‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 161 sur 187 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

tice du roi. « J’espère, disait-elle, que V. M. ne voudra pas « souffrir que je sorte de ces provinces avec mes onze enfants, « pour aller ailleurs chercher moyen de vivre, ayant été amenée « dans ce pays par feu de bonne mémoire l’empereur votre « père. » Elle suppliait enfin Philippe II de traiter le comte d’Egmont selon les privilèges et les coutumes des Pays-Bas (1).

L'autre prisonnier, le comte de Hornes, serait mort de faim, si sa mère n’était venue 5 son aide. Le duc d’Albe, qui avait fait saisir toutes les propriétés du comte, refusait de contribuer à son entretien (2).

Depuis l’arrestation des deux comtes, leurs femmes et leurs parents n’avaient cessé d’intercéder en leur faveur et d’invoquer surtout l'appui de l’empereur Maximilien IL Rappelant, dès le 27 septembre, que le comte de Hornes, son beau-frère, était membre de l’Empire, le comte de Nuenar demandait que ce seigneur fût jugé en conséquence par la chambre impériale, les électeurs, les princes et États de l’Empire. Il s’adressait en même temps aux quatre électeurs du Rhin; puis il signalait au duc d’Albe les « procédures indues » faites contre le prisonnier (3). Sabine de Bavière et Walburge de Nuenar s’étaient adressées presque en même temps h Philippe II et à l’empereur Maximilien. Philippe se montra dès lors inexorable. Hinckart, le gentilhomme à qui la comtesse d'Egmont avait confié sa requête, arriva à Madrid le 24 octobre. Mais Philippe refusa de le recevoir sous prétexte que le duc d’Albe n’avait pas eu connaissance de la détermination prise par la femme du prisonnier (4).

Pressé par plusieurs princes de l’Empire, Maximilien II intervint assez vivement en favèur des deux seigneurs. Il appuya la supplique de la comtesse d’Egmont ainsi que la requête de la mère et de la femme du comte de Hornes. Il demandait que l’un

(t) La comtesse d’Egmont au roi, 9 janvier 1368 (Corresp. de Philippe II, t. Il, p. 5).

(2) Déduction de l’innocence de Philippe, baron de Montmorency , etc., p, 31.

(3) Supplément aux guerres civiles de Flandre, etc., t. I“, p. 212-216.

(1) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 598.

et l’autre fussent mis en liberté, afin de pouvoir rendre compte de leurs actions, et qu’ils fussent traités comme chevaliers de la Toison d’or. Il rappelait à Philippe II les grands services que le comte d'Egmont avait rendus à l’empereur Gharles-Quint et à lui-même; il disait qu’il avait toujours connu en ce seigneur une sincère volonté et affection, ainsi qu’un zèle très loyal pour son prince naturel. Il lui faisait observer que le comte et sa femme étaient alliés aux maisons les plus illustres de l’Empire, et que déjà plusieurs princes allemands l’avaient prié d’intercéder pour lui. Il n’était pas moins pressant en faveur du comte de Hornes. Il déclarait formellement que ce seigneur était membre de l’Empire et que, comme tel, il ne pouvait l’abandonner. Il rappelait aussi les services du comte de Hornes et il insistait pour que le descendant des Montmorency sortit de son étroite prison (1).

Le baron de Dietrichstein, ambassadeur de Maximilien II à Madrid, secondait de tout son pouvoir les démarches de son maître. Il s’intéressait sérieusement au comte d’Egmont et s’efforçait, d’après ses instructions, d’amener Philippe II à une politique plus clémente et plus équitable à l'égard des Pays- Bas (2). Rien ne put émouvoir le cœur du roi.

De nouvelles requêtes des comtesses d’Egmont et de Hornes l’impatientèrent. Sabine de Bavière le priait de se ressouvenir des bons et loyaux services que son mari avait rendus à l'empereur Gharles-Quint, ainsi qu’à lui-même, et de considérer ceux qu’il pouvait lui rendre encore. De son côté, Walburge de Nuenar ne doutait pas, disait-elle, que le roi ne fît procéder contre son mari, le comte de Hornes, selon que la raison, l’équité et la justice le prescrivaient, et ce qu’il avait droit de prétendre comme « comte d’Empire » et chevalier de l’Ordre. Ces supplications étaient appuyées par Anne d’Egmont, comtesse douai-

(1) L’empereur Maximilien II au roi d’Espagne, 20 octobre 1567, dans la Correspondance de Philippe 11, t. I", p. 587 et le Supplément aux guerres civiles, t. I", p. 219.

(2) Le baron Adam de Dietrichstein à Maximilien II, 3 février et 13 avril 1568. Quellen zur Geschichte des Kaisers Maximilian II, etc., p. 194 et 207.

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