‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 154 sur 187 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

en chemin pour revenir à Bruxelles lorsqu’il reçut des avis qui lui annonçaient l’arrestation des comtes d’Egmont et de Hornes. Il se hâta de retourner h Cologne.

Les collègues et les confrères des comtes d’Egmont et de Hornes semblaient comme frappés de stupeur. Mansfeldt fut le seul qui osât d’abord écrire au roi pour exprimer son chagrin ; il lui disait que de mauvaises langues seules avaient pu accuser son beau-frère (1). Le premier aussi il invoqua en faveur des prisonniers les privilèges de l’ordre de la Toison d’or. Dans une audience qu’il demanda au duc d’Albe, il lui représenta que l’arrestation des comtes d’Egmont et de Hornes violait formellement ces privilèges, et il ajouta que, comme membre de l’Ordre, le duc n’était pas moins obligé que lui d’en maintenir de toutes ses forces les statuts. Le duc repartit, avec un mélange d’ironie et de brutalité, que le comte avait bien fait en venant s’entretenir avec lui de cet objet; qu’il valait mieux agir ainsi que de faire des assemblées comme par le passé; que, pour lui, il ne souffrirait point de telles réunions; que, s’il apprenait que quelques-uns en fissent, fut-ce même pour dire le Credo, il les châtierait; que, quant aux privilèges de l’Ordre, le roi avait fait examiner ce point et décidé que les statuts n’étaient pas applicables au crime de lèse-majesté. Mansfeldt et d’autres seigneurs lui ayant représenté que, s’ils gardaient le silence, ils seraient blâmés dans le prochain chapitre de l'Ordre, le duc lepr dit que chacun d’eux pouvait écrire au roi séparément; mais il leur défendit de nouveau de se réunir pour cet objet (2).

(1) Correspondance de Philippe II, t. I", p. S75.

(î) Le duc d'Albc au rui, 18 septembre et le comte de Mansfeldt au même, 8 décembre 1567, dans la Correspondance de Philippe II, t. t", p, 877 et 607. —On lit dans VlIisloire de l'ordre de la Toison d'or publiée par ReiiTenberg (p. 499 et 500) que, le lendemain de l'arrestation des deux comtes, le duc d’Albe, voulant justifier sa conduite, convoqua tous les chevaliers qui étaient à Bruxelles et leur fit connaître que cet acte avait été accompli en vertu des ordres exprès de S. M. — Cette allégation peut être exacte au fond. Mais ce qui ressort surtout de la correspondance du duc d’Albe avec Philippe II, c'est le dessein bien arrêté de ne tenir aucun compte des privilèges de l’ordre de la Toison d'or. « Quand on arrêtera M. de Montigny, lit-on dans la dépêche du duc d’Albe du 18 septembre, te roi ne devra en aucune manière appeler

La bourgeoisie et le peuple étaient diversement agités. A Anvers le parti, qui naguère appuyait les doctrines protestantes, s’intéressait particulièrement au comte de Hornes. A Bruxelles, c’était le comte ‘d’Egmont qui inspirait les plus vives sympathies. Des bourgeois, en grand nombre, se rendirent pleins d’inquiétude à l’hôtel du duc d’AIbe pour s’enquérir des causes de l’arrestation. Il leur fit dire qu’il était occupé à réunir ses troupes espagnoles, italiennes et allemandes, et que, lorsqu’il serait prêt, sa réponse leur parviendrait (1).

Ces paroles hautaines et insolentes ne soulevèrent point la bourgeoisie. Elle était contenue et comme subjuguée par les régiments espagnols dont le duc d’AIbe s’était entouré. La peur s’étendit jusqu’aux extrémités du pays. Personne ne se crut plus en sûreté. L’émigration prit des proportions immenses. L’Allemagne et l’Angleterre se trouvèrent peuplées, selon des expressions contemporaines, d’habitants des Pays-Bas qui fuyaient les iniquités et les proscriptions du duc d’AIbe (2).

Tandisquele représentant de Philippe II se réjouissaitencore

îles chevaliers de l'ordre pour le juger, fûl-il même certain qu’ils procéderaient conformément à sa volonté. » Le 2 octobre, le duc d’Albe engage Philippe II, s'il reçoit quelques réclamations des chevaliers de l'Ordre, à répondre seulement qu’il a fait examiner la question par des personnes do science et conscience ; que, de leur avis, il a résolu que le cas imputé au comte d’Egmont et de llornes n’était pas compris parmi ceux dont le chapitre de la Toison d'or devait connaître, et que étant libre en conséquence de procéder en cette matière comme il le juge à propos, il a ordonné qu’on suive la forme qui a été mise en pratique... «

(1) Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. III, p. 12G et Thelife and limes of sir Thomas Gresham, etc., t. Il, p. 233. — « Sur tous les seigneurs du Païs- Bas le comte d’Egmont était merveilleusement aimé et estimé. Plusieurs (il s'agit sans doute des catholiques et des royalistes) estoient d’opinion que durant les troubles de Flandre il eut fait pour son devoir ce que la nécessité du temps avait permis, comme ayant toujours esté catholique de cœur et d’affection... » Renon de France, MS., 2" partie, chap. II.

(2) «... Allemagne et Angleterre se trouvèrent peuplées de gens de ce pals. Car par un dénombrement que la reine d’Angleterre ordonna en son royaume fut trouvé plus de 130,000 personnes y réfugiées de toute qualité, principalement artisans et gens de métiers... « Renon de France, MS., 2’ partie, chap. 11.

Page 1