‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 20 sur 187 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

s’imaginer, disait Egmont, la manière dont agit le cardinal ni l’autorité absolue qu’il s’arroge (1).

Dans leur requête, les deux seigneurs rappelaient au roi qu'il leur avait promis en Zélande que toutes les affaires importantes seraient traitées et résolues au conseil d’État. Ils lui demandèrent alors, pour le cas où ses intentions ne seraient pas accomplies, de pouvoir donner leur démission; et le roi avait répondu que, si cela arrivait, il désirait qu’ils l’en avertissent, afin qu’il avisât. Ils l’avertissaient donc que, depuis son départ, ils avaient été appelés au conseil d’Étatle plus souvent pour des choses de nulle ou de petite importance, tandis que les affaires majeures étaient traitées à leur insu, par une ou deux personnes. Il en résultait, disaient-ils, que tout le monde se moquait d’eux. Ils auraient cependant pris patience, quoique le mal augmentât de jour en jour, si le cardinal de Granvelle ne s’était avisé de dire, en conseil, que tous les conseillers seraient également responsables des événements qui pourraient survenir. Ne voulant pas avoir à répondre de ce qui se faisait sans eux, ils priaient le roi d’accepter leur démission ou d’ordonner que toutes les affaires fussent dorénavant communiquées, traitées et résolues en plein conseil d’État (2).

Erasso, ayant reçu les lettres du comte d’Egmont, alla les remettre au roi. Philippe les lut en sa présence avec assez d’attention. Le 29 septembre, il répondit au prince d’Orange et au comte d’Egmont. Il ne doutait pas, disait-il, que ce ne fût leur zèle pour son service qui les avait déterminés à lui écrire, et il les en remerciait. Le comte de Hornes devant partir prochainement pour les Pays-Bas, il enverrait par lui la résolution qu’il croirait devoir prendre sur l’objet de leurs plaintes. Il leur recommandait la bonne administration des provinces dont ils étaient gouverneurs. Il les chargeait surtout de veiller au maintien de la religion et au châtiment de ceux qui agissaient contre elle : il n’y avait rien, ajoutait-il, en quoi iis pussent lui faire un plus grand plaisir.

(f) Correspondance de Philippe II, t. I", p. 196.

{*) Ibid., 1. 1”, p. 195.

LE COMTE d’EGMONT ET LE COMTE DE HORNES .

L’ami du comte d'Egmont pensait que cette réponse satisferait les deux seigneurs ; du reste , il mandait au comte que le roi allait écrire de sa main à la duchesse de Parme afin qu’elle pourvut à l’objet de leurs plaintes. Mais il croyait que Granvelle s’efforcerait d’y mettre empêchement : « car, disait-il, son caractère a toujours été de prétendre que tout le monde lui soit soumis et de vouloir être \e monarque du monde. » Erasso engageait toutefois le comte d’Egmont à entretenir de bons rapports avec le cardinal dans l’intérêt du service du roi. « S. M., ajoutait-il, est très satisfaite de tout ce qu’il a fait depuis qu’Elle a quitté les Pays-Bas (1). »

En arrivant en Espagne, le comte de Hornes avait vu ses espérances complètement déçues. Ruy Gomez, le ministre favori de Philippe II, lui avait donné à entendre qu’il serait garde des sceaux et dirigerait toutes les affaires des Pays-Bas. Il n’intervint même point dans les délibérations auxquelles l’administration de ces provinces donnait lieu, et il se passa plus de six mois avant qu’on lui communiquât aucune des affaires dont il était censé avoir la haute direction. Aussi se plaignit-il au roi avec amertume, disant qu’il servait seulement de chiffre, et demanda-t-il l’autorisation de retourner dans son pays (2).

Les insinuations et les dénonciations de Granvelle avaient contribué à indisposer Philippe contre le comte de Hornes. Ce seigneur était accusé de s’être exprimé dans un sens très défavorable aux nouveaux évêchés et d’exciter trop d'empressement parmi ses amis : tous désiraient avec la plus vive impatience le retour de l’amiral. Cet empressement semblait suspect à Granvelle. Il pria le roi de faire connaître péremptoirement au comte de Hornes sa pensée sur les nouveaux évêchés et de lui donner clairement à entendre son expresse volonté (3). Philippe

(1) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 197.

(2} Instruction remise par le comte de Hornes à son secrétaire, etc. (Arcb. du royaume ).

(3) Le cardinal de Granvelle à Philippe II, de Bruxelles, 12 juillet 1361 Papiers d’Élal, t. VI, p. 332.

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