CHAPITRE XIV
ministre. C’était également, pour atteindre ce but, que l’accusé et ses amis s’étaient proposé de concentrer toutes les affaires dans le conseil d’État et d’imposer des lois au souverain en poussant à la convocation des États-Généraux pour en faire les instruments d’un parti factieux. L’appui prêté par le comte d’Egmont h Bréderode et au Compromis, tandis qu’il refusait de seconder la duchesse de Parme, de lui donner aide, conseil et secours; la protection ouverte qu’il avait promise aux confédérés et consistoriaux réunis à Saint-Trond et l’usurpation de l’autorité souveraine en ces circonstances; le silence qu’il avait gardé sur les projets, les forces et les alliances des confédérés, bien qu’il connût toute l’étendue de cette conspiration contre les droits du prince; l’autorisation qu’il avait accordée, en outrepassant ses pouvoirs, de tenir des prêches à Gand , à Ypres et dans d’autres localités de son gouvernement ; la partialité qu’il avait témoignée envers les sectaires et les dédains qu’il montrait, d’un autre côté, aux catholiques; le projet délibéré dans les conférences de Termonde de prendre les armes contre le roi, s’il venait avec des forces dans les Pays-Bas, et le silence gardé sur ce projet vis à vis du roi et de la régente; enfin la défaveur que l’accusé avait toujours témoignée à l’Inquisition, ayant déclaré plusieurs fois que, si le roi voulait l’introduire dans les Pays-Bas, il vendrait tous ses biens et irait demeurer dans une autre contrée : tels étaient les indices, telles étaient les preuves des coupables desseins du comte d’Egmont. Le procureur général concluait h ce que l’accusé fût déclaré convaincu d’avoir commis le crime de lèse-majesté contre la foi et son prince souverain; qu’il fût en conséquence privé de tous les états, offices et honneurs dont il avait été pourvu par le roi et condamné au dernier supplice avec confiscation de ses biens, tant féodaux qu’autres, au profit de Sa Majesté.
Huit charges supplémentaires avaient pour but d’incriminer plus fortement la conduite tenue par le comte d’Egmont en Flandre, pendant la crise de 1566, dans le dessein, disait-on, de favoriser l’hérésie. On signalait également ses relations suspectes avec le marquis de Berghes, le baron de Montigny et
LE COMTE d’EGMOXT ET I,E COMTE DE HORNES.
Antoine Van Stralen, d’Anvers, car ils concertaient entre eux la suppression de l’Inquisition (1). *
Ce « libel accusatoire » était inepte et calomnieux. L’illustre capitaine, qui avait tout sacrifié, son repos, ses biens, sa vie même, pour demeurer fidèle à un souverain indigne de ce dévouement, était dépeint comme un vassal félon! On faisait un traître de l’homme qui s’était confié à la loyauté de Philippe II, et qui, au lieu de fuir, avait attendu le duc d’Albe! D’un autre côté, tous les actes qui feront l’éternel honneur du comte d’Egmont, son attachement aux privilèges des Pays-Bas, sa tolérance , sa modération, sôn patriotisme, les concessions qui avaient eu pour but d'apaiser les esprits et de rétablir la paix, enfin, tout ce qui rend vénérable la mémoire de cette grande victime, tout était honte et crime pour l’organe du conseil des Troubles!
Le secrétaire Pratz, ayant donné lecture de l'acte d’accusation en présence de Juan de Vargas et de Louis del Rio, en délivra une copie au comte d'Egmont. Il requit le prisonnier, selon la décision prise par le duc d’Albe, d’y répondre dans le terme de cinq jours. Il se transporta ensuite auprès du comte de Hornes et, en présence de deux autres Espagnols, le capitaine don Francisco de Montes de Oca ej Antonio Davila, écuyer de l’écurie de la reine catholique, lui remit également copie de l’acte d’accusation dressé par le procureur général du conseil des Troubles.
Cet autre « libel accusatoire » contenait soixante-trois articles ou charges. De même que son compagnon de captivité, le comte de Hornes se trouvait sous le coup d’une accusation de lèse-majesté divine et humaine. On l’associait au prince d’Orange, aux comtes d’Egmont et de Hooghstraeten, à Louis de Nassau, au marquis de Berghes, au seigneur de Montigny, à Bréderode et à quelques autres qui, ensemble, avaient formé depuis longtemps, prétendait-on, le projet de changer de souverain. Ils devaient avoir recours à la rébellion pour enlever les Pays-Bas au prince légitime, s’en saisir et ensuite les parti) Suppltment aux guerres civiles, 1. 1", etc., p. Î4 à 59.
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