‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 155 sur 187 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

d’avoir mis la main sur les comtes d’Egmont et de Hornes, Bréderodc et ceux qui s’étaient réfugiés avec lui sur les rives de l’Ems protestèrent avec une énergie singulière contre le « Marane » qui osait toucher aux plus illustres seigneurs des Pays-Bas et prétendait réduire ces libres provinces à la misérable condition des Indes espagnoles (I). Mais ces protestations étaient alors vaincs, ces fureurs patriotiques étaient impuissantes.

Les comtes d’Egmont et de Hornes avaient été enfermés séparément en des chambres entièrement tendues de drap noir et qui n’étaient éclairées que parla faible lueur de quelques flambeaux. Des domestiques espagnols les servaient en silence. Toutes communications avec le dehors leur étaient désormais défendues; on eût dit que le duc d’Albe avait voulu les enterrer vivants. Les rayons môme du soleil ne pénétraient plus û travers les lugubres tentures qui rappelaient constamment aux prisonniers l’image de la mort. Ils ne pouvaient ni écrire à leurs amis ni recevoir aucune visite. Les gardes se renouvelaient deux fois pendant la nuit. Le capitaine sortant entrait dans les chambres des prisonniers, accompagné de ses soldats portant des flam-

, (1) «... Il n'est pas difficile, disaient-ils, de remarquer que leur véritable intention est de mettre notre patrie dans le même état où se trouvent les malheureuses Indes, dont ils ont fait autrefois la conquête. Pour y parvenir, ils inventent tous les moyens possibles de détruire et d'extirper entièrement les chefs principaux, les seigneurs, les gentilshommes, les marchands et bons bourgeois; sans faire la moindre attention aux services signalés que nos ancêtres ont rendus depuis longtemps à la couronne, aux dépens de la dernière goutte de leur sang, et du dernier denier de leur bien. Témoin le comte d’Egmont, qui a été cause que. S. M. a remporté deux grandes victoires, qui ont remis et raifermi sur sa tête la couronne, déjà chancelante et prêle à tomber. Quelle est la récompense qu'en reçoit ce malheureux seigneur? Un marane, une espèce de More renégat vient dans le pays ; il le saisit en pleine cour, et il le met en prison, comme si c’élait un vil brigand, ou un infâme meurtrier. La meme chose arrive au comte de Hornes, qui a suivi le roi partout pendant doute années, qui l’a servi comme un esclave, et qui a dépensé tout son bien en lui rendant des services signalés qui sont connus, de tout le monde. Pour prix de son zèle, on le fait prendre par une troupe de laquais, et on le jette dans une prison, comme s'il avait mérité dix mille morts... » Van Loon, Histoire métallique des Pays-Bas, t. I", p. 101 et suiv.

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LE COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE HOHNES.

beaux; il tirait les rideaux des couches et réveillait les captifs afin de les montrer et de les consigner au capitaine entrant (1).

Mais le duc d’Albe ne tarda point à reconnaître que Bruxelles n’était pas un lieu sûr pour des prisonniers aussi importants. Il se proposait d’abord de les faire transférer soit au château de la Folie, situé à quelques lieues de la ville et appartenant h la famille de Noircarmes, soit au château de Gonappe, qui faisait partie du domaine du souverain. Puis il prit la résolution de faire entrer des troupes espagnoles au château de Gand et d’y faire conduire les comtes d’Egmont et de Homes, sans égard pour les privilèges du Brabant (2).

Ces privilèges étaient aussi explicites, aussi formels que ceux de la Toison d'or. L’article 17 de la Joyeuse Entrée (constitution), jurée par Philippe II, statuait « que si quelque personne était appréhendée dans le pays de Brabant et d’Outre Meuse de S. M., celle-ci ne la ferait mener ni laisserait mener prisonnière hors desdits pays. »

Le duc d’Albe, qui avait déjà foulé aux pieds les privilèges de la Toison d’or, ne respecta pas davantage cette disposition constitutionnelle. Il décida donc que les deux prisonniers seraient conduits en Flandre et détenus au château de Gand. Il fit en conséquence enjoindre au comte d’Egmont, en sa qualité de gouverneur de la Flandre et de châtelain de la forteresse de Gand, de donner un ordre écrit pour que la Trouillère, son lieutenant, remit ce château entre les mains du mestre de camp Alonso de Ullop, qui occupait la ville avec le régiment de Naples. La Trouillère, si dévoué au comte d’Egmont, se résigna, en voyant sa signature, et, le 13 septembre, Ulloa entra dans le château avec deux enseignes de soldats espagnols, qui y remplacèrent la garnison wallonne (3).

(1) Pontus Payen, Iiv. IV.

(2) Correspondance de Philippe IJ, 1. 1", p. 574 et 575.

(3) Deux jours auparavant, Ulloa avait été averti qu'un chariot bien attelé était sorti du château et avait pris la route de Saflelacr ; il le joignit avec une trentaine de cavaliers et lui fit rebrousser chemin Ce chariot contenait, à ce que l’on apprit, ce qu’il y avait de plus précieux dans le trésor du comte d’Egmont. Voir Van der Vynckt, Histoire des troubles (éd. de Reiffenberg), 1. 1™, p. 256.

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