‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 23 sur 187 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« sur l’esprit du peuple par les propos qu’ils tiennent en « public et dans leurs banquets, m’accusant de vouloir réduire « la population des Pays-Bas sous le régime d’une monarchie « absolue, de telle manière que V. M. posséderait seule tous les « pouvoirs, se plaignant de plus d’être privés de toute influence. « De même, ils sont parvenus à persuader au peuple que, sur « mes instances, V. M. veut introduire l’Inquisition d’Espagne, « sous le prétexte de l’érection des nouveaux sièges (1). »

Les plaintes des seigneurs étaient fondées. Malgré les assurances données par Francisco de Erasso, rien n’était changé dans le gouvernement. La consulte avait toujours la direction suprême des affaires, et les principaux seigneurs étaient toujours réduits à un rôle subalterne. C’est ainsi qu’on leur fit un secret des relations de Philippe II avec les catholiques français. Philippe avait défendu au secrétaire Courteville, qu’il envoyait à Bruxelles, de communiquer h d’autres qu’à la duchesse de Parme, à Granvelle et à Viglius ses rapports avec les catholiques de France (2). La guerre civile venait d’éclater dans ce royaume. Redoutant une alliance entre les huguenots français et leurs coreligionnaires dans les Pays-Bas, la duchesse de Parme convoqua, pour le 30 mai 1562, un grand conseil auquel elle appela les gouverneurs des provinces et les chevaliers de la Toison d’or. Ils devaient délibérer sur les mesures à prendre pour assurer la sécurité du pays. La majorité, c’est à dire le parti du comte d’Egmont et du prince d’Orange, exposa que les circonstances étaient assez graves pour nécessiter la réunion des États-Généraux. Mais Granvelle, de même que les Guise en France, était ennemi irréconciliable des assemblées délibérantes. Il s’opposait donc à une réunion qui eût renouvelé les énergiques représentations des États -Généraux tenus à Gand en 1559. Il se vanta aussi plus tard d’avoir empêché que le comte d’Egmont fût mis, comme capitaine général, à la tête des gens de guerre (3).

(1) Papiers d’Élal, t. VI, p. 553.

(ï) lbùl., t. VI, p. 436.

(3) Ibid . , t. VIII, p. 566.

54 LE COMTE IVEf.MONT ET LE COMTE DE BORNES.

Mais, de leur côté, Egmont et Orange firent en sorte, par leurs énergiques représentations, que la régente n’exécutàt point l’ordre de Philippe II prescrivant d’envoyer deux mille hommes des bandes d’ordonnances des Pays-Bas au secours des catholiques français. Ils déclarèrent que les bandes d’ordonnances étaient entretenues par les provinces dans l’intérêt du pays et qu’elles ne pouvaient être envoyées au dehors sans le consentement des États.

Les gouverneurs des provinces et les chevaliers de la Toison d’or, pendant leur séjour h Bruxelles, se réunissaient secrètement au palais de Nassau. Dans ces assemblées, le prince d’Orange ainsi que les comtes d'Egmont et de Hornes s’efforçaient de faire prévaloir leurs vues. Ils étaient vivement secondés par Jean de Glvmes, marquis de Berghes ou Berg op Zoom, chevalier de la Toison d’or et grand bailli du Hainaut; par Antoine de Lalaing, comte de Hoogstraeten, et Floris de Montmorency, tous deux aussi chevaliers de la Toison d’or. Le marquis de Berghes était loué par ses adversaires eux-mêmes pour la gravité de ses mœurs, sa prudence au conseil, son affection à la religion catholique et son attachement au pays et h la liberté (1). Antoine de Lalaing avait épousé, en 1560, Ëléonore de Montmorency, sœur du comte de Hornes , et veuve de Ponce de Lalaing, seigneur de Bugnicourt, un des meilleurs généraux de Charles-Quint et le valeureux lieutenant du comte d’Egmont à la bataille de Gravelines. Antoine de Lalaing, comte de Hoogstraeten, baron de Borsele et de Sombreffe, était, selon un annaliste contemporain, de petite stature, mais très hardi et courageux ; bien qu’il fût bon catholique, comme le marquis de Berghes et comme les comtes d’Egmont et de Hornes, il s’était rangé parmi les adversaires de Granvelle, parce qu’il avait la ferme conviction que le roi voulait introduire dans les Pays- Bas l’inquisition d’Espagne et fonder un gouvernement absolu et tyrannique sous prétexte de religion (2). Le comte de Hornes

(1) Ce sont les termes dont se sert un des correspondants de Granvelle. Voir Papiers d’Etat, t. VI, p. Stl.

(8) Pontus Payen, De la guerre civile des Pays-Pas, liv. I".

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