‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 166 sur 187 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

tager entre eux. Voilà, disait le procureur général, ce qu’avaient démontré suffisamment leurs propos et leurs actions. Pour ce qui concernait les faits généraux, on reproduisait, contre le comte de Hornes, et dans les mêmes termes, les charges déjà portées contre le comte d’Egraont. En outre, on reprochait au comte de Hornes le mauvais vouloir qu'il avait opposé à la régente lorsque, avertie que les confédérés se proposaient de lui présenter une requête, elle l’avait invité, par quatre lettres successives, à se rendre à la cour. On signalait ensuite sa conduite à Tournai, où il avait favorisé les sectaires et leurs prêches. On lui imputait aussi d’avoir dit à Tournai que si l'on voulait retenir en Espagne le seigneur de Montigny, son frère, il avait à son commandement cinquante mille hommes pour l’aller chercher; il aurait même ajouté que, si son frère était effectivement détenu, il irait combattre le roi et enlèverait de prison le seigneur de Montigny. C’étaient là, selon le procureur général, des propos téméraires et qui suffisaient pour motiver l’accusation de lèsemajesté. En conséquence, il requérait contre le comte de Hornes les mêmes peines que contre le comte d’Egmont (1).

Après que Philippe de Montmorency eut lu très attentivement cet acte d’accusation, le secrétaire Pratz le requit, par ordre du duc d’Albe, de répondre à chaque article pour sa défense et sa décharge. Le comte de Hornes repartit aussitôt qu’il n’obtempérerait à cette injonction que s’il était mis en liberté sous caution et rétabli dans ses prérogatives de chevalier de l’ordre de la Toison d’or. Pratz déclara de nouveau que la volonté du duc d’Albe était que le prisonnier répondît promptement aux charges articulées contre lui, sans pouvoir être assisté de procureurs ni avocats ni de nuis avis. Il fit aussi clairement entendre que, si le prisonnier persistait dans $on refus, on le condamnerait néanmoins comme contumax. Alors le comte consentit à prendre la plume et à rédiger sa défense personnelle, mais sous la réserve formelle de ses droits et des statuts de l’ordre de la Toison d’or (2).

(t) Supplément aux guerres civiles de Flandre, t. I“, p. 103 à 131.

(S) Déduction de l’innocence, etc., passim. — Voir aussi la lettre adressée

LE COMTE n’EGMONT ET LE COMTE DE HOMES.

Le 3 février, le comte de Hornes remit son mémoire de défense au scrétaire Pratz, en présence du docteur Ambroise de Ribera, auditeur de l’armée, du capitaine don Francisco de Montes Oca et de trois autres officiers espagnols. Il avait examiné, disait-il, l’impertinente et injuste accusation du procureur général. Comme il n’avait point la vocation d’un homme de lettres, il eût vivement désiré de pouvoir traiter cette matière devant ses confrères de l’ordre de la Toison d’or. Il réservait de nouveau ses droits et entendait en appeler devant son souverain, comme chef de l’Ordre, et devant ses confrères, si justice ne lui était administrée. Ce n’était point d’ailleurs pour colorer son bon droit qu’il avait demandé inutilement procureur ou avocats, c’était uniquement pour rédiger ses réponses avec plus d’élégance. Il espérait néanmoins que Dieu, son créateur, l’aiderait et favoriserait sa juste cause. Il discutait ensuite, article par article, le « libel accusatoire » du procureur général. Il commençait par repousser, avec une extrême énergie, l’accusation d’avoir voulu changer de seigneur « n’ayant, disait-il, le cœur si bas qu’il veuille avoir autre prince que son naturel , étant l’un des plus grands rois de la chrétienté. » Le fiscal ne produisait d’ailleurs aucune preuve et n’en pouvait fournir aucune à l’appui de cette fausse allégation. Du reste, l’accusé n’acceptait point la solidarité que le procureur général prétendait établir entre lui et les autres seigneurs incriminés; il demandait en conséquence que l’on examinât et que l’on jugeât ses actions d’une manière spéciale. Il avouait avec franchise qu’il avait désiré vivement l’assemblée des États-Généraux attendu que le cardinal de Granvelle ne remédiait à rien, mais « laissait le tout au bénéfice de la nature. » — « Si l’on veut « lire, disait-il j>vec énergie, les Chroniques de messire Phi- « lippe de Commines, on y trouvera la mention des grands « services que les États-Généraux assemblés ont rendus à leur « prince, et jamais le défendeur n'a ouï parler du tort qu’avaient « fait ces réunions nationales. Aussi Philippe de Commines

le 20 janvier 1568 à la comtesse douairière de Hornes par de Provyns, procureur du comte. Supplément aux guerres civiles, t. I", p. 230,

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