secrétaire Frais au cardinal de Granvellc, Bruxelles, 90 avril 15G7. Correspondance de Philippe II, t. I", p. Îi28.
(î) La déduction de l'innocence, etc., p. 389.
Bas au mois de septembre. Montigny avait demandé au roi ce qu’il devait croire de son départ : Philippe avait répondu « qu’il était y donnant ordre et que ce serait au plus tôt qu’il pourrait. » Le marquis de Berghes était mort le 21 mai; dans les bras de Montigny. « Il a reçu, disait celui-ci, tous les sacrements et « droits de l’église, et je vous assure qu’il a fait la plus belle « et catholique fin qu’il soit possible, conforme à sa bonne et « vertueuse vie. » Le lendemain de sa mort, on lui avait fait un service , et il avait été déposé aux Cordeliers. Tous les seigneurs de la cour se trouvèrent aux obsèques, selon que le roi l’avait ordonné h Ruy Gomez et au président du conseil royal. Le jour suivant, Montigny alla trouver le roi à l’Escurial et lui rendit compte de la mort de son compagnon et de plusieurs choses que ce dernier l’avait chargé de lui dire dans l’intérét de sa veuve et pour le bien de sa maison. Philippe II répondit qu’il avait été très fâché de la mort du marquis pour avoir perdu en lui un si bon serviteur, car pour tel il l’avait toujours tenu ; il promit d’avoir un soin particulier de toutes ses affaires lors de son retour à Madrid. Montigny parlait ensuite à son frère des lettres venues des Pays-Bas et qui annonçaient, avec la dispersion ou la capture de ses principaux partisans, le départ de Bréderode pour Brême. « Voilà, disait-il, ce que c’est de suivre mauvais conseil ! Souvenez-vous si j’ai été prophète. » Parlant du prince d’Orange, il disait qu’il avait déploré son départ, en cette conjoncture, parce qu’il donnait au monde un prétexte d’en parler diversement. — « Je suis fâché, ajoutait-il, « qu’il n’ait cru le conseil de ses amis, de vous et d’autres. Il « n’est pas bon d’être parfois tant ami de son opinion. » — Il souhaitait comme « serviteur » du prince d’Orange de l’entretenir pendant deux heures, ne fùt-ce que pour sa satisfaction, car il ne pouvait espérer plus de succès que ses autres amis des Pays-Bas. Il annonçait enfin qu’il ne perdait pas de vue « l’indemnité » sollicitée par son frère. « 11 me semble, disait-il, « que vous ne devez laisser échapper aucune occasion d’écrire « au roi de même qu’au seigneur Ruy Gomez, lequel vous est « fort ami; mais le temps est tel que ce seigneur ne pourrait « faire ce qu’il voudrait bien. » Montigny félicitait son frère