CHAPITRE XIV
breuses requêtes de Nicolas de Landas, seigneur de Heulle et grand bailli d’Armentières, à qui le comte d’Egmont avait donné sa procuration. Le lieutenant de Philippe II, après avoir fait interroger les illustres prisonniers par des commissaires du conseil des Troubles, pressa le procureur général de produire son réquisitoire.
Le comte d’Egmont, lésé dans ses droits, avait donné au duc d’Albe lui-même une marque de confiance, en le désignant aussi pour son procureur. En conséquence, le représentant de Philippe II feignit de discuter sérieusement les privilèges de Tordre de. la Toison d’or. Il prétendait inférer d’une résolution adoptée à Bruges en 1468 que les questions d’honneur seules étaient de la compétence de l'Ordre. Mais cette résolution même avait été formellement abrogée par l’édit perpétuel que Charles- Quint avait sanctionné dans le chapitre tenu à Tournai en 1531 (1). Philippe II vint enfin tirer le duc d’Albe d’embarras. Le 20 décembre, il rappela à son lieutenant que, avant son départ d’Espagne, il avait été reconnu, en sa présence, dans les délibérations tenues à Madrid, que les chevaliers de la Toison d’or se trompaient en élevant la prétention de ne pouvoir être jugés que par le chapitre de l’Ordre. Cette opinion, ajoutait Philippe II, venait encore d’être confirmée dans une « junte » qu’il avait réunie afin d’examiner de nouveau la question. 11 la sanctionnait, cette opinion, en envoyant au duc d'Albe, selon sa demande, des pleins pouvoirs pour procéder contre les chevaliers de la Toison d’or. L’acte arbitraire, joint à la dépêche royale, portait l’antidate du 15 avril 1567 ; il autorisait le duc d’Albe « à procéder contre tous ceux qui avaient pris part aux troubles des Pays-Bas, et même contre les chevaliers de la Toison d’or, sans égard, en ce qui concernait ces derniers, aux constitutions dudit Ordre (2). »
Le duc d’Albe ne pouvait être d’un autre avis que Philippe II. Le 19 janvier 1568, il lui adressa une très longue lettre où il
(1) Histoire de l'ordre de la Toison d'or, par M. de Rciffenberg, p. xxxm cl xxxiv.
(î) Correspondance de Philippe II, n‘ CXIII.
LE COMTE DEGMÛNT. 21
LE COMTE d’EGMONT ET LE COMTE DE HOIINES.
discutait la prétention des comtes d’Egmont et de Hornes d’être jugés par le chapitre de la Toison d’or. C’était là une très spécieuse dissertation ayant pour but de démontrer que Philippe II avait raison lorsque, avant le départ de son lieutenant, il avait décidé que le crime de lèse-majesté était excepté de la juridiction qui appartenait aux chevaliers de la Toison d’or sur leurs confrères. Le duc d’Albe avouait cependant que ses conclusions n’avaient été approuvées ni par le duc d’Arschot, ni par Berlaymont, ni même par Viglius, le chancelier, et par Josse Courteville, le greffier de l’ordre de la Toison d’or. On avait même émis des doutes sur l’authenticité des pièces produites par le gouverneur général pour étayer ses prétentions (1).
Jamais le duc d’Albe n’avait eu d’ailleurs l’intention d’interrompre le procès commencé. Il aiguillonnait, tant qu’il pouvait, ses dignes coopérateurs. Le procureur général du conseil des Troubles acheva enfin son « libel accusatoire. » En présence du gouverneur général , du licencié Vargas et du docteur del Rio, il remit ce factum entre les mains du secrétaire Pratz. Il fut ordonné à celui-ci d’en donner communication aux comtes d’Egmont et de Hornes pour qu’ils y répondissent dans le plus bref délai (2).
En conséquence, le 11 janvier, Pratz vint notifier au comte d’Egmont le réquisitoire du procureur général du conseil des Troubles. Cet acte d’accusation comprenait quatre-vingt-deux articles ou charges tendant à prouver que le comte d’Egmont s’était rendu. coupable du crime de lèse-majesté, en favorisant les ennemis de la religion catholique et en méditant le détrônement de Philippe II comme souverain des Pays-Bas. Ce dessein, longuement prémédité entre l’accusé et ses amis, s’était manifesté, selon le procureur général, dans les ligues formées contre le cardinal de Granvelle pour l’obliger à se retirer des Pays-Bas et dans les désordres qui avaient suivi l’éloignement de ce
(1) Collection de documents inédits concernant l'histoire de la Belgique, 1. 1", p. 343-333.
(î) Renon de France, MS., 2' partie, cliap. Y. ■