‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 16 sur 187 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Bas, dignité onéreuse qui n’était conférée qu’aux plus grands seigneurs et qui correspondait à celle dont Gaspard de Coligny était revêtu en France. 11 désigna en outre Philippe de Montmorency comme capitaine d’une des bandes d’ordonnances, mais il ne consentit point à le laisser alors avec ses amis, le comte d’Egmont et le prince d’Orange. Il voulut que le comte de Hornes le suivît de nouveau en Espagne.

Ce seigneur, à qui avait été confié naguère le gouvernement de la Gueldre et de Zutphen, fut très vivement contrarié du changement intervenu dans les résolutions du souverain à son égard. Les services qu’il avait rendus précédemment l’avaient obéré, loin de l’enrichir. Il avait trouvé ses biens si embarrassés et grevés qu’il ne voyait plus la possibilité de suivre la cour. Du reste, il n’était pas le seul qui se fût appauvri en servant Charles-Quint et son fils. Le comte d’Egmont, le prince d’Orange et tous les autres personnages, qui allaient jouer un si grand rôle dans les Pays-Bas, avaient également contracté des dettes énormes par les dépenses qu’ils avaient faites à la cour pour soutenir leur dignité, ou, dans la dernière guerre, pour défendre le souverain et le pays. Le revenu de tous les seigneurs était engagé en totalité, ou pour la plus grande partie. Le prince d’Orange devait pour le moins 900,000 fl.; Henri de Bréderode, moins riche, en devait 30,000, outre la valeur de ses biens. « La chambre des comptes peut faire foi, « disait plus tard Guillaume de Nassau, que je n’ai jamais eu « récompense d’une maille pour les services que j’ai rendus à « l’empereur et au roi, même étant lieutenant-général d’armée, « que je n’ai reçu pour tous gages que 300 florins par mois, « somme insuffisante pour payer les serviteurs qui tendaient « mes tentes. » Le comte d’Egmont , otage en France avec le prince d’Orange pour l’accomplissement du traité de Câteau- Cambrésis, réclamait justement, selon Granvelle lui-même, un dédommagement pour les frais que lui avait occasionnés ce voyage et ceux qui devaient résulter de son séjour à Reims, où il allait assister au sacre de François II. Le comte de Hornes, dont la fortune était médiocre, avait supporté des charges bien plus grandes en suivant Philippe, comme capi-

LE COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE IIOHNES.

taine des archers de la garde, en Allemagne, en Italie, en Espagne et en Angleterre; dans les dernières guerres, il avait aussi largement contribué aux subventions votées par les États ; il avait aidé de ses deniers à contenter les soldats mutinés faute de solde; il s’était même porté caution pour une assez grande somme due aux noirs harnois. On prétend, à la vérité, que le duc de Longueville, fait prisonnier à la bataille de Saint-Quentin, avait payé au comte de Hornes une rançon de 420,000 écus. Mais le comte de Hornes ne devait voir dans cette rançon, dont le taux nous semble avoir été exagéré, qu’une sorte de dédommagement, car depuis qu’il avait quitté son château de Weert pour suivre le fils de Charles-Quint, il avait, d’accord avec sa mère, levé sur ses biens des sommes considérables aussi.

Telles étaient enfin les dépenses que les principaux seigneurs des Pays-Bas avaient supportées, pendant les dernières années, que Philippe, avant de partir, trouva juste de leur en tenir compte. Par des cédules du 22 août 1559, il alloua, sous forme de mercède, une indemnité de 50,000 écus au comte d’Egmont et une autre de 40,000 au prince d’Orange ; quant au comte de’ Hornes, on fixa sa part à 15,000. Le roi promettait de faire payer ces mercèdes en Flandre, en Espagne, à Naples, en Sicile, à Milan ou ailleurs, dans le terme de trois années. Ce n’était donc qu’une promesse.

Le comte de Hornes, chagrin et obéré, demanda la faveur de rester dans son pays pour mettre ordre à ses affaires et trouver les moyens de servir le roi avec autant de promptitude qu’autrefois. Mais Philippe, loin de condescendre à cette demande, fit témoigner au comte de Hornes par Ruy Gomez le désir qu’il le suivît en Espagne, où il exercerait les fonctions de superintendant des affaires des Pays-Bas; Ruy Gomez lui donna même h entendre qu’il dirigerait toutes les affaires. Comme le comte résistait encore, Philippe fit une nouvelle démarche. Cinq ou six jours avant son départ de Gand pour' la Zélande, il envoya à la maison du comte de Hornes un de ses secrétaires qui lui exprima, en termes plus vifs, le désir du roi. Le comte reçut alors la promesse que, outre le droit dû à l’amirauté, il toucherait une indemnité de douze mille ducats

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