‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 162 sur 187 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

rière de Hornes. Philippe II souligna les mois : « comte d’Empire, » et il écrivit en marge qu’il croyait que les deux femmes s’abusaient. Il pressa ensuite le duc d’Albe d’instruire le procès des seigneurs prisonniers avec toute la promptitude possible, voulant que, ppur le printemps au plus tard, l’affaire fut terminée (1).

Ce procès mystérieux et inique, vrai simulacre de justice, allait être accéléré selon les désirs du roi. Marguerite de Parme, ayant obtenu le congé qu’elle sollicitait, retournait en Italie, laissant les Pays-Bas au duc d’Albe. Par scs dénonciations incessantes, cette princesse faible et dissimulée avait certainement contribué à nourrir l’implacable ressentiment de Philippe II contre les comtes d’Egmont et de Hornes. Aussi eut-il été généreux de réparer maintenant le mal qu’elle avait fait. Marguerite de Parme ne sut point oublier ses derniers mécomptes, ou bien elle n’osa point contrarier les projets de vengeance, du roi catholique. Elle ne parut nullement touchée de la triste destinée des deux seigneurs qui, en 1566, seraient morts à ses pieds plutôt que de la laisser outrager par les sectaires. Avant de partir, elle implora la clémence de Philippe II pour son pays natal, mais en appelant toute sa sévérité sur ceux quelle désignait vaguement comme « les chefs des séditions. »

Le duc d’Albe avait promis, par des lettres adressées au duc de Clèves le 22 septembre, que les deux seigneurs prisonniers ne seraient examinés sinon en sa propre présence, et qu’ils seraient traités selon « l’ordre de droit ordinaire et accoutumé (2). » C’était une promesse fallacieuse.

Pour Philippe II et le duc d’Albc, les comtes d’Egmont et de Hornes étaient des « ennemis de Dieu et du roi ; » leur condamnation était prononcée depuis longtemps, et il ne s’agissait plus que de la confirmer par un simulacre de procès. On avait donc soustrait les deux seigneurs à leurs pairs, les chevaliers de la Toison d’or, et à leurs juges naturels, le conseil de Brabant

(1) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 600 et 609.

[ï) Déduction de l'innocence de messire Philippe, baron de Montmorency, etc., p. Î9.

pour le comte d’Egmont, la chambre impériale pour le comte de Homes (1). Illégalement détenus au château de Gand, ils furent illégalement interrogés par le licencié Vargas et le docteur del Rio, assistés du secrétaire Esteban Pratz.

Le descendant des Montmorency comparut le premier devant ces commissaires espagnols. Ils dirent être envoyés du duc d’AIbe, comme capitaine général de S. M. aux Pays-Bas, pour entendre, sous serment, la vérité sur ce qu'ils lui demanderaient. Nonobstant toutes ses protestations contre l’illégalité de cet interrogatoire, le comte de Hornes, menacé d’être déclaré contumax, dut se soumettre. Les commissaires lui firent alors un grand nombre de questions avec le dessein évident de recueillir des charges contre lui , contre le comte d’Egmont et contre les autres seigneurs qui avaient soutenu la même cause. Ils cherchèrent, par leurs interrogations captieuses, à le mettre en contradiction avec lui-même, ils cherchèrent aussi à le fatiguer pour se rendre maîtres en quelque sorte de sa mémoire (2).

Juan Vargas et del Rio furent également chargés d’interroger le comte d’Egmont, c’est à dire de démontrer insidieusement sa culpabilité. C’était là le but du procès. Dès le 24 octobre, le duc d’AIbe insinuait, dans sa correspondance secrète avec Phi-

(1) Dans leur protesl tes comtes de Nucnar et d’Hoogtractcn disaient avec vérité : « Monseigneur Philippe de Montmorency, comme un comte de < l’empire, de la part de la comté de Hornes et chevalier de l’ordre du Thoi- « son d’or de la Royale Majesté d’Espagne, en respect de sa personne et « dignité, n’a autre compétent juge que l’empereur, ou sa chambre impé- « riale, ou ledit Roi d'Espaignc, avec les autres seigneurs les confrères dudit « Ordre... » Supplément aux guerres civiles, etc., 1. 1", p. 221.

On verra bientôt que le comte d’Egmont, en sa qualité de baron de Gaesbeeck, avait aussi le droit incontestable d’invoquer la juridiction du conseil de Brabant.

(2) On n’a pas encore retrouvé les interrogatoires du comte de Hornes ; mais on peut y suppléer à beaucoup d’égards par les indications que fournit la Déduction de l'innocence.

Le recueil manuscrit de Leclcrcqz, t. III, fournit d’autres particularités. On s’efforcait d’accabler le comte d’Egmont par les aveux de son compagnon d’infortune. Ce dernier fut, entre autres, longuement interrogé sur ce qui s’était passé à l’assemblée de Termonde.

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