‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 17 sur 187 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

et trois mille ducats de pension, sans parler des récompenses encore plus grandes qui l’attendaient en Espagne. Cependant le comte de Hornes n’eut point une confiance absolue dans ces promesses; il aurait voulu conserver le gouvernement de la Gueldre et de Zutphen. Pour connaître sur ce point important les intentions du roi, il fallait qu’il se mît en rapport avec l’évêque d’Arras, sans l’avis duquel Philippe ne prenait aucune résolution concernant l’administration intérieure des Pays- Bas. Mais, depuis longtemps, la plus grande froideur régnait entre le comte de Hornes et Granvelle. Celui-ci ne pardonnait point l’espèce d’affront qui avait été infligé à son frère Thomas de Chantonay et à toute la famille de l’ancien chancelier de l’empereur lorsque, malgré les instances de Charles-Quint, le comte de Hornes avait préféré, pour Marie de Montmorency, sa sœur, l’alliance du comte Charles de Lalaing, chevalier de la Toison d’or et capitaine général du Hainaut (1). Thomas de Chantonay avait épousé ensuite Hélène de Bréderode et s’était réconcilié avec le comte de Hornes; mais entre ce dernier et l’évêque d’Arras, l’antipathie avait persisté. Elle s’élhit même encore accrue lorsque Granvelle avait fait entendre au roi que le comte de Lalaing et Simon Renard, chargés de négocier la trêve de Vaucelles, s’étaient mal acquittés de cette mission.

L’évêque d’Arras, supposant que le comte de Hornes allait acquérir une grande influence en Espagne, se montra d’abord extrêmement jaloux et irrité des instances faites par le roi auprès de l’amiral. On assure même qu’un des frères de l’évêque vint trouver la comtesse de Hornes pour la prévenir, en ami, qu’elle ferait bien d’empêcher le départ de son mari avec le roi, car ce voyage pourrait être cause de sa ruine et de celle de sa maison. Le comte de Hornes ne s’affecta point de cette menace. 11 se rendit chez l’évêque d’Arras et lui demanda, sous forme d’avis ou de conseil, mais pour autant que cette question ne fût pas indiscrète, s’il ne pourrait conserver le gouvernement

(1) Charles do Lalaing eut de son mariage avec Marie de Montmorency : Emmanuel-Philibert de Lalaing et Philippine-Christine de Lalaing, qui devint si célèbre sous le nom de princesse d’Épinoy.

4 S LE COMTE D’EGMONT ET LE COMTE DE IIOItMES.

de la Gueldre tout en suivant le roi en Espagne. Granvelle répondit avec beaucoup d’arrogance : « Je le vous peux bien « dire et le sais bien ; mais je ne veux point vous le dire. » Connaissant mieux les sentiments du roi à l’égard du comte de Homes, il finit par conseiller à Philippe II de ne point laisser ce seigneur dans les Pays-Bas. Le comte de Hornes suivit le roi et ne vit point réalisées les espérances qu’il avait conçues de conserver le gouvernement de la Gueldre en y mettant un de ses parents, comme intérimaire, pendant son absence. En route, il apprit que ce gouvernement avait été donné au comte de Megen (1).

Lorsque, le 24 août 1559, Philippe II s’éloigna des côtes de la Zélande, il laissait dans les Pays-Bas bien des germes de méfiance et de mécontentement. Les États-Généraux, naguère assemblés à Gand, avaient protesté, en présence même du roi, contre le séjour dans les provinces de trois mille vétérans espagnols. En entendant les représentants du pays demander le départ de ces troupes étrangères, Philippe dit au comte d’Egmont et à d’autres seigneurs qu’il venait « de connaître manifestement le peu d’amitié et de respect que lui portaient ses sujets. »

(1) Déduction de l’innocence, etc., p. 73-75. — Instruction remise par le comte de Bornes à son secrétaire Alonse de Laloo, etc. ( archives du royaume). — Correspondance de Philippe II, t. I", p. 183 et 239, et t. III, p. 253. — Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. V, p. 649. — Fl. Van der Hacr, De iniliis tumultuum bel gicorum, etc., p. 89.

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