‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 24 sur 187 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

n’était pas non plus sans influence sur Pierre-Ernest de Mansfeldt, qui venait d’épouser son autre sœur, Marie de Montmorency, veuve de Charles de Lalaing.

Dans les conciliabules de l’hôtel de Nassau, le comte d’Egmont et ses amis continuèrent leurs plaintes contre le cardinal de Granvelle. « Le baron de Berlaymont, qui se trouvait dans « leurs conseils, m’a assuré, écrivait la régente au roi, que « les motifs de mécontentement des seigneurs contre Granvelle « et contre vous étaient que V. M. soupçonnait leur fidélité et « se défiait de leurs services ; que c’était la seule cause pour « laquelle on ne les appelait pas dans le conseil secret, que le a cardinal mettait tout en usage pour conserver son crédit dans « les Pays-Bas, que lui seul, par ses mauvais conseils, les « avait mis mal dans l’esprit du roi et les avait rendus sus- « pects; qu’il avait même écrit à V. M. que jamais elle ne « serait maîtresse absolue qu’elle n’eût fait tomber cinq ou six « têtes des principaux du pays, et vous avait persuadé de faire « passer en Flandre une armée formidable afin de les tenir en « respect; que c’était là le moyen de vous rendre maître absolu « de tous côtés, que par là vous nous imposeriez telles lois et « conditions que vous jugeriez convenir, de sorte que nous « deviendrions de véritables esclaves; enfin que le cardinal « de Granvelle lui seul était cause de l’augmentation des « évêques en Flandre, que son but était d’y introduire aussi « l’inquisition d’Espagne; ce qui arrivant, ils assuraient que « la Flandre se révolterait contre le ministre et contre le « roi (1). »

Granvelle fut informé de ces propos par un gentilhomme bourguignon, son compatriote. Très inquiet, il désira avoir une explication avec le comte d’Egmont et le prince d’Orange, car, malgré leurs différends, ils se traitaient toujours avec courtoisie. Du reste, le cardinal ne rendait pas les deux seigneurs personnellement responsables des imputations dont il se plaignait ; il attribuait ces calomnies à un autre conseiller d’État, Simon Re-

(1) Correspondance de Marguerite d’Autriche, iuchase de Parme, etc., pièce II. — Correspondance de Philippe U, 1. 1", p. 40Î.

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nard, devenu l’ennemi irréconciliable de Granvelle, son compatriote, depuis que celui-ci avait fait suspecter la fidélité de l’ancien ambassadeur de Charles-Quint en Angleterre et qu’il avait incriminé les négociations qui avaient abouti à la trêve de Vaucelles. Simon Renard, hôte assidu de l’hôtel d’Egmont, était également accusé par Granvelle d’avoir inspiré un pamphlet dirigé contre l’archevêque de Malines, le souverain pontife et l’ordre ecclésiastique tout entier. Pour mieux déguiser leur style, Renard et les seigneurs, ses auxiliaires, s’étaient servis, selon Granvelle, de la plume des* rhétoriciens, très irrités contre le cardinal parce qu’il leur avait fait défendre de mêler la Sainte Écriture à leurs jeux. « Ce qui me porte le plus à le croire, mandait Gran- « velle à Philippe II, c’est que huit jours avant la publication « du pamphlet, dans l’hôtel même de M. d’Egmont, que Renard « fréquente beaucoup plus qu’il ne conviendrait, beaucoup trop « même au gré de certains membres de la famille du comte, il « se tenait déjà des propos dans le goût de cette méchante « pièce. Celui entre les mains de qui elle est tombée en prête mier lieu est un fourbisseur, filleul de M. d’Egmont, qui dit « l’avoir arrachée de la porte de la maison de ville, et Dieu « veuille que ce ne soit pas lui-même qui l’y ait affichée! Le « pensionnaire prétend que MM. d’Egmont et de Mansfeldt ont « envoyé plusieurs fois auprès de lui pour en avoir une copie, « ce qui augmente encore mes soupçons (1). »

C’était toujours par de semblables insinuations, dénuées de preuves certaines, que Granvelle cherchait à perdre complètement ses antagonistes dans l’esprit défiant de Philippe II.

Lorsqu’il fut en présence du comte d’Egmont et du prince d’Orange, le cardinal commença par plaisanter des desseins horribles qui leur étaient attribués. Les deux seigneurs, feignant d’ajouter foi à ses protestations, lui parlèrent alors de l’Inquisition, car, selon les expressions du cardinal, ce sujet ne pouvait leur sortir de la tête. Ils lui dirent savoir de bonne part que le duc d’Albe, étant à Paris, avant la mort du roi

(I) Le cardinal de Granvelle an roi, 13 mai 1S6Ï (Papiers d’Êtat, t. Yl, p. 359).

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