‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 21 sur 187 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

suivit le conseil de Granvelle. Dans l’audience de congé qu’il accorda au comte de Hornes, il lui parla, au sujet de la religion et des nouveaux évêchés, d’une manière bien formelle, et le comte parut comprendre parfaitement les intentions royales (1). S’il faut ajouter foi h des renseignements donnés plus tard au cardinal par des clients ou des créatures qui voulaient flatter son ressentiment, Philippe se serait même mis en très grande colère au sujet des réclamations dont Granvelle était l’objet. « Quoi, malheureux! se serait écrié le roi, vous vous plaignez « tous de cét homme et il n’y a personne, quoique je demande, « qui m’en sache dire la cause (2). » On peut révoquer en doute cette anecdote, qui n’est point garantie d’ailleurs par des témoignages suffisants. L’irritation était toujours contenue chez Philippe II : sa force réelle, malheureusement pour ses victimes, résidait dans une dissimulation perfectionnée avec un art perfide et transformée trop souvent en hypocrisie lâche et cruelle.

En ces conjonctures, le roi chercha même à dissiper le mécontentement témoigné par le comte de Hornes. Il le nomma conseiller d’Ëtat des Pays-Bas; le comte put même inférer des paroles du roi qu’il conserverait le traitement de trois mille ëcus d’or, qui lui avait été assuré pour le temps de son séjour en Espagne. Mais cette nouvelle promesse devait être méconnue comme toutes les autres , et le comte de Hornes n’obtint que le titre de conseiller d’Etat, dignité plus onéreuse encore que celle d’amiral (3). Se fiant toutefois aux bonnes paroles de Philippe, le comte revint satisfait et, comme il le croyait, « avec grand contentement » du roi.

C’était ce que désirait Granvelle. Le 18 octobre, tandis que le comte s’embarquait, l’ancien évêque d’Arras communiquait de nouveau ses appréhensions au monarque. Il lui mandait qu’une foule de gens écrivaient d’Espagne que le comte de

(1) Philippe II à Granvelle, 17 novembre 1561. Papiers d’État,l. VI, p. 419.

(2) Papiers d'État, t. VIII, p. 123 et 443.

(3) Instruction du comte de Hornes à son secrétaire , etc. — A la haute dignité de conseiller d’État des Pays-Bas n'était attachée qu’une indemnité de 1 ,200 florins.

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Hornes s’en revenait mécontent. « Pour moi, disait-il, j’aime à « espérer que V. M. n’aura point perdu de vue les motifs qui, « lors de son séjour à Gand, lui firent juger indispensable que « ce seigneur la suivît en Espagne, car, se retrouvant ici dans « les dispositions dont je viens de parler et se joignant à « d'autres, il pourrait gravement compromettre la tranquillité « que nous avons en vue de rétablir. Le mal serait encore plus « grand s’il ne revenait pas complètement gagné et persuadé « par V. M., en ce qui concerne les nouvelles églises, car tout « le monde me semble se liguer ici pour soutenir qu’Elle n’eût « point dû, ni dans celte affaire, ni dans toute autre également « importante, prendre la moindre détermination sans l’avis et « l’assentiment des seigneurs, ce qui est parfaitement d’accord « avec les prétentions qu’ils avaient élevées dans le principe « en matière de gouvernement, sans compter qu’ils considèrent « l’institution des nouveaux sièges comme destinés à les tenir « en bride sous certains rapports (1)... »

Le comte de Hornes, qui était parti de Madrid le 14 octobre, siégea pour la première fois dans le conseil d’Etat des Pays-Bas, le 6 novembre 1561. Il était porteur de la résolution du roi sur l’objet des représentations qui avaient été faites par le comte d’Egmont et le prince d’Orange. Cette résolution était conçue de telle manière que les affaires, croyait Erasso, se traiteraient à l’avenir tout différemment que par le passé (2).

La duchesse de Parme, obéissant à l’ordre du roi, donna effectivement aux deux seigneurs l’assurance que rien ne serait plus désormais soustrait à leur connaissance. Quoiqu’elle connût le néant de cette promesse, encore l’avait-elle faite contre son gré. Gouvernée jusqu’alors par Granvelle et prévenue contre les antagonistes du cardinal, elle affirmait au roi quelle avait de justes raisons de soustraire à leur connaissance les affaires principales (3). Granvelle, de son côté, voulait que le roi le crût

(t) Papiers d’État, t. VI, p. 388.

(î) Fr. de Erasso au comte d'Egmont et au prince d’Orange, Madrid, 18 octobre 1861, dans la Correspondance de Philippe II, t. 1", p. 198.

(3) Correspondance de Marguerite d’Autriche, duchesse de Parme, publiée par M. de Reiffenberg, lettre 1". — Corresp. de Philippe II, 1. 1", p. 402.

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