‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 144 sur 187 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

d’avoir oublié le ressentiment qu’il nourrissait contre la duchesse de Parme. «Croyez, disait-il encore, que les princes désirent qu’on respecte tpujours leurs ministres. » Pour luimême il avait encore peu d’espoir de retourner dans les Pays- Bas. « Puisqu’il faut faire de nécessité vertu, poursuivait-il, « j’ai résolu de passer patiemment tout le temps que le maître « voudra; car pour rien au monde je ne donnerai jamais ce « contentement à mes ennemis de faire chose dont mon maître « puisse avoir un juste motif de ressentiment contre moi. » Il exprimait aussi la satisfaction que lui faisait éprouver l’attachement du comte de Hornes à la religion catholique. « J’ai « reçu un grand contentement (ainsi s’exprimait-il) de l’assu- « rance que vous me donnez que nul ne parviendra à vous faire « changer d’opinion en chose qui touche le fait de la religion « ancienne, ce qui est certes conforme à ce que j’en ai toujours « fermement pensé et cru, quoique le diable et ses ministres « soient bien subtils. Je n’ai failli de le faire entendre aux lieux « que vous m’avez écrit (1). »

Au mois d’avril, la régente avait envoyé en Espagne Gaspard de Robles, S r de Billy et gouverneur de Philippeville, pour donner au roi des explications verbales sur la situation des Pays-Bas et presser ses résolutions. Revenu de 3Iadrid, il écrivit d’Anvers, le 21 juin, au comte de Hornes, et lui fit connaître la satisfaction que le roi avait témoignée de ses services. « Rendant compte h S. M., disait-il, de ce dont j’avais charge, « le roi me commanda de lui donner par écrit les noms et « surnoms de tous ceux qui l’avaient servi. L’autre jour, lisant « le nom de Votre Seigneurie, j’avais fort bon temps de dire à « S. M. tout ce que V. S. m’avait commandé par son mémoire, « et le roi, avec grand semblant de contentement, me dit que « toujours il avait connu de V. S, qu’elle lui serait bon servi- « teur et qu’il l’en remerciait fort, me commandant que de « cette manière je le dise à V. S. » Robles ajoutait que le roi serait sans faute dans les Pays-Bas vers la fin du mois d’août

(t) Cette lettre a été publiée dans le recueil intitulé : Mengelingen van hel histurisch Yaderlandschen inhoud, p. 327 et suiv.

ou au plus tard à la mi-septembre, accompagné du prince (don Carlos) et de don Juan d’Autriche. Comme Philippe II se proposait de venir par mer, Robles engageait le comte de Hornes, en sa qualité d’amiral des Pays-Bas, à faire ses préparatifs pour aller recevoir le monarque (1).

L’arrivée prochaine de Philippe II était annoncée de toutes parts. Le 5 juin, le baron Adam de Dietrichstein écrivait à l’empereur Maximilien II, dont il était l’ambassadeur à Madrid, que le départ du roi catholique pour les Pays-Bas était fixé au mois d’août. « Alors même que le voyage ne se ferait pas, ajoutait-il, ici on ne veut point qu’on mette en doute le départ du roi (2). »

Ainsi s’épaississaient les ténèbres qui voilaient l’astuce et les machinations de Philippe IL Quelquefois une lueur sinistre venait pourtant inquiéter les seigneurs non seulement menacés, mais déjà condamnés. On disait hautement que, d’après une ancienne prophétie, de grands malheurs menaçaient la Flandre en 1568. Des avertissements plus directs furent donnés au comte d’Egmont.

Le lendemain du retour de Billy, le comte l’alla trouver et eut avec lui l'entretien suivant : « Comment suis-je avec le roi? — Monsieur, fort mal. » Le comte voulant s’expliquer, Billy reprit : « Si vous savez votre cause si bonne et juste, allez vous purger près du roi ; mais si vous vous sentez en aucune manière coupable, sauvez-vous, car il y va de votre vie (3). » Le comte d’Egmont, ne se sentant point coupable, demeura.

Cependant il avait parfois de vagues appréhensions. L’agitation de son esprit explique mais ne justifie point les lettres trop obséquieuses qu’il adressait alors à Philippe II. Le 16 juin, il lui mandait que, après tant de désordres et de désobéissance, la tranquillité était entièrement rétablie. Puis, adoptant avec un zèle outré certaine proposition faite au conseil d’Etat, il émet-

(1) Supplément aux guerres civiles, etc., t. II, p. 353-833.

(2) Quellen zur geschichte des kaisers llaximilian II, etc., p. 191.

(3) « J’ai su ces propos, dit Colins, par le récit de feu madame veuve dudit seigneur de Billy, qui les avait ouïs. » Histoire des choses les plus mémorables, etc., p. 820.

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