CHAPITRE III
Départ de l'infanterie espagnole. — Les seigneurs nationaux opposés à ('établissement des nouveaux évêchés. — Motifs du mécontentement du comte d’Egraonl et de ses amis contre le cardinal de Granvelle. — Le comte d’Egmont prend l'initiative d’une rupture. — Première requête au roi contre Granvelle. — Réponse dilatoire de Philippe II. — Plaintes du comte de Bornes. — 11 demande au roi l'autorisation de retourner dans les Pays-Ras. — Philippe II dissimule et nomme le comte de Hornes conseiller d’Ètat des Pays-Bas. — Retour du comte de Hornes.— I/antagonisnie entre Granvelle et les seigneurs nationaux s’envenime. — Justes griefs du comte d'Egmont et de scs amis. — Accusations de Granvelle contre eux. — Réunions des chevaliers de la Toison d'or et des gouverneurs des provinces à Bruxelles. — Principaux adhérents du comte d'Egmont et du prince d'Orange. — Éléonore et Mario do Montmorency, sœurs du comte de Hornes, épousent le comte do üoogstraeten et le comte do Mansfcldt. — Entretien de Granvelle avec le comte d’Egmont et le prince d’Orange. — Floris de Montmorency est envoyé en Espagne. — Paroles menaçantes do Philippe II contre les adversaires du cardinal do Granvelle.— Griefs particuliers du comte de Hornes et du comte d’Egmont. — Le gouvernement de Hesdin.— Entretien de Philippe II avec le frère du comte do Hornes. — Rapport du baron de Montigny au conseil d'Élat. — H accuse Philippe II de partialité. — Le roi conseille à la duchesse de Parme ot à Granvelle d'introduire la division parmi les grands.
Dans son Apologie, le prince d'Orange se glorifia d’avoir, avec le comte d’Egmont et les autres chevaliers de la Toison d’or, déterminé, au mois de novembre 1560, le départ des troupes espagnoles. « J’estime, disait-il, que moi et messieurs « mes compagnons, avec tous ceux qui ont favorisé une si « louable entreprise, avons fait un acte digne de louange « immortelle et qui eût été accompli de tout point si nous « avions aussi bien fermé la porte après leurs talons. »
Mais Granvelle lui-même déclara, dans le conseil d’Élat, que la défense des Pays-Bas devait être confiée aux nationaux. Il était loin, en effet, de désirer la prépondérance des Espagnols pas plus qu’il ne souhaitait celle des grands seigneurs des
LE COMTE d’EGMOMT ET LE COMTE DE HORNES.
Pays-Bas. Il eut soin d’ailleurs de détourner les soupçons et le mécontentement de Philippe II. Il lui écrivit donc que c’était avec une peine bien profonde qu’il voyait s’éloigner l’infanterie espagnole dont le départ causait dans les Pays-Bas une allégresse généralé (1).
Les seigneurs nationaux se déliaient également de l’établissement des nouveaux évêchés. Cette grave mesure, qui marqua le commencement du règne de Philippe II, avait été négociée avec la cour de Rome par le roi lui-même à l’insu de ses conseillers naturels. Elle tendait incontestablement à donner aux Pays-Bas une organisation ecclésiastique plus régulière; mais elle lésait les droits des abbayes qui devenaient le patrimoine des nouveaux sièges; elle affaiblissait, au sein des États des provinces, l’inffuence de la noblesse en lui donnant les évêques pour contradicteurs, pour rivaux et pour surveillants (2). En augmentant le nombre des chefs diocésains, qui étaient à la fois évêques et inquisiteurs, elle aggravait enoore la rigueur des terribles édits de Charles-Quint qui vouaient au fer, au feu ou à la fosse tous ceux qui se détachaient de la foi catholique.
Au mois de janvier 1361, dans un souper chez le comte d’Egmont, où se trouvaient quelques-uns des seigneurs, on soutint longuement qu’il ne convenait point d’approuver l’érection des nouveaux évêchés, parce qu’une telle institution tournerait au détriment du Brabant. Les seigneurs ajoutèrent qu’une mesure de cette importance aurait dû leur être çommuniquée au préalable, tandis que le roi s’était borné à en faire parler à deux ou trois d’entre eux et non aux principaux du pays ni au conseil d’État en corps. En transmettant ces détails à Philippe II, Granvelle, devenu archevêque de Malines, conseillait au monarque d’écrire au comte d’Egmont et au prince d’Orange pour les disposer en faveur du nouvel établissement. « Il devait leur expliquer ses saintes intentions, les exhorter à « l’aider de tout leur pouvoir pour en assurer le succès, et à « prêter aux titulaires des nouveaux sièges l’assistance néces-
(1) Papiers d'Élat du cardinal de Granvelle, t. VI, p. 44.
(4) Recueil et mémorial des troubles des Pays-Bas, par Hoppcrus, chap. III.