CHAPITRE Hf
Henri II , négocia avec lui pour l’introduction, en France et dans les Pays-Bas, de l’Inquisition d’Espagne. Granvelle répondit qu’il n’en savait rien et qu’il ne croyait point à l’exactitude de cette allégation; de môme, il ne lui semblait point vraisemblable que le confesseur du roi, évêque élu de Siguenza, aurait dit, avant son départ des Pays-Bas, qu’il fallait ériger les évêchés dans ces provinces, comme acheminement à l’établissement de l’Inquisition. Il ajouta que tout ce bruit de l’Inquisition n’était autre chose qu’un prétexte dont on se servait pour irriter le peuple et le disposer à un soulèvement, mais que le véritable but de ceux qui prétendaient voir plus avant était de réduire le roi à une impuissance absolue d’agir sinon avec leur assentiment et parleurs mains (-1).
Cet entretien, où les reproches avaient été également très vifs de part et d’autre, ne pouvait avoir pour résultat que de rendre le dissentiment plus profond. En reprochant à des conseillers d’État de vouloir intervenir efficacement dans les affaires des Pays-Bas, en les accusant de se montrer les défenseurs des traditions et des libertés des provinces, Granvelle faisait vraiment le plus bel éloge du patriotisme de ses adversaires. Lui-même avait été forcé de reconnaître et d’avouer à Gonçalo Perez, principal secrétaire de Philippe II, que les Pays-Bas ne pouvaient pas être gouvernés comme Naples et Milan.
Lorsqu’ils avaient été réunis à Bruxelles, les gouverneurs des provinces et les chevaliers de la Toison d’or avaient exprimé le vœu que le roi fût informé directement, par l’un d’eux, de la situation et des besoins du pays. Ce désir avait été converti en résolution dans la séance du conseil d’État du 7 mai 1562. La régente avait d’abord désigné, pour se rendre en Espagne, le comte de Hornes, et, à son défaut, Philippe de Stavele, baron de Glajon, chevalier de l’Ordre, conseiller d’État et grand maître de l’artillerie. L’un et l’autre s’étant excusés , Marguerite choisit Floris de Montmorency, devenu seigneur
(1) Le cardinal de Granvelle au roi, U juin 1562. Papiers d’État, t. VI, p. 567 et suiv.
LE COMTE D’EGMONT ET t,E COMTE DE HORNES.
de Montigny, baron de Leuze, chevalier de la Toison d’or de la création de 1559, gouverneur de Tournai et du Tournaisis, chef et capitaine d’une ded bandes d’ordonnances.
Marguerite de Parme le recommanda particulièrement au roi (1). Mais le frère du comte de Hornes n’était pas seulement l’ambassadeur de la régente des Pays-Bas : il était aussi le représentant du parti qui combattait la politique soutenue par Granvelle. Ce ministre, trop fier de son expérience et de son habileté perfide, traitait avec un singulier dédain l’opposition que lui faisaient les plus illustres seigneurs des Pays-Bas. « Ce sont, disait-il, des jalousies et des passions de jeunes « gens, qui, avec quelque peu d’ambition, ont la prétention de « savoir beaucoup (2). » Mais Philippe II, déjà aigri par les dénonciations incessantes du cardinal, le prit sur un tout autre ton. Dans une dépêche du 17 juillet, adressée à la régente, il laissait déjà percer une sourde colère contre les seigneurs qui n’avaient pas voulu plier devant Granvelle. « Il « était scandalisé, disait-il, d’apprendre que les personnes qui « devaient le plus aider la duchesse non seulement manquaient « à ce devoir mais donnaient occasion à d’autres de répandre « le trouble et l’inquiétude dans les esprits. » Il démentait ensuite, d’après les suggestions du cardinal lui-même, les bruits propagés par ses adversaires. « Il n’était pas vrai, disait « Philippe, que Granvelle lui eût écrit que, pour assurer le « repos des Pays-Bas, il faudrait couper une demi-douzaine de « têtes, quoiqu'il ne fut peut-être pas mal de recourir à ce « moyen. » Il démentait également l’intention qu’on lui attribuait d’établir aux Pays-Bas l’inquisition d’Espagne. « Jamais « le cardinal ne lui avait fait cette proposition ni lui-même n’y « avait pensé; d’ailleurs, l’inquisition des Pays-Bas était plus « impitoyable que celle d’Espagne. » Il recommandait à la régente de tenir les seigneurs divisés entre eux et d'empêcher leurs assemblées ainsi que celles des États. Il exprimait aussi
(1) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 206.
(2) Granvelle à don Alvaro de la Quadra, évêque d’Aqulla, ambassadeur de Philippe II en Angleterre, 21 juillet 1562. Corresp. de Philippe II, t. I", p. 209.