CHAPITRE II
mort les Espagnols qui entouraient le roi (1). Ce fut pour grossir leur parti que, dans le dernier chapitre général de l’ordre de la Toison d’or, tenu à Gand au mois de juillet 1559, les seigneurs nationaux, déjà unis, firent admettre, dans l’Ordre, malgré la répugnance du roi, Floris de Montmorency, frère du comte de Homes, et Antoine de Lalaing, comte de Hoogstraeten.
Pendant les guerres contre Henri II, la noblesse des Pays- Bas avait montré au fils de Gharles-Quint un dévouement sans bornes. Elle pouvait donc espérer, après tant d’exploits et tant de sacrifices, elle pouvait espérer, comme le disait plus tard le prince d’Orange (2), que le roi lui donnerait toute sa confiance, en échange du sang versé, et récompenserait de si grands services.
Philippe II n’aurait pu, sans honte et sans dommage, écarter du gouvernement les membres principaux de la haute et puissante noblesse des Pays-Bas. Le comte d’Egmont fut nommé gouverneur et capitaine général de la Flandre et de l’Artois, deux des plus importantes provinces (3) ; il lut chef d’une des quatorze bandes d’ordonnances et il eut son siège au conseil
(1) Dépêche de Sébastien de l'Âubespine, évêque de Limoges, écrite de Gand , 4 août 1359 , dans les Négociations , lettres et pièces diverses relatives au règne de François 11, publiées par M. Louis Paris, p. 63. Voir aussi Relation de Frédéric Badoaro (1557), dans les Relations des ambassadeurs vénitiens sur Charles-Quint et Philippe II, publiées par M. Gachard, p. 87.
(î) Justification du prince à! Orange contre ses calomniateurs, imprimée au mois d’avril 1568.
(3) Dans l'acte, donné à Gand le 7 août 1559, Philippe II déclare nommer le comte d’Egmont gouverneur et capitaine général de la Flandre, « en considération des grands , léaux , notables et agréables services qu’il a faits par plusieurs années 9 feu de très louable mémoire l’empereur, son seigneur et amé père, et depuis à lui-même, en la dernière guerre contre France, tant en la bataille de Saint-Laurent, comme capitaine général sur les chevau-légers, que depuis en celle lès Gravelines, ayant charge principale d'icelle emprinse; ès quelles batailles il s’est conduit, comme est notoire, 9 son grand honneur, honte des ennemis , etc... » Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, tirée des archives royales de Simancas, en Espagne, et publiée par if. Gachard. Voir 1. 1", p. 183.
d’État, à côté du prince d’Orange, nommé gouverneur de la Hollande, de la Zélande et de la province d’Utrecht. Le comte d’Egmont et le prince d’Orange avaient déjà été appelés à siéger au conseil d’État sous le duc de Savoie. Mais ils s’aperçurent que les affaires importantes se traitaient sans eux et conservèrent un vif ressentiment d’un procédé qui portait atteinte à leur honneur et à leur réputation. Lorsque le comte d’Egmont reçut l’acte qui l’appelait de nouveau au conseil, il crut devoir, pour ces raisons qui touchaient son honneur, renvoyer sa nomination au président Viglius. Mais, à Gand, le roi lui ordonna expressément d’accepter la charge de conseiller, l’assurant qu’il aurait toute autorité dans les affaires. Le comte se résigna, à la condition toutefois qu'il pourrait se retirer du conseil s'il y était traité comme auparavant. Le roi, attendant en Zélande un vent propice pour s’embarquer, assura de nouveau le comte d’Egmont et le prince d’Orange que toutes les affaires importantes seraient traitées et résolues au conseil d’État; il les pressa en outre de ne plus refuser la charge de conseiller, s’ils voulaient lui faire un très agréable service (1).
Tout en conférant des dignités éminentes aux principaux personnages des Pays-Bas, Philippe montra, dès son avènement, et sans qu’il eût des motifs fondés pour agir ainsi, qu’il se méfiait du comte d’Egmont et du comte de Hornes aussi bien que du prince d’Orange. Au sein même du conseil d’État, institué pour diriger tout ce qui touchait au gouvernement, le roi avait créé un comité secret ou consulte composé de Granvelle, évêque d’Arras, de Viglius, président du conseil privé, et du baron de Berlaymont. Destiné à servir de contre-poids à la prépondérance de la haute noblesse, ce comité était véritablement investi de l’autorité effective et dominait même à certains égards la duchesse de Parme. Voilà comment Philippe II tint la promesse solennelle qu’il avait faite et réitérée au comte d’Egmont et au prince d’Orange.
Le comte de Hornes ne fut pas appelé en 1559 dans le conseil d’État. Le roi le nomma amiral général de la mer des Pays-
(1) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 195.