‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 163 sur 187 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

lippe II, que l’on trouverait des charges suffisantes à l’égard du comte d’Egmont, parce que, en outre des papiers saisis chez Beckerzeel, ce dernier faisait chaque jour des aveux, et qu’on pouvait s’attendre qu'il dirait des « merveilles » lorsqu’il serait mis à la torture (1). Le comte de Hornes était encore plus à plaindre : les Espagnols n’avaient pas eu besoin de torturer Alonse de Laloo, son ancien secrétaire; celui-ci était devenu volontairement l’agent, le complice même du duc d’Albe.

Le comte d'Egmont fut interrogé en espagnol, et il répondit dans cette langue sans réclamer. Pendant quatre jours (le 12, le 13, le 14 et le 16 novembre) il eut à satisfaire aux questions écrites d’avance par les commissaires. Claude Délia avait proposé de s’attacher ii quelques faits essentiels : mais cet avis fut rejeté avec dédain par les docteurs espagnols (2). Ils posèrent au prisonnier cent quarante-huit questions embrassant tous les faits qui avaient marqué la régence de Marguerite de Parme, et ils requirent le comte d’Egmont, dépourvu de ses papiers, isolé, tenu au secret depuis deux mois, de répondre immédiatement à

(t) On trouve dans te registre du, conseil des Troubles, par Jacques de la Torre les indications suivantes :

« 10 octobre. 1367. — Rasscnghien, gouverneur de Lille, ouï sur ce qu’il peut savoir à charge de MH. les comtes d’Egmont et de Hornes, ensemble Backerzeel.

< 11 octobre. — Le sieur de Moulbais, capitaine du château de Tournai, ouï sur ce qu’il sauroit â charge du comte de Hornes.

< Ledit jour sur tous les articles a été examiné Backerzeel.

• Lundi, mardi et mecredr a été faite lecture de la confession dudit Backerzeel. >

(2) On lit dans un document qui mérite créance : « Claude Bélin eût désiré que les demandes faites aux seigneurs prisonniers eussent été plus simples ; qu’on se fût attaché à quelques faits essentiels, sans en entasser une multitude plus capables de déconcerter des innocents que de faire connaître les coupables. Il osa proposer la coutume de Bourgogne, qui lui paraissait plus sage. Les docteurs espagnols s’offensèrent de cette liberté. Bélin, dont la conscience n’était pas tranquille, insinua adroitement que l’on communiquât au conseil assemblé les demandes qu’on voulait faire aux prisonniers et que l’on y vît leurs réponses. Vargas, indigné de cette hardiesse et de ce qu’on osait lui donner ces avis, répondit en colère : Ego habeo plus experte nliæ guam lolum concilium. » MS., de la bibliothèque de Bourgogne, n’ 12,929.

LE COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE HORNES.

ccs demandes. Le comte ne fut pas toujours très précis dans ses réponses, mais il ne désavoua point sa conduite passée. Il ne regretta point d’avoir combattu le cardinal de Granvelle, réclamé la convocation des États-Généraux, signalé la rigueur extrême des placards. Toutefois, il ne reconnut jamais qu’il avait eu le dessein de se révolter contre le roi. Toute sa conduite, depuis son opposition contre le cardinal de Granvelle jusqu’à son intervention entre la cour et les protestants, avait constamment eu pour but, disait-il, de prévenir la ruine des Pays-Bas et de maintenir ces provinces sous l’autorité de leur prince naturel (1).

Plus le 'duc d’Àlbe avançait dans la voie inique où il était engagé, plus il montrait 5 la fois d’hypocrisie et d’audace. L’emprisonnement des comtes d’Egmont et de Bornes était une première et grave atteinte aux privilèges de la Toison d’or. L’ordre personnel de Philippe II ne pouvait suffire : d’après l’édit perpétuel de 1531, il fallait l'avis préalable de six chevaliers. D’un autre côté, le conseil des Troubles, auquel avaient été déférées les poursuites, n’était pas seulement illégal, mais, en aucun cas, il ne pouvait exercer une juridiction quelconque sur les comtes d’Egmont et de Hornes. En vertu de l'édit de 1531, ils n'étaient justiciables que des autres chevaliers, leurs confrères. Sabine de Bavière, les comtesses de Hornes, les comtes de Hoogstraeten et de Nuenar, l’empereur et les princes d’Allemagne avaient donc raison de protester contre une violation manifeste de privilèges solennellement jurés et de réclamer la libération des deux seigneurs. Mais le duc d’Albe ne tint compte ni des réserves faites par scs infortunés confrères , ni des protestations de l’empereur, ni des réclamations qui lui étaient adressées par les autres chevaliers de la Toison d’or, ni des plaintes acerbes des comtes de Iloogstraeten et de Nuenar ni des nom- %

(1) Les interrogatoires originaux du cornac d’Egmont en langue espagnole, qui étaient autrefois aux archives de La Haye, se trouvent depuis 1834 aux archives du royaume de Belgique. La traduction faite par le secrétaire Pratz a été publiée par M, de Reiffenberg, à la suite de la Correspondance de Marguerite d’Autriche, duchesse de Parme, p. 301-349.

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